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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 15:42


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

        Marx pointe la scission entre l'Etat, politique par nature, et la société civile, pressurée sous le boisseau de la Bourgeoisie :

      "Evidemment, à des époques où l'Etat policier comme tel naît violemment de la société bourgeoise, où l'affranchissement personnel humain cherche à s'accomplir sous la forme de l'affranchissement personnel politique, l'Etat peut et doit aller jusqu'à la suppression de la religion, jusqu'à l'anéantissement de la religion, mais uniquement comme il va à la suppression de la propriété privée, au maximum, à la confiscation, à l'impôt progressif, à la suppression de la vie, à la guillotine. Aux moments où l'Etat prend particulièrement conscience de lui-même, la vie politique cherche à étouffer ses conditions primordiales, la société bourgeoise et ses éléments, pour s'ériger en vie générique véritable et absolue de l'homme. Mais elle ne peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres conditions d'existence, en déclarant la révolution à l'état permanent ; aussi le drame politique s'achève-t-il nécessairement par la restauration de la religion, de la propriété privée, de tous les éléments de la société bourgeoise, tout comme la guerre se termine par la paix".

          La référence à la Révolution française - qui s'est produite un demi-siècle plus tôt -  est explicite. L'Etat français surgi de la fin de la monarchie utilise d'emblée et par nature la violence et la Terreur révolutionnaires ; il confisque les biens de l'Eglise, les revend à la Bourgeoisie et décrète la fin de la religion, instaurant même le "Culte de l'Être suprême", sorte de version républicaine du dieu chrétien. En même temps, il cherche à contrôler les prix des denrées de 1ère nécessité, établit l'impôt public et la peine de mort. Mais presque aussitôt, il s'empresse de rétablir la propriété privée et la religion en tant qu'idéologie du "sâcré". L'Etat ne peut surpasser les intérêts de la classe dont il est l'expression dominante. 
        Pour Marx, l'expression véritable de cet Etat-là, qui a accompli sa "révolution" au sens propre du terme (c'est-à-dire qu'il est revenu à son point de départ, quoique sous une forme supérieure à l'Etat précédent), c'est la démocratie laïque :

       "...l'Etat chrétien parfait, ce n'est pas le prétendu Etat chrétien, qui reconnaît le christianisme comme sa base, comme la religion d'Etat, et prend donc une attitude exclusive envers les autres religions ; c'est plutôt l'Etat athée, l'Etat démocratique, l'Etat qui relègue la religion parmi les autres éléments de la société bourgeoise. L'Etat, qui est encore théologien, qui professe encore officiellement le Credo du christianisme, qui n'a pas encore osé se proclamer Etat, n'a pas encore réussi à exprimer sous une forme laïque et humaine, dans sa réalité d'Etat, la base humaine dont le christianisme est l'expression transcendante. L'Etat soi-disant chrétien est tout simplement un Etat inexistant (Nichsstaat) ; en effet, ce n'est pas le christianisme en tant que religion, c'est uniquement le fond humain de la religion chrétienne qui peut se réaliser en des créations vraiment humaines".

         A 25 années à peine sonnées, la pensée du jeune Karl Marx est déjà structurée par le matérialisme historique. Une pensée méthodique qui sépare les idéologies de leur expression "officielle" (la croyance / la religion ; l'idéologie bourgeoise / l'Etat). Dans l'interventionnisme religieux au quotidien, dans cette immixtion parmi les plus basses oeuvres de la populace, Marx-le-Jeune ne voit que le simple reflet déformé des fondations humaines de toute croyance. La religion est le produit du cerveau humain. Dans ce cadre, l'Etat démocratique est beaucoup plus à même de réaliser - de manière illusoire - les aspirations humaines des chrétiens (et des autres) que n'importe quelle théocratie. Qu'on se le dise à Rome, à Jerusalem ou à Islamabad ! Surtout en lisant les lignes qui suivent :

      "Le prétendu Etat chrétien a besoin de la religion chrétienne, pour se compléter comme Etat. L'Etat démocratique, le véritable Etat, n'a pas besoin de la religion pour son achèvement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu'en lui le fond humain de la religion est réalisé de façon profane. L'Etat dit chrétien a tout au contraire une attitude religieuse vis à vis de la politique. S'il ravale les formes politiques à une simple apparence, il ravale tout aussi bien la religion".

       Le véritable oecuménisme ne peut être réalisé que par la démocratie bourgeoise. En ce sens, le soi-disant "retour à la spiritualité" claironné par tous les shamans médiatiques illustre une de ces répétitions dont l'histoire a le secret, le bégaiement significatif d'une société ne sachant plus à quel saint se vouer pour continuer d'aspirer à une immortalité des plus improbables. Voilà qui éclaire de manière singulière la volonté toute récente du président français de faire saillir la République décatie par le percheron sénescent de l'idéalisme bondieusard.

[à suivre]
     

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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commentaires

I. Déal 07/06/2009 09:20

Et si pour changer vraiment on se mettait à penser par soit même sans se référencer à des penseurs quels qu'ils soient!C'est de là que viendra la vrai révolution et non par un référencement quel qu'il soit car celui-ci ne peut qu'être passéiste et non progressisteEtre libre, libertaire c'est d'abord faire l'effort individuel de penser par soit même.Essayer de comprendre le monde dans une grande solitude qui seule peut  nous rapprocher des autres humains qui souffrent et construire un monde nouveau sans haine ni égoisme

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 07/06/2009 13:35


Le Sous-lieutenant ne voit aucune contradiction à penser par soi-même, en faisant NOTAMMENT référence à des personnes qui, elles-mêmes, ont pensé "par soi-même".

A quoi sert-il de "penser par soi-même", si on ne se réfère pas au genre humain ?

En tant que membre de la classe salariée et de l'espèce humaine, Karpov ne peut pas faire d'effort "individuel" pour penser par lui-même.

Ne croyez pas qu'en tant que libertaire, vous échappiez à ce déterminisme.

Force et Honneur