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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 10:19


AUCUNE "LIBERTE" AUTRE QUE BOURGEOISE NE S'EST GLISSE DANS LA DEMOCRATIE

     La plupart des néo-théoriciens du communisme révolutionnaire ont voulu voir dans la démocratie la réalisation effective des idéaux communistes. C'est dire si, dès le départ, ces gens-là n'hésitèrent pas à rompre avec l'oeuvre fondatrice de Marx/Engels qui, par contre, avaient commencé par trancher le noeud gordien de la démocratie en tant que but prétendu de la classe ouvrière. Cette nécessaire et radicale coupure d'avec l'anarchisme et ses avatars permit l'irruption d'une théorie qui n'avait pas de révolutionnaire que l'appellation, mais l'ensemble du corpus qui la délimitait par rapport aux idéologies concurrentes.

      L'apport décisif de la Gauche Italienne à cette divergence fondamentale entre théorie révolutionnaire et démocratie fut l'anti-démocratisme, revendiqué en tant que comportement politique dont l'exemple le plus frappant est l'abstentionnisme révolutionnaire prôné par le Parti Communiste d'Italie dès sa fondation en 1921. La démocratie étant démasquée comme forme achevée de la domination bourgeoise, le programme de la société future s'affirme comme dépassement de cette domination et donc, comme dépassement de la démocratie elle-même.

       Dès qu'elle a pris conscience de son omnipotence idéologique et politique, la Bourgeoisie s'est emparée de l'escroquerie démocratique, l'a développée et élevée au rang de procédures ritualisées. Tout est faux dans les préceptes de la démocratie : la liberté politique illusoire, l'égalité dissimulant plus ou moins efficacement l'esclavage salarié. Pour ces raisons, d'aucuns ont bien voulu croire que le communisme révolutionnaire aspirait à réaliser les véritables idéaux démocratiques ; la plupart s'y sont fourvoyés au point de plonger à leur tour dans le Barnum électoral. D'abord Marx - qui n'a pas connu ces piètres "révolutionnaires" cherchant à se faire "élire" n'importe où - avait déjà tranché dans le vif, affirmant le caractère radical du prolétariat (la classe salariée), de par sa position dans le processus économique et donc, le nécessaire radicalisme politique de sa révolution prochaine.

       Il établit ainsi l'opposition irréductible entre idéologie bourgeoise démocratique et théorie révolutionnaire. Le trinôme individu - démocratie - Etat est dépassé par la nature sociale de l'être humain aspirant à vivre en tant que cellule organique de la gemenweisen, la communauté humaine. Or, dans la démocratie - qui ne peut être finalement que bourgeoise - entre l'homme-citoyen, soumis à l'impératif catégorique de la société capitaliste, et l'"Homme" abstrait des Droits de l'Homme, il n'y a aucune place pour l'être humain.

     Friedriech Engels apporte la conclusion :

      "...la simple démocratie n'est pas capable de guérir le mal social. L'égalité démocratique est une chimère, le combat des pauvres contre les riches ne peut être livré sur le terrain de la démocratie ou de la politique en général. Ce stade est donc encore un passage, ...d'où doit se développer un nouvel élément, un principe qui dépasse toute nature politique.
        Ce principe c'est le socialisme
".

        Le socialisme est dépassement de la démocratie bourgeoise. Voilà la raison pour laquelle les petits-bourgeois enfin parvenus aux cimes du pouvoir mercantile ne cessent d'invoquer cette "liberté" démocratique qui les a hissés sur leur perchoir de hâbleurs
volatiles.
        A propos de la démocratie définie par Engels comme un "passage", on ajoutera que, presque 2 siècles après qu'il l'ait écrit, le "passage" démocratique s'est mué en une impasse pour les salariés du monde.
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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 00:00


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

     Il faut bien clore le énième procès intenté à charge au théoricien Marx, cette fois-ci sous l'accusation mortifère d'"anti-sémitisme", intitulé proféré par l'habituelle escouade sinistre de philo-sophistes, écrivaillons et bataillons rangés d'analphabètes Afrikaners idéologiques, volatiles nécrophages se prenant pour les  indispensables gazelles de la démocratie bourgeoise.

     Avant de fermer le ban, résumons ce que nous avons pu découvrir dans la brochure intitulée "La Question juive", écrite par Marx alors qu'il avait tout juste 25 ans, car c'est bien de cet écrit qu'il s'agit lorsque les orfraies de l'anti-"anti-sémitisme" hululent à la mort sur l'infâmie supposée du théoricien communiste, cherchant à puiser aux mânes d'une idéologie aussi probante que bricolée à la hâte et avec le plus aristocratique mépris pour ceux à qui on la sert en hors-d'oeuvre :

13 ANTI-THESES SUR MARX ANTI-SEMITE

       Anti-thèse 1 : le sujet de la brochure "La Question juive" est la place qu'occupe dans l'idéologie capitalistique toute idéologie religieuse.

       Anti-thèse 2 : Marx pose que l'émancipation des êtres humains passe par leur émancipation religieuse et, plus généralement, idéologique.

      Anti-thèse 3 : Marx pose que toute émancipation menée jusqu'à son terme passe par l'émancipation de l'Etat, c'est-à-dire dans le cas de l'Etat bourgeois de sa destruction et, dans celui de l'Etat révolutionnaire, de son extinction.

      Anti-thèse 4 : L'Etat démocratique est une forme supérieure de la religion.

       Anti-thèse 5 : Seul l'Etat bourgeois démocratique est à même de réaliser les aspirations illusoires de la religion. Hier la religion aspirait l'Etat, aujourd'hui l'Etat aspire la religion.

      Anti-thèse 6 : Quel qu'il soit, l'Etat religieux est impossible.

     Anti-thèse 7 : Les Droits de l'Homme ne sont que les droits bourgeois de l'homme bourgeois.

      Anti-thèse 8 : Les Droits de l'Homme, en tant qu'ils prennent comme monade l'individu bourgeois, délimitent l'aliénation de l'être humain en tant que tel, c'est-à-dire qu'ils nient l'essence sociale de l'homme, la communauté humaine (gemenweisen).

      Anti-thèse 9 : Même en état de démocratie, les droits de l'homme ne constituent pas plus un programme politique et pratique que les enseignements religieux ne constituent un mode d'existence valide.

      Anti-thèse 10 :
La liberté que ressassent les Droits de l'Homme n'est que la liberté de l'échange mercantile, la liberté de la concurrence capitalistique, la liberté de circulation des marchandises ainsi que la liberté individuelle du bourgeois et de son engeance, la petite-bourgeoisie.

      Anti-thèse 11 : Une organisation de la société qui supprime les conditions du Marché rend impossible toute religion, parce que toute religion s'appuie sur les conditions nécessaires du Marché.

      Anti-thèse 12 : Le Juif n'est qu'un symbole extrapolé du capitalisme, ce qui éclaire son succès jamais démenti, aussi bien sur le plan de l'adhésion que du rejet.

      Anti-thèse 13 : "Le christianisme est issu du judaïsme ; et il a fini par se ramener au judaïsme". Marx pose que, pour supprimer l'une et l'autre religion, il s'agit de supprimer le capitalisme.

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 00:00


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

       Dans sa brochure compacte "La Question juive" (1843), le jeune Karl Marx ne critique pas les Juifs en tant que "Juifs" mais conteste à ceux qui se revendiquent comme tels leur prétention à l'émancipation spécifique et exclusive d'eux-mêmes.
        Son analyse va plus loin : les Juifs se renvendiquant en tant que "Juifs" ont contaminé les autres religions par ce que constitue leur idéologie, une doctrine religieuse anti-sociale, élitiste et endogène.

       Alors,
à côté de tous les qualificatifs plus ou moins loufoques dont l'ont traité la grande famille des "philosophes" politologues de plateau-télé, pourquoi Marx est-il également qualifié d'"anti-sémite" ; plus précisément,
ces messieurs-dames de la pensée bourgeoise diversifiée se fondent sur quels arguments ?
        Tout simplement sur l'assimilation qu'opère Marx le jeune entre le "Juif" et l'usurier, le trafiquant, le spéculateur, le banquier, le capitaliste. Mais Karl ne fait-là que se baser sur une réalité socio-économique, afin de se livrer non pas à des incantations anti-sémitiques mais à une critique rigoureuse du capitalisme. Fermez le ban.

        Marx affirme :

        "...la suprématie effective du judaïsme sur le monde chrétien a pris, dans l'Amérique du Nord, cette expression normale et absolument nette: l'annonce de l'Evangile, la prédication religieuse est devenue un article de commerce, et le négociant failli de l'Evangile s'occupe d'affaires tout comme le prédicateur enrichi".

        Qu'en dîtes-vous ? En quelques lignes s'exprime toute la puissance visionnaire du matérialisme dialectique ! Un peu plus loin vous lirez :

        "Aux yeux d'un grand nombre, le ministère religieux est une véritable carrière industrielle".

          Remplacez juste "industrielle" par "médiatique".
        Maintenant, le Sous-Lieutenant Karpov va donner complaisamment de l'avoine aux bourrins :

       "La contradiction qui existe entre la puissance politique réelle du Juif et ses droits politiques, c'est la contradiction entre la politique et la puissance de l'argent. La politique est théoriquement au-dessus de la puissance de l'argent, mais pratiquement elle en est devenue la prisonnière absolue".

         Récapitulons : la politique est l'otage de la puissance financière. Le "Juif" qui, politiquement, ne représente pas autre chose que lui-même, dispose d'une puissance effective correspondant
plus à sa position économique qu'à des convictions religieuses.

        "Le judaïsme s'est maintenu à côté du christianisme non seulement parce qu'il constituait la critique religieuse du christianisme et personnifiait le doute par rapport à l'origine religieuse du christianisme, mais encore et tout autant, parce que l'esprit pratique juif, parce que le judaïsme s'est perpétué dans la société chrétienne et y a même reçu son développement le plus élevé. Le Juif, qui se trouve placé comme un membre particulier dans la société bourgeoise, ne fait que figurer de façon spéciale le judaïsme de la société bourgeoise".

         Nous vivons donc bien dans une civilisation "judéo-chrétienne", confirme Marx. Et d'étayer ce constat de maintes considérations précises :

      "Le judaïsme s'est maintenu, non pas malgré l'histoire, mais par l'histoire".

       Voilà certes une thèse qui doit mettre en transe les exégètes de l'histoire du judaïsme. Selon elle, le développement historique ne pouvait que favoriser la survie du judaïsme, non son extinction, ce qui va à rebours de toutes les historiographies héroïques du "Juif errant".

       "C'est du fond de ses propres entrailles que la société bourgeoise engendre sans cesse le Juif".

       "Le Juif", un symbole phantasmé du capitalisme, l'hypothèse est plus crédible qu'
outrageante ou audacieuse. N'a-t-on pas dit la même chose du protestantisme, avec son culte du travail et de la réussite ? Le mode de production le plus prédateur de l'histoire des modes de production constitue le terreau de nombres d'inflorescences qui, tôt ou tard, finissent par prospérer sur cet humus gras. Observez l'exportation du puritanisme anglo-saxon outre-Atlantique, voyez les Quakers, les Mormons, les Evangélistes qui, fondant d'immortelles dynasties de la marchandise et du profit,
obtinrent le Paradis avant la mort terrestre, le Paradis "profane" en quelque sorte, comme aurait pu le faire remarquer Marx, qui n'hésite pas à demander :

      "Quelle était en soi la base de la religion juive ? Le besoin pratique, l'égoïsme.
       Le monothéisme du Juif est donc, en réalité, le polythéisme des besoins multiples, un polythéisme qui fait même des lieux d'aisance un objet de la loi divine. Le
besoin pratique, l'égoïsme est le principe de la société bourgeoise et se manifeste comme tel sous sa forme pure, dès que la société bourgeoise a complètement donné naissance à l'état politique. Le dieu du besoin pratique et de l'égoïsme c'est l'argent".

         Au travers du Judaïsme, c'est la religion en général que Marx le jeune proclame idéologie capitaliste. Le capital fait de tout une marchandise et de tous les rapports humains des rapports marchands ; il prétend s'immiscer jusque dans les techniques de défécation ! Il en va de même pour la religion, aussi bien le Judaïsme que l'Islam et les autres sectes monothéistes mondialisées.
         D'autres notations marxiennes ne sauraient guère donner un seul quelconque petit grain à moudre aux Torqueimadas de l'anti-"anti-sémitisme" :

       "L'argent est le dieu jaloux d'Israël, devant qui nul autre dieu ne doit subsister. L'argent abaisse tous les dieux de l'homme et les change en marchandise. L'argent est la valeur générale et constituée en soi de toutes choses. C'est pour cette raison qu'elle a dépouillé de leur valeur propre le monde entier, le monde des hommes ainsi que la nature. L'argent, c'est l'essence séparée de l'homme, de son travail, de son existence ; et cette essence étrangère le domine et il l'adore".

          Cette assimilation, non pas des Juifs en tant que "Juifs", mais du judaïsme, idéologie religieuse à l'idéologie capitalistique, voilà la charge de la preuve selon les anti-"anti-sémites" anti-marxiens.
       Relisez ligne à ligne, mot par mot, vous ne dénicherez pas plus que le Sous-Lieutenant une once d'"anti-sémitisme" dans la dialectique du jeune Marx. Constatez aussi que l'analyse s'applique aussi bien à toute religion monothéiste sacralisant l'enrichissement et le profit. Il se trouve qu'à l'époque des 25 ans de Marx se posait en Allemagne la question de l'émancipation des Juifs. Il a pris la balle au bond en quelque sorte.

        Terminons ce chapitre par un dernier trait de nature à friser le pelage lissé des bien-pensants :

 
         "Le dieu des Juifs s'est sécularisé et est devenu le dieu mondial. Le change, voilà le vrai dieu du Juif. Son dieu n'est qu'une traite illusoire".

         Le "change", c'est-à-dire la spéculation. Les 3 grandes sectes monothéistes s'y sont attelées. Marx entrevit la mondialisation de la "foi", bien avant qu'un certain écrivain annonce un XXIème siècle "spirituel".

[à suivre]        
      
     
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 17:47

MARX, L'ANTI-SEMITE

     Recentrons la fiche de lecture sur la question juive contenue dans la brochure éponyme d'un jeune Marx précocement aiguisé, qui commence par poser ainsi les termes de l'analyse :

      "Ne cherchons pas le secret du Juif dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le Juif réel".

       Comme il est doux d'avoir affaire à un matérialiste dialectique. Systématiquement il repose fermement les choses sur leurs pieds au lieu de se mettre la tête à l'envers pour les observer.

       "Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même".

        A l'époque du jeune Marx, aussi bien en Allemagne qu'en Russie et en France, le "Juif", par définition, c'est celui qui trafique, qui prête sur gages et pratique l'usure. D'où cette assimilation culturelle et sociale de la figure du "Juif" comme profiteur, symbole d'un capitalisme usurier mesquin et vampirique. Que celui qui n'a jamais honni cette forme viscéralement ingrate du capital jette la 1ère pierre au Sous-Lieutenant (relisez "Crime et châtiment"). Marx en tire des conséquences tout-à-fait cohérentes :

       "Une organisation de la société qui supprimerait les conditions nécessaires du trafic, par suite la possibilité du trafic, rendrait le Juif impossible".

       "Le Juif impossible"...  le Protestant également (ah ! qu'il soit permis de rêver...). Et le Musulman. Quand au Catholique, dans une telle organisation de la société, cela fera belle lurette que son hypocrisie l'aura étouffé et qu'il aura décédé "de mort naturelle". Car, dans une société non mercantile, les volutes écoeurantes de la spiritualité perdront leur fonction de pollution des esprits, par simple disparition de leur valeur d'usage aliénante :

       "La conscience religieuse du Juif s'évanouirait, telle une vapeur insipide, dans l'atmosphère véritable de la société".

        "L'anti-sémitisme" supposé du jeune Marx n'est en réalité qu'un anti-capitalisme dialectique. Le "Juif" y figure le rôle symbolique de représentant "culturel" de la sphère financière du capital. En l'occurrence Marx ne jette nullement l'opprobre sur lui, mais l'invite à s'émanciper réellement de sa fonction réelle (ou symbolique) de rouage capitaliste. Il invite le Juif se revendiquant en tant que tel et, dans le même temps, revendiquant l'émancipation de tous les Juifs, à en tirer les conséquences: ne plus être "Juif",  sous aucune forme que ce soit. Ceci ne concerne pas ceux qui, en tant que "Juifs", n'ont strictement rien à revendiquer sur ce plan. Être "Juif" ne signifie pas autre chose qu'être "Catholique", "Protestant", "Musulman", "Bouddhiste", "Hindouiste" ou "raëlien". On revendique le bébé, l'eau sale du bain et le reste. On ne saurait réclamer dans le même temps sa propre émancipation, lors qu'il s'agit de prime abord de cesser toute activité aliénante à l'égard d'autrui ! C'est l'illustration du proverbe de "la paille et la poutre".

        Marx l'exprime comme suit :

       "Nous reconnaissons donc dans le judaïsme un élément antisocial et actuel qui, par le développement historique auquel les Juifs ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.
       Dans sa dernière signification, l'émancipation juive consiste à émanciper l'humanité du judaïsme".

        Le judaïsme est "antisocial", nous dit Marx. Contrairement au christianisme, cette religion ne va pas jusqu'à supputer que tous les hommes soient "frères". Seuls les "Juifs" le sont. Ce n'est pas tout : ils sont frères de sang divin, transmissible seulement au sein exclusif de la diaspora. Le "Juif" ne se mélange pas, il tient à conserver la pureté du judaïsme au travers du mariage et de la procréation.
         Intervient ensuite l'aspect capitalistique du judaïsme :

      "Le Juif s'est émancipé d'une manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que grâce à lui et par lui, l'argent est devenu une puissance mondiale, et l'esprit pratique juif l'esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus Juifs".

       Entendez par là que - sur le tard - les chrétiens se sont mis eux aussi au capitalisme, à la finance, aux délices de la spéculation.

      "Les habitants religieux et politiquement libres de la Nouvelle-Angleterre...sont une espèce de Laocoon [personnage de la légende Troyenne, étouffé en compagnie de ses fils par 2 serpents], qui ne fait pas le moindre effort pour se délivrer des serpents qui l'enserrent. Mammon [dieu pré-judéo-chrétien des biens matériels] est leur idole qu'ils adorent non seulement des lèvres mais de toutes les forces de leur corps et de leur esprit. La terre n'est à leurs yeux qu'une Bourse, et ils sont persuadés qu'ils n'ont ici bas d'autre destinée que de devenir plus riches que leurs voisins. Le trafic s'est emparé de toutes leurs pensées, et ils n'ont d'autre délassement que de changer d'objets. Quand ils voyagent, ils emportent, pour ainsi dire, leur pacotille ou leur comptoir sur leur dos et ne parlent que d'intérêt et de profit ; et s'ils perdent un instant leurs affaires de vue, ce n'est que pour fourrer leur nez dans les affaires de leurs concurrents".

     Faut-il rappeler que Marx le jeune écrit ces lignes en 1843 ?

(à suivre)
  
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 16:26


MARX, L'ANTI-SEMITE

      En 1843, Karl Marx a 25 ans. Vous vous doutez bien que les 25 années de ce jeune Juif (d'origine) Allemand sont le ferment de ce qu'il deviendra par la suite. Formé en théologie protestante par le pasteur Bruno Bauer, Marx ne tarde pas à s'émanciper du pesant maître, tout comme il l'avait fait avec le grand Commandeur Friedrich Hegel.
      1843 voit l'édition de 2 opuscules au titre commun, "La Question juive", l'un de Bauer, l'autre de Marx, en réponse au 1er.

       Dans le sien, le jeune Marx, à travers la situation des Juifs en Allemagne et leur aspiration à s'émanciper, se livre à une critique consciencieuse de la religion, de l'Etat, de l'idéologie bourgeoise et de leurs rapports incestueux, notamment à travers les fameux "droits de l'homme" universels, dont Marx démontre qu'ils ne sont que les droits bourgeois factuels de l'homme bourgeois :

      "La société féodale se trouva décomposée en son fond, l'homme, mais l'homme tel qu'il en était réellement le fond, l'homme égoïste.
     Or, cet homme, membre de la société bourgeoise, est la base, la condition de l'Etat
politique. L'Etat l'a reconnu à ce titre dans les droits de l'homme".

      L'Etat est l'Etat de la Bourgeoisie, ce qui n'est pas rien. Dans ses "droits de l'homme", il reconnaît officiellement la validité de l'idéologie bourgeoise, il prône la défense de la personne et des biens. Qui est une "personne", qui donc possède des "biens" ? Vous savez la réponse.
      Karl enchaîne avec l'aspiration sublimée de l'homme bourgeois à la "liberté" :

       "L'homme ne fut donc pas émancipé de la religion ; il reçut la liberté religieuse. Il ne fut pas émancipé de la propriété ; il reçut la liberté de la propriété. Il ne fut pas émancipé de l'égoïsme de l'industrie; il reçut la liberté de l'industrie".

      L'aspiration à l'émancipation se distingue alors de celle de la "liberté", concept fourre-tout dans lequel s'engouffre la pléthore des théologiens, idéologues, philosophes et autres "penseurs" d'Etat. La liberté, tout le monde s'en réclame, en particulier les adeptes du libre échange, du libre Marché, de la libre concurrence, la libre circulation et de la liberté individuelle du petit-bourgeois.
       C'est qu'après ses grandeurs, la classe autrefois révolutionnaire a ses limites naturelles, celles, déterminantes, du Marché et de la production :

      "La révolution politique décompose la vie bourgeoise en ses éléments, sans révolutionner ces éléments eux-mêmes et les soumettre à la critique".

         Après avoir opéré la critique du féodalisme par la critique des armes et de la guillotine, la Bourgeoisie s'est arrêtée en chemin, établissant à la place des dogmes religieux, monarchiques et féodaux ses propres dogmes républicains, démocratiques et universalistes. La figure centrale de l'allégorie bourgeoise, c'est l'"homme". De quel homme s'agit-il ?

       "L'homme politique n'est que l'homme abstrait, artificiel, l'homme en tant que personne allégorique, morale. L'homme véritable, on ne le reconnaît d'abord que sous la forme de l'individu égoïste, et l'homme réel sous la forme du citoyen abstrait".
      
         "Citoyen abstrait", car le monde est fait non pas de "citoyens" mais de salariés, de non-salariés, de paysans propriétaires et non-propriétaires, de fonctionnaires, de notaires, de mendiants, etc. L'individu tel qu'il est défini par les droits de l'homme, la Constitution et le reste des textes très officiels, n'est repérable que par la défense de ses intérêts, de ses biens, de sa précieuse petite personne. L'Univers entier tourne autour de l'homme bourgeois. Dès lors, comment s'arracher à cette détermination illusoire alors que les 3/4 de l'humanité ne sont pas formés d'hommes tels que celui-là ?




       Marx répond :

       "L'émancipation humaine n'est réalisée que lorsque l'homme a reconnu et organisé ses forces propres comme forces sociales et ne sépare donc plus de lui la force sociale sous la forme de la force politique".

         En aspirant à s'émanciper, l'homme réel revendique l'unité entre ce qu'il est, un être social, et la force politique dont il dispose pour faire sauter le verrou maintenant les chaînes de son esclavage.

(à suivre)

     
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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 17:33

MARX, L'"ANTI-SEMITE"

     Alors, vous y êtes toujours ? Accrochez-vous un peu, nom de dieu, autrement, comment pourriez-vous prétendre à une quelconque "expression" politique ? Dans son opuscule "La Question juive", le jeune Marx (25 printemps seulement) pointe avec une acuité relevant déjà d'un matérialisme dialectique  efficient, l'opposition fondamentale entre des concepts bourgeois floutés par leur idéalisme fondateur, notamment celle entre le "citoyen" et l'"homme". Allez, claquez-vous le beignet et au taf :

     "C'est l'homme en tant que bourgeois, et non pas l'homme en tant que citoyen, qui est considéré comme l'homme vrai et authentique".

       Dès qu'on plonge le nez dans l'idéalisme bourgeois, on ne peut s'en extirper (à moins de brader ses convictions profondes). Le renversement qu'opère la bourgeoisie révolutionnaire est le suivant :

     la pratique devient le BUT, la théorie restant seulement un MOYEN.
Cela condamne à perpétuité toute théorie autre que celle démontrant empiriquement la nécessité de la conservation capitalistique bourgeoise .

       Vous touchez là à un point fondateur de ce qu'est l'idéologie bourgeoise, qu'elle soit de "droite", de "gauche", du "centre" ou d'ailleurs. Maintenant il vous faut vous replonger - mais en compagnie du jeune Marx - dans cette déclaration que d'aucuns considèrent comme aussi "sâcré" que les saints sâcrements :

        "Le "but" de toute "association politique
" est la "conservation des droits naturels et imprescriptible de l'homme". (Déclar., 1791, art. 2.)
      "Le
gouvernement est institué pour garantir à l'homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles." (Déclar., 1791, art. 1.)".

       Commentaire du Vieux jeune :

        "Donc, même aux époques de son enthousiasme encore fraîchement éclos et poussé à l'extrême par la force même des circonstances, la vie politique déclare n'être qu'un simple moyen, dont le but est la vie de la société bourgeoise".

        Effectivement, c'est écrit noir sur blanc ; si cela ne vous est pas apparu en 1ère lecture, re-lisez donc : "Le gouvernement est institué pour garantir à l'homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles". Ces fameux "droits naturels" dont il est dit plus haut qu'ils consistent à exploiter son prochain et à jouir du produit profitable de cette exploitation.
       Marx pousse inlassablement son pion critique :

       "Il est vrai que la pratique révolutionnaire est en contradiction flagrante avec sa théorie. Tandis que, par exemple, la sûreté est déclarée l'un des droits de l'homme, la violation du secret de la correspondance est mise à l'ordre du jour. Tandis que la "liberté indéfinie de la presse" est garantie (Déclar. de 1793, art. 122) comme la conséquence du droit de la liberté individuelle, elle est complètement anéantie, car "la liberté de la presse ne doit pas être permise lorqu'elle compromet la liberté publique". (Robespierre jeune ; Histoire parlementaire de la Révolution française...)".

       Maintenant, après 2 siècles et demi d'histoire, tout le monde le sait : la Bourgeoisie n'a pas son pareil pour édicter de grandes règles humanistes tout en les violant allègrement. Est-ce là méchanceté ou vice naturel ? Que nenni, la grande Dame patronnesse est avant tout classe sociale et politique :

      "Le droit de liberté cesse d'être un droit, dès qu'il entre en conflit avec la la vie politique, alors que, en théorie, la vie politique n'est que la garantie des droits de l'homme, des droits de l'homme individuel, et doit donc être suspendue, dès qu'elle se trouve en contradiction avec son but, ces droits de l'homme. Mais la pratique n'est que l'exception, et la théorie est la règle".

        
Il y revient, l'infatigable bretteur ! Non sans avoir démêlé l'écheveau alambiqué de l'idéalisme bourgeois et de ses "droits" imprescriptibles. Pour en arriver à ce constat que, dans la vie politique de l'Etat bourgeois, les droits de l'homme n'interviennent qu'en théorie ou, dit autrement, qu'en profession de foi déontologique. S'il arrive à un Etat de défendre pratiquement un-2 articles, c'est toujours par erreur ou par "un concours de circonstances".


      Les "droits de l'homme" ne constituent pas son avenir, même dans la société bourgeoise.

[à suivre]  
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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 18:02






MARX, L'"ANTI-SEMITE"

       En 1843, Marx, ayant convoqué les "droits de l'homme" en place publique, il les pressa comme un citron pour en faire jaillir le jus essentiel dans sa brochure  ramassée "La Question juive". Il constata immédiatement que c'étaient là droits tout relatifs (et non préceptes "universels") :

       "Le droit de l'homme, la liberté, ne repose pas sur les relations de l'homme avec l'homme mais plutôt sur la séparation de l'homme d'avec l'homme. C'est le droit de cette séparation, le droit de l'individu limité à lui-même".

        Qu'est-ce qui sépare "l'homme d'avec l'homme" ? Tout simplement et tout implacablement la réalité : l'homme est un proprio pour l'homme.

       "L'application pratique du droit de liberté, c'est le droit de propriété privée".

         La liberté bourgeoise induit toute la floraison du droit privé, en bref l'ensemble de ce qui relève des lois protégeant la propriété. Ah !... on part à l'aube d'un pas léger vers la liberté et on finit dans un tribunal, flanqué d'un avocat !

        Voilà pour la liberté. Qu'en est-il alors de l'égalité ? Peut-être les droits de l'homme sont-ils mieux à même de la défendre... Qu'en dit le jeune Karl, petit-fils de rabbins et de marchands ?

       "Le mot "égalité" n'a pas ici de signification politique ; ce n'est que l'égalité de la liberté définie ci-dessus : tout homme est également considéré comme une telle monade basée sur elle-même".

        Une monade, soit un concept structuré et complexe, mais replié sur sa propre causalité. Quelque chose qui ne peut que découler d'une idée préconçue, cherchant à creuser son sillon et à s'imposer "universellement".

        L'égalité, c'en est fait d'elle.  Marx cite
ensuite la Constitution de 1793 :

       "Art. 8. La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés."

        Nul doute que, commençant d'être rodés à la critique marxienne, la lecture du terme "propriétés" ne vous ait fait pressentir la remarque que le Jeune Karl ne manque pas de faire immédiatement après :

         "La sûreté est la notion sociale la plus haute de la société bourgeoise, la notion de la police : toute la société n'existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés. C'est dans ce sens que Hegel appelle la société bourgeoise "l'Etat de la détresse et de l'entendement".

          Le Commandeur Friedrich Hegel en personne, invité à intervenir par celui qui fut son disciple passionné ; "L'Etat de la détresse et de l'entendement", formule aiguisée par le dernier philosophe qu'ait connu l'histoire de la philosophie.
         La "détresse" émane d'une société où il s'agit de défendre en permanence sa personne et ses biens contre les velléités de ceux qui veulent vous les arracher - en général ceux qui ne possèdent ni l'une ni les autres. D'où la notion de "police", poussée jusqu'à ses plus absurdes conséquences : l'homme est un flic pour l'homme et le flic est devenu le héraut des temps modernes.
        L'"entendement" selon le grand Commandeur Hegel, est cette faculté de la Bourgeoisie à affronter ses démons, notamment par la constitution de droits à prétention universelle ! Marx qui, dès ses 25 années, possède déjà toutes les armes qui lui permettront de surpasser le Vieux sage, affûte déjà allègrement la
vénérable formule  :

        "La notion de sûreté ne suffit pas encore pour que la société bourgeoise s'élève au-dessus de son égoïsme. La sûreté est plutôt l'assurance (Versicherung) de l'égoïsme".

         Position marxienne conséquente : établir comme droit "universel" la sûreté des biens et des personnes ne va pas au delà de la sanctification d'un état de fait.
Dans la société bourgeoise, la richesse de quelques-uns s'accumule aux dépens du plus grand nombre.

       "Aucun des prétendus droits de l'homme ne dépasse donc l'homme égoïste, l'homme en tant que membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant à son arbitraire privé. L'homme est loin d'y être considéré comme un être générique ; tout au contraire, la vie générique elle-même, la société, apparaît comme un cadre extérieur à l'individu, comme une limitation de son indépendance originelle. Le seul lien qui les unisse, c'est la nécessité naturelle, le besoin et l'intérêt privé, la conservation de leurs propriétés et de leur personne égoïste".

       Les droits de l'"homme" confinent celui-ci en sa position sociale individuelle. Qu'est-ce qu'un non-bourgeois peut faire d'une considération toute symbolique, du titre honorifique d'"homme", c'est-à-dire, dans cette vision idéaliste étroite, d'"homme" bourgeois respectable ? Ces droits qui sont la descente de lit de tout petit-bourgeois humaniste - ne prennent nullement en compte l'essence sociale de l'homme, c'est-à-dire la communauté humaine dont il est issu et sans laquelle il n'est rien  qu'un individu  abstrait. L'analyse marxienne souligne clairement l'opposition entre personne humaine et "individu"-concept de la société bourgeoise, n'aspirant qu'à la propriété privée et à sa conservation, comme si c'étaient là les grandes aspirations de l'humanité entière.

[à suivre]       
    
 
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:45


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

        Dans sa "Question juive" (1843), Marx démontre à 25 ans à peine sonnés que l'Etat démocratique - qui n'existe pas encor en Allemagne - possède la capacité d'émanciper le peuple de la religion quelle qu'elle soit, tout en la laissant subsister :

      "La contradiction dans laquelle se trouve le sectateur d'une religion particulière vis à vis de sa qualité de citoyen n'est qu'une partie de l'universelle contradiction entre l'Etat politique et la société bourgeoise. L'achèvement de l'Etat chrétien, c'est l'Etat qui se reconnaît comme Etat et fait abstraction de la religion de ses membres. L'émancipation de l'Etat de la religion n'est pas l'émancipation de l'homme réel de la religion".

        Saisis-tu, lecteur qui plisse le front et toi, lectrice sereine, le dénouement de la contradiction substantielle entre Etat démocratique et idéal religieux ? Le 1er réalise symboliquement les aspirations du second, tout en le ravalant à une officine religieuse comme une autre, à égalité avec tout autre concurrent. L'Etat moderne officialise la religion de manière profane. Ce faisant, il détruit les saints sâcrements, tout le toutim, le saint-frusquin et le reste. Il démocratise, aplanit, efface les contradictions réelles que masquent les contradictions symboliques entre curés, rabbins, imams, bonzes et shamans. Il est la superstructure capitalistique qui fait des aspirations à la spiritualité la demande d'une offre : qui veut du bouddhin, du chrétin, du Allah-va-comm'-j'te-pouss ou du raddin ? Promo sur les religions orientalistes, soldes sur le panthéisme.

       Il s'agit d'avancer un peu plus avant. Passons à une suite qui, pour ceux qui n'ont pas encor lâché prise, constitue un morceau de roi : l'analyse des droits de l'homme. Le vieux Maître Bruno Bauer avait ouvert le bal :

      "L'idée des droits de l'homme n'a été découverte, pour le monde chrétien, qu'au siècle dernier. Elle n'est pas innée à l'homme..."

       Au siècle dernier, soit au XVIIIème siècle. Les droits de l'homme surgissent en même temps que les aspirations de la Bourgeoisie à s'émanciper de la tutelle féodale et monarchique. Marx, avec toute l'énergie de sa jeunesse, les prend à bras-le-corps, ces fameux droits sorits de la cuisse des Lumières :

      "Considérons un instant ce qu'on appelle les droits de l'homme, considérons les droits de l'homme sous leur forme authentique, sous la forme qu'ils ont chez leurs inventeurs, les Américains du Nord et les Français !"

        Les Etats-Uniens les inventèrent donc, ces droits, en co-brevet avec les "sâcrés Français".
Immédiatement, Marx décèle les accointances entre droits d'obédience religieuse et droits d'obédience démocratique :

       "L'incompatibilité de la religion et des droits de l'homme réside si peu dans le concept des droits de l'homme, que le droit d'être religieux, et de l'être à son gré, d'exercer le culte de sa religion particulière, est même compté expressément au nombre des droits de l'homme. Le privilège de la foi est un droit général de l'homme".

       Les droits de l'homme autorisent en effet qu'en tant qu'adepte d'une secte religieuse, "l'homme" s'adonne à plaisir à ses rites, messes noires et blanches et croyances quelles qu'elles soient.

*****

       A ce stade, vous pénètrerez en la partie vive de la "Question juive". Que sont-ce les "droits de l'homme", de quels "droits" et de quel "homme" est-il question ? Tenez ferme le fil rouge marxien qui se déroule devant vous :

      "On fait une distinction entre les "droits de l'homme" et les "droits du citoyen". Quel est cet "homme" distinct du citoyen ? Personne d'autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé "homme", homme tout court, et pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l'homme ? Qu'est-ce qui explique ce fait ? Par le rapport de l'Etat politique à la société bourgeoise, par l'essence de l'émancipation politique".

        Ô temps embourgeoisé, suspends ton viol de l'humanisme marxien et vous, heures propices, arrêtez votre char pesant : laissez appréhender aux esclaves la vivacité du coeur de cible révolutionnaire !

       "Constatons avant tout le fait que les "droits de l'homme", distincts des "droits du citoyen", ne sont rien d'autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté".

       La communauté convoquée ci-devant par le jeune homme Marx, c'est la "gemenweisen", la communauté humaine, l'essence même de l'humanité, qu'excluent ces "droits du Bourgeois" ! Depuis près de 2 siècles et demi, la Bourgeoisie fait passer ses droits de classe exclusifs pour des droits universels.

[à suivre]   
        

 
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:24


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

    
      Dans sa brochure "La Question juive", parue en 1843, dont le jeune Marx a repris le titre la même année pour lui répondre, Bruno Bauer écrit :

      "La politique, si elle ne doit être que de la religion, n'a pas besoin d'être de la politique, pas plus que le récurage des marmites, s'il est considéré comme un acte religieux, ne doit être regardé comme une affaire de ménage".

       Par cette curieuse comparaison, Bauer entend que la politique "religieuse" n'existe pas et, conséquemment, que l'Etat religieux est impossible. Sur ce point, Marx emboîte le pas à son ancien formateur en théologie protestante :

         "Séparer l'"esprit de l'Evangile" de la "lettre de l'Evangile" constitue un acte irreligieux. L'Etat qui fait parler l'Evangile dans les lettres de la politique, dans des lettres autres que les lettres du Saint-Esprit, commet un sacrilège, sinon aux yeux des hommes, du moins à ses propres yeux religieux. A l'Etat qui donne la Bible comme sa charte et le christianisme comme sa règle suprême, il faut objecter les paroles de l'Ecriture sainte ; car l'Ecriture est sainte jusque dans ses paroles. Cet Etat, aussi bien que les "balayures humaines" sur lesquelles il est édifié, se trouve impliqué dans une contradiction douloureuse, du point de vue de la conscience religieuse, quand on le renvoie "à ces paroles de l'Evangile auxquelles il ne se conforme pas et ne peut même se conformer, à moins de vouloir se désagréger complètement".

        La remarque est certes acide. Elle peut concerner
aujourd'hui tout aussi bien un Etat d'obédience catholique, protestante ou musulmane qu'un "Etat juif". A la suite de Bauer, Marx conteste formellement à l'Etat toute prétention profane à la religiosité. L'Etat ne saurait être sâcré, encor moins consacré par l'Eglise, fondé qu'il est sur les "balayures humaines" :

       "Devant sa propre conscience, l'Etat chrétien officiel est un "devoir" dont la réalisation est impossible ; il ne peut constater la réalité de son existence qu'en se mentant à lui-même".

       Il n'existe pas d'accord possible entre les principes religieux et les règles étatiques. Toute tentative d'établir une passerelle entre les 2 est vouée à l'échec. Sauf que l'Etat n'a aucun besoin d'un tel sâcrement hors l'illusion démocratique. Fréquemment, il se satisfait d'un totalitarisme religieux auto-justifié : les gestionnaires de l'Etat se déguisent en pasteurs, rabbins, ayatollah ou en bonzes.
     Fondamentalement, l'esprit religieux ne peut se fondre dans le moule séculier de l'Etat profane :

      "...l'esprit religieux ne saurait être réellement sécularisé. En effet, qu'est-il sinon la forme nullement séculière d'un développement de l'esprit humain ? L'esprit religieux ne peut être réalisé que si le degré de développement de l'esprit humain, dont il est l'expression, se manifeste et se constitue dans sa forme séculière. C'est ce qui se produit dans l'Etat démocratique. Ce qui fonde cet Etat, ce n'est pas le christianisme, mais le principe humain du christianisme. La religion demeure la conscience idéale, non séculière, de ses membres, parce qu'elle est la forme idéale du degré de développement humain qui s'y trouve réalisé".

       
Voici établie par Marx la genèse de l'Etat démocratique : au commencement était le christianisme et son "principe humain", "tous les hommes sont frères" par exemple. Mais la constitution de l'Etat séculier prouvait en soi que tous les hommes étaient loin d'être frères car sinon, nul n'aurait été besoin de superstructures coercitives. Donc revenons-y : au commencement était "le Verbe" nous dit un journaliste de dieu ; quand "le Verbe" se fit "chair", il se produisit un  impact
terrible séparant d'un côté l'esprit religieux, de l'autre l'Etat séculier. Depuis ce Big Bang originel, les 2 font ménage avec plus ou moins bonnes grâces.
            Cependant, de prime abord l'histoire des hommes s'écrit au ras du sol :

       "Chrétienne est la démocratie politique en tant que l'homme, non seulement un homme, mais tout homme, y est un être souverain, un être suprême [sic] , mais l'homme ni cultivé ni social, l'homme dans son existence accidentelle, tel quel, l'homme tel que, par toute l'organisation de notre société, il a été corrompu, perdu pour lui-même, aliéné, placé sous l'autorité de conditions et d'éléments inhumains, en un mot, l'homme qui n'est pas encore un véritable être générique. La création imaginaire, le rêve, le postulat du christianisme, la souveraineté de l'homme, mais de l'homme réel, tout cela devient, dans la démocratie, de la réalité concrète et présente, une maxime séculière".
       
         La démocratie politique sécularise "l'homme" consacré par la religion. Voilà une des raisons pour lesquelles les Eglises, quelles qu'elles soient, se tiennent constamment à distance de tout Etat, démocratique, totalitaire ou "religieux". En Iran et en Israël, ce ne sont ni les rabbins ni les ayatollahs qui gouvernent. La religion ne peut être qu'un paravent, faisant illusion auprès des démocrates bourgeois, parce qu'ayant les mêmes limites déterminées que l'idéalisme, qu'il soit "religieux" ou "démocratique". La conscience religieuse demeure, selon Marx le jeune, "l'expression de la nature bornée de l'esprit", bornée par l'arbitraire et l'irrationnalité de cet esprit saint.
        Dans le discours religieux se retrouvent toutes les limites et les contradictions de la "divinité", ces contradictions mêmes qui ont fait son universalité :

       "les conceptions du monde les plus variées viennent se grouper dans la forme du christianisme, et surtout parce que le christianisme n'exige même pas que l'on professe ce christianisme, mais que l'on ait de la religion, une religion quelconque. La conscience religieuse se délecte dans la richesse de la contradiction religieuse et de la variété religieuse".

        Tout comme les syndicats et les partis politiques démocratiques se "délectent" de la variété des enseignes et des officines qui se proposent aux masses salariées.

[à suivre]
      
       

    
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 15:42


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

        Marx pointe la scission entre l'Etat, politique par nature, et la société civile, pressurée sous le boisseau de la Bourgeoisie :

      "Evidemment, à des époques où l'Etat policier comme tel naît violemment de la société bourgeoise, où l'affranchissement personnel humain cherche à s'accomplir sous la forme de l'affranchissement personnel politique, l'Etat peut et doit aller jusqu'à la suppression de la religion, jusqu'à l'anéantissement de la religion, mais uniquement comme il va à la suppression de la propriété privée, au maximum, à la confiscation, à l'impôt progressif, à la suppression de la vie, à la guillotine. Aux moments où l'Etat prend particulièrement conscience de lui-même, la vie politique cherche à étouffer ses conditions primordiales, la société bourgeoise et ses éléments, pour s'ériger en vie générique véritable et absolue de l'homme. Mais elle ne peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres conditions d'existence, en déclarant la révolution à l'état permanent ; aussi le drame politique s'achève-t-il nécessairement par la restauration de la religion, de la propriété privée, de tous les éléments de la société bourgeoise, tout comme la guerre se termine par la paix".

          La référence à la Révolution française - qui s'est produite un demi-siècle plus tôt -  est explicite. L'Etat français surgi de la fin de la monarchie utilise d'emblée et par nature la violence et la Terreur révolutionnaires ; il confisque les biens de l'Eglise, les revend à la Bourgeoisie et décrète la fin de la religion, instaurant même le "Culte de l'Être suprême", sorte de version républicaine du dieu chrétien. En même temps, il cherche à contrôler les prix des denrées de 1ère nécessité, établit l'impôt public et la peine de mort. Mais presque aussitôt, il s'empresse de rétablir la propriété privée et la religion en tant qu'idéologie du "sâcré". L'Etat ne peut surpasser les intérêts de la classe dont il est l'expression dominante. 
        Pour Marx, l'expression véritable de cet Etat-là, qui a accompli sa "révolution" au sens propre du terme (c'est-à-dire qu'il est revenu à son point de départ, quoique sous une forme supérieure à l'Etat précédent), c'est la démocratie laïque :

       "...l'Etat chrétien parfait, ce n'est pas le prétendu Etat chrétien, qui reconnaît le christianisme comme sa base, comme la religion d'Etat, et prend donc une attitude exclusive envers les autres religions ; c'est plutôt l'Etat athée, l'Etat démocratique, l'Etat qui relègue la religion parmi les autres éléments de la société bourgeoise. L'Etat, qui est encore théologien, qui professe encore officiellement le Credo du christianisme, qui n'a pas encore osé se proclamer Etat, n'a pas encore réussi à exprimer sous une forme laïque et humaine, dans sa réalité d'Etat, la base humaine dont le christianisme est l'expression transcendante. L'Etat soi-disant chrétien est tout simplement un Etat inexistant (Nichsstaat) ; en effet, ce n'est pas le christianisme en tant que religion, c'est uniquement le fond humain de la religion chrétienne qui peut se réaliser en des créations vraiment humaines".

         A 25 années à peine sonnées, la pensée du jeune Karl Marx est déjà structurée par le matérialisme historique. Une pensée méthodique qui sépare les idéologies de leur expression "officielle" (la croyance / la religion ; l'idéologie bourgeoise / l'Etat). Dans l'interventionnisme religieux au quotidien, dans cette immixtion parmi les plus basses oeuvres de la populace, Marx-le-Jeune ne voit que le simple reflet déformé des fondations humaines de toute croyance. La religion est le produit du cerveau humain. Dans ce cadre, l'Etat démocratique est beaucoup plus à même de réaliser - de manière illusoire - les aspirations humaines des chrétiens (et des autres) que n'importe quelle théocratie. Qu'on se le dise à Rome, à Jerusalem ou à Islamabad ! Surtout en lisant les lignes qui suivent :

      "Le prétendu Etat chrétien a besoin de la religion chrétienne, pour se compléter comme Etat. L'Etat démocratique, le véritable Etat, n'a pas besoin de la religion pour son achèvement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu'en lui le fond humain de la religion est réalisé de façon profane. L'Etat dit chrétien a tout au contraire une attitude religieuse vis à vis de la politique. S'il ravale les formes politiques à une simple apparence, il ravale tout aussi bien la religion".

       Le véritable oecuménisme ne peut être réalisé que par la démocratie bourgeoise. En ce sens, le soi-disant "retour à la spiritualité" claironné par tous les shamans médiatiques illustre une de ces répétitions dont l'histoire a le secret, le bégaiement significatif d'une société ne sachant plus à quel saint se vouer pour continuer d'aspirer à une immortalité des plus improbables. Voilà qui éclaire de manière singulière la volonté toute récente du président français de faire saillir la République décatie par le percheron sénescent de l'idéalisme bondieusard.

[à suivre]
     
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