Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 00:00

     Il y a 30 ans, la Rote Armee Fraktion allemande et les Brigate Rosse italiennes menaient contre leurs Etats démocratiques respectifs des actions de guerilla urbaine, revendiquant toutes deux l'utilisation de la violence armée contre le blindage des superstructures étatiques, machineries dont le rôle fondamental est, en dernière instance, de défendre et protéger un statu quo basé sur le rapport de force entre classe exploiteuse ultra-minoritaire et classe exploitée largement majoritaire. En d'autres termes, réprimer - brutalement si besoin est - tout début de révolte, de rébellion, toute grève "sauvage", toute réaction collective à l'exploitation du travail, l'aliénation et l'abrutissement culturel distillés par tous les canaux dont dispose la classe dominante.







    













    
     Un des objectifs de ces groupes armés était de démontrer la nature essentiellement répressive des Etats nationaux. De ce point de vue, ils obtinrent satisfaction au delà de leurs espérances ! On assista à un branle-bas de combat tous azimuts de la Bourgeoisie. Non qu'elle se soit sentie un instant menacée sur ses fondements par les égratignures que lui infligeaient les guerilleros urbains. L'enjeu était ailleurs, bien plus vital pour la classe dirigeante : extirper des masses salariées toute tentative ou penchant vers une action politique revendiquant entre autres moyens, la violence organisée.

     On assista à un bombardement massif de propagande visant à attirer l'attention des salariés sur autre chose que la nature violente de la société de classes et de l'administration qui la structure, autre chose que l'exploitation forcée de la force du travail, lot quotidien infernal des masses qui travaillent, le totalitarisme de l'esclavage salarié, la brutalité ciblée de l'Etat. Ce fut l'occasion pour la nuée de moucherons idéologiques bourdonnant autour du pouvoir et de ses arcanes de siffler sur tous les tons les louanges de la république et de ses vertus démocratiques, autrement dit de cautériser dans la conscience collective toute tendance instinctive à la critique politique radicale
et à la défense de classe et ranger tout le monde derrière la légalité, c'est-à-dire la dictature quotidienne du salariat, le libre fascisme.




     Participèrent à ces obsèques internationales de la conscience politique l'ensemble des organisations depuis l'extrême-gauche jusqu'à l'autre extrémité du show-biz politicien dans un bel ensemble affligeant et vomitif. Pas un qui n'eut de formule assez cinglante pour fustiger ces "terroristes" qui faisaient "le lit du fascisme".

     Le devoir de la mémoire historique du prolétariat mondial exige de rappeler ce qu'il en est :
      le premier terrorisme c'est celui de l'Etat, au service d'une classe dominante, la Bourgeoisie, asseyant son pouvoir sur les rapports de classes du capitalisme. Ce terrorisme-là, tout ce qu'il y a de plus "légalo-officiel", manipule savamment la carotte et le bâton. Les "citoyens" - figures fictives du crapuleux idéalisme bourgeois - sont tenus de s'aligner en file indienne derrière les institutions démocratiques, les bureaux de vote, les parlements, les commissions paritaires, les réunions où l'on débat dans le vide en soufflant de l'air. En temps de paix sociale, on ne tolère cependant que les grèves autorisées (celles qui ne gênent pas cet autre personnage virtuel de la bimbeloterie médiatique, l'usager), les manifestations carnavalesques, les pétitionnages à tout crin, les articles et autres analyses socio-philosophicomiques, etc. Pendant que les petits-bourgeois de gauche font mumuse dans la cour de récré du Guignol politicien, la roue du Capital écrase les salariés, licencie, atomise, déshumanise et, entre 2 élections-téléthons, crétinise à grands coups de marteau-pilon médiatique.
    



     Mais que
se lève un semblant de révolte, qu'un vent contraire commence à souffler sur les braises sociales, voilà que le rideau fleuri tombe sèchement, pour ouvrir la chasse aux contrevenants, aux "provocateurs", aux "casseurs", aux "éléments incontrôlés" - parfois contrôlés en sous-main par la flicaille -, aux grévistes agissant en-dehors des passages cloûtés par les syndicats, aux leaders spontanés se dégageant d'un groupe sorti des rails collaborationnistes. La classe dirigeante a tôt fait de remettre en place les idées aux "sauvageons" qui traversent en-dehors des "passages protégés", brillamment épaulée dans cette noble tâche par le formidable arsenal des syndicats, associations diverses de "citoyens" et autres bien-pensants humanistes qui, armés du code civil et des "droits de l'homme", viennent tirer les oreilles et abrutir les galopins de leçons de morale "civique", de verbatim sociologique diarrhéïco-mondain.

     Ce qu'il y a de caractéristique dans ces discours policés, toutes ces pratiques inoffensives pour le capitalisme, ces palabres inutiles et ces procédures rituelles de vote compulsif pour décider de la couleur des poubelles, c'est qu'ils passent complètement et systématiquement sous silence les hauts faits d'armes de la République. Lorsque, par exemple, au mois de mai 1988 la gendarmerie exécuta sommairement 15 Kanaks en Nouvelle-Calédonie ("française"). Le pays avait alors un président "socialiste", Mitterrand (ex-fasciste-pétainiste décoré par le Maréchal), le 1er ministre s'appelait Chirac. Le ministre de la Défense était de gauche, un certain Chevènement ; il fit faire une enquête qui lava la gendarmerie plus blanc que blanc. Les balles dans les têtes Kanaks y avaient pénétré par la force du Droit, même après que les ingrats Sauvages aient été désarmés et se soient rendus aux uniformes. Liberté, Egalité, Fraternité des tueurs au service de l'Etat bourgeois. L'honneur sauf, les sous-évolués matés, la cohabitation gauche-droite put perdurer dans une ambiance de franche consanguinité politicienne.







    









    




    
     C'est cette mémoire-là qui, une fois retrouvée, réappropriée, fera agir en commun les millions de personnes qui veulent que "ça change" vraiment. Alors, les appels à la raison, les discours lénifiants sur l'harmonie sociétale, l'alternative gouvernementale et le civisme républicain n'opèreront plus sur les générations de salariés qui, de citoyens, se seront mués en des combattants de classe organisés, armés d'un programme politique sans ambiguïtés : arracher le pouvoir politique des serres de la classe capitaliste et agir directement sur l'économie pour détruire le capitalisme et changer de mode de production.

     Pour être au service du bien commun, le préalable est de détruire le bien privé.






   
















Sous-Lieutenant Piotr Marat Karpov
 

 
    
Partager cet article
Repost0
21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 00:00

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XVIII

      Selon les anarchistes, lorsque le poids de la nouvelle société égalitaire qu'ils prônent sera devenu suffisamment important de par le monde, elle n'aura qu'à se substituer intégralement à l'ancienne :

     "Que dans chaque ville s'établisse rapidement une section de l'Internationale et la nouvelle société apparaîtra comme par enchantement car un souffle sera suffisant pour faire disparaître la vieille société et ses vices, c'est-à-dire les privilèges" (Résolution du Congrès de Cordoue).

      Ici on appréhende un autre trait de l'idéalisme anarchiste, à savoir la croissance linéaire et progressive du mouvement révolutionnaire, opposée au développement par bonds successifs et par sauts qualitatifs que développe le matérialisme historique marxiste. Au sujet de la Révolution, anarchistes et communistes ne parlent pas de la même chose. A cette époque-là les anarchistes considèrent la Révolution sociale comme l'aboutissement de tactiques ou d'organisations déjà établies. On reste dans une vision linéaire et progressive du mouvement révolutionnaire. Par exemple la Fédération Espagnole base sa stratégie révolutionnaire sur les grèves qui, en grandissant, se transforment en grève générale, solution finale à l'émancipation de la classe laborieuse. Cette stratégie par petites étapes prévoit qu'une grève qui se termine quelque part doit s'enchaîner sur une grève qui commence autre part.




       Pour les anarchistes espagnols, la grève générale équivaut déjà à un nouvel ordre des choses :

     "C'est être transporté du monde du mensonge, de l'exploitation et du crime vers le monde de la vérité, de la justice et de la fraternité humaine ; c'est enfin la Révolution sociale".

       Selon les libertaires, le progrès scientifique peut aussi aboutir à l'avènement du nouvel ordre social, au cours d'une évolution progressive :

     "Cette révolution sociale grandiose peut par le biais même de la science, se réaliser sans bouleversements, si de mesquins tyrans n'opposent pas à son cours inévitable leur despotisme irritant" (journal El Prospecto).

     De même la création de coopératives apparaît au début du mouvement anarchiste comme une solution harmonieuse et progressive, permettant à l'ouvrier d'échapper à l'obligation de vendre sa force de travail.
     Les limites et les illusions de la coopération furent soulignés rapidement par Marx. Toutefois il ne prononça pas une condamnation sans appel, loin s'en faut. Dans l'adresse inaugurale de 1864, premier manifeste de l'Internationale, Marx commence par insister sur le caractère primordial et incontournable de la conquête du pouvoir politique, puis il concède que l'existence et le fonctionnement des coopératives démentent le caractère superflu des possesseurs des moyens de production et qu'elles peuvent jouer, par leur exemplarité, un rôle certes limité mais positif dans l'émancipation des ouvriers. Mais l'adresse inaugurale insiste sur le fait que jamais le travail coopératif ne pourra à lui tout seul "arrêter la progression géométrique des monopoles" ni "libérer les masses". Car il est indispensable pour ces masses révolutionnaires de conquérir le pouvoir politique.




     Or, au sujet des coopératives de production, la pensée libertaire est hétérogène. Le coopératisme a puisé son inspiration dans le socialisme utopique. Ce dernier avait à son tour assimilé la philosophie des Lumières. Il se considérait donc comme l'expression de la raison, de la vérité et de la justice absolues. Il suffisait juste qu'on le découvre et qu'on l'adopte pour qu'il conquière le monde par sa propre vertu. Comme la vérité absolue est indépendante du temps, de l'espace et du cours historique, la date et le lieu de la découverte relèvent du pur hasard.
      Ceci dit, la raison et la justice diffèrent avec chaque fondateur d'école de pensée. Le théoricien socialiste britannique Robert Owen, héritier des philosophes matérialistes du XVIIIème siècle, s'approcha quelque peu du communisme. Il proposa des sociétés coopératives de production et de consommation comme mesure transitoire vers une organisation entièrement communiste.
    



       Il existait alors en Espagne un petit mouvement coopératif dont les délégués, lors du Congrès de Barcelone en 1870, vantèrent les bienfaits de la coopération. Mais la résolution finale fut sans appel : elle condamna ces initiatives comme nocives parce qu'elles voilaient la primauté de la Révolution sociale :

     "La coopération de production est une institution purement bourgeoise qui peut seulement réaliser l'émancipation d'une partie insignifiante d'entre nous et dont le développement, s'il était possible dans le cadre de l'actuelle société, nous conduirait à la création d'un cinquième état social, beaucoup plus exploité que ne l'est aujourd'hui la classe travailleuse" (La Solidaridad n°36).

       Anselmo Lorenzo donne un témoignage significatif sur le fonctionnement des coopératives ouvrières. Un dimanche il visita l'une d'entre elles, produisant de la fonte. Cette compagnie avait su attirer les travailleurs par un système d'avantages réciproques. Entre employeurs et employés la monnaie officielle ne circulait pas. La compagnie frappait sa propre monnaie et payait de la sorte les travailleurs. Elle leur fournissait également logement, nourriture, vêtements et leur vendait diverses marchandises au prix de production. Une commission ouvrière  examinait la qualité des produits. Dans ces conditions plutôt favorables, Lorenzo constate que les travailleurs sont trop confiants dans la sûreté de leur emploi, comme si pour eux une crise économique était définitivement exclue. Ils se croient à l'abri des périls qui touchent la masse des travailleurs n'ayant pas la possibilité de vivre en coopérative. Il n'y a plus moyen de les attirer vers l'Internationale.




      La défiance à l'égard des coopératives de production conduit bientôt la Fédération Anarchiste espagnole à faire la propagande des coopératives...de consommation !
       Elle affirme ainsi une tendance consistant à ne plus subordonner l'émancipation des travailleurs à la seule transformation des rapports de production, mais aussi à l'amélioration des échanges commerciaux. Pour la Fédération, le principe de solidarité universelle étendu à tous les exploités semble particulièrement abordable par la coopération de consommation, "la seule qui non seulement puisse être appliquée dans tous les cas et toutes les circonstances, mais qui doit aussi servir d'élément et de moyen de formation générale de tous les travailleurs dont le retard culturel rend les idées nouvelles difficilement accessibles".
      Ainsi se profile la vision d'une société où les associations ouvrières recréent les échanges "naturels" afin de se libérer de l'exploitation.

[Tina LOBA]



Partager cet article
Repost0
9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:22

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XVII

     Anselmo Lorenzo a compris l'impossibilité de la liberté sans limites prêchée par Bakounine :

       "Une fois de plus l'évidence a montré que les résolutions adoptées par les hommes et qu'ils croient le produit de leur libre arbitre, sont déterminées par des circonstances qui impulsent leur volonté ; et c'est lorsqu'ils se vantent le plus d'être libres qu'ils se retrouvent au contraire le plus assujettis aux circonstances et au milieu" (A. Lorenzo, El proletariado militante).

     Par son analyse, Lorenzo remet involontairement en question les principes de l'anarchisme.






    













        L'unité d'action suppose une autorité et une centralisation. Il n'y a plus de place pour une voix discordante, ce qui anéantit le libre arbitre anarchiste. Lorenzo va plus loin. Il n'hésite pas à dénoncer le mensonge de la liberté totale dans les rangs de la Fédération Anarchiste Espagnole. Il constate lucidement l'existence d'une organisation capable de décevoir les travailleurs qui luttent pour elle.
     Dans ses observations critiques, il va jusqu'à remettre en cause les structures de l'organisation. En fait de complexité, il s'agit d'un enchevêtrement mécanique de sections, de fédérations et d'unions dirigés par des conseils et des commissions. Le fonctionnement d'une telle organisation n'est qu'apparent, sans réelle efficacité. Selon Lorenzo le Congrès se chargeait de discuter et de résoudre les problèmes qui auraient dû incomber aux différents secteurs mentionnés ci-dessus. Mais, par indolence, par incompétence ou par simple blocage bureaucratique, il avait manqué à sa tâche. Malgré ce constat d'inefficacité, Lorenzo est loin d'en conclure à la nécessité de la centralisation. Il cherche à trouver un juste milieu qui en fait n'existe pas. L'organisation souffre soit d'une absence d'adhésion, soit d'un excès d'adhésion au "Pacte" anarchiste.
     Qu'est-ce donc que ce Pacte ? Les anarchistes le doivent à Pierre Proudhon, le théoricien français du fédéralisme dont A. Lorenzo a connu les thèses. Proudhon a donné son aperçu d'une société libre :

      petits paysans, artisans et entrepreneurs des industries collectivisées négocient et conviennent de la meilleure manière de satisfaire les besoins matériels. L'exploitation du travail n'existe plus et chacun exige simplement la rétribution de sa tâche, en travaillant librement ou, si besoin est, en échangeant sa production, sans entrer dans une compétition ou la recherche de bénéfices.



     Lorenzo considère que cela reste du mutualisme et qu'il faut dépasser ce stade. Sa notion du Pacte se rapproche de celle de Kropotkine et reprend la formule marxiste :

     "De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins" (K. Marx/F. Engels, Le Manifeste du Parti communiste).







   









     En revanche, Bakounine prêche la distribution selon le travail, en juste proportion avec l'apport de chacun. Les anarchistes veulent définir la distribution des biens de production dans la société future et ils mélangent à cela des bribes de Contrat Social qu'ils ont emprunté à Rousseau. Ils y apportent simplement leur variante d'une organisation collective. L'homme y est libre de se retirer à tout moment, s'il estime que la nouvelle organisation du travail le frustre d'un droit sans lui offrir la contrepartie équivalente. Le Pacte ou le contrat qu'il a conclu avec la société est provisoire,  conditionnel et révocable en permanence.
    
(Jean-Jacques [1712-1778])


     A défaut d'être plus approfondi, ce Pacte propose au travailleur une régénération morale et sociale. Le Pacte et la solidarité constituent l'énergie bénéfique qui abattra l'Etat.

       L'Etat apparaît dans la vision critique des anarchistes comme un mal absolu, détaché de tout contexte historique et social, en quelque sorte le produit d'un "Esprit" malfaisant. A. Lorenzo qualifie lucidement cette approche d'"idéalisme révolutionnaire", parce qu'elle dénie à toute institution la capacité d'exercer son pouvoir dans un sens bénéfique. L'Etat n'est pas l'expression de la classe dominante, il est l'idée en soi. Illustration de cette conception métaphysique :

     "Ce n'est pas aux hommes de faire que l'Etat soit différent de ce qu'il est, ni aux principes de tel ou tel mouvment politique de remplacer son immobilisme par le progrès. C'est précisément à son antithèse, à la révolution sociale de s'en charger et c'est celle-ci que nous voulons réaliser" (Congrès de Barcelone).

       L'Etat apparaît indépendant de la réalité du mouvement social, en tant que reflet d'une idée caduque qui fera place à une vérité absolue, la révolution sociale. Il est à remarquer que cette dernière n'est jamais explicitée. Elle fait partie d'un large champ synonymique pour désigner les Idéaux de la nouvelle société : émancipation et liberté, Egalité et Justice, collectivisme. Le mot d'ordre est de faire de l'organisation le propre objet d'elle-même :

        "C'était le moment du dernier appel, lancé en mots-symboles immenses et vagues, qui emportaient tout : solidarité, justice, république, travail, avenir" (Victor Serge, Naissance de notre force).

     L'organisation tient le rôle de moyen en soi. C'est d'ailleurs en ces termes que l'expriment les participants au Congrès de Barcelone :

        "El objeto de la organizaciòn es la organizaciòn misma".

        Il existe deux attitudes libertaires par rapport à l'organisation :

        - se rapprocher du fonctionnement des partis politiques ;
      
      - considérer que les institutions de l'Internationale peuvent se transformer après la victoire du prolétariat ou bien que l'Internationale, après une courte transition, peut passer de son état révolutionnaire à un fonctionnement organique définitif.

     Lorsque la répression oblige à la clandestinité, l'extension de l'organisation reste cependant l'objectif essentiel. Il ne s'agit pas encore de s'attaquer à la vieille société.

       Les révolutionnaires russes d'obédience marxiste voient les choses autrement. Pour eux, le parti communiste représente l'avant-garde de la classe révolutionnaire et donc se pose en organisation dirigeante du prolétariat dans la lutte à mort contre le tsarisme, vers la conquête du pouvoir politique.
    



     Les anarchistes ont plutôt pour objectif de mettre en place, à côté de la société basée sur l'exploitation, une autre société, égalitaire, qui attirera par son respect du principe de justice tous les exploités rêvant d'émancipation.

    [Tina LOBA]



Partager cet article
Repost0
5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 09:41

UN AUTRE VISAGE DE L'IMPERIALISME



    
       L'improbable usine à gaz électoraliste du pays des hamburgers géants a accouché du scénario le plus souhaité par  les metteurs en scène médiatiques : c'est le personnage de "l'homme noir" (enfin, un peu beige) qui aura l'investiture d'un des 2 partis jumeaux de la scène.

     Avant d'examiner tout ce que cela implique d'inchangé dans la politique de l'Empire, voyons voir comment on a abouti au résultat qu'appelaient de leurs voeux ceux des anciens nouveaux philosophes sévissant dans l'hexagone qui admirent le plus la démocratie états-unienne :

    
       en la matière, chaque État de l'Union agit à sa guise.
Le système est entièrement bouclé, destiné essentiellement à pérenniser dans chaque État les deux grands partis siamois ; aucune possibilité d'intervenir si l’on n’est au préalable adoubé par l'un des 2 monstres.
       Les Etats fédérés désignent des "grands électeurs", dont le nombre est fixé en fonction de leur population. Ces grands électeurs éliront à leur tour le président des États-Unis. Le "citoyen" de base n'a qu'à regarder la télé, ce dont il ne se prive pas : on lui sert des lâchers de ballons, de confettis et de tracts improbables jusqu'à la nausée.
     
     Jusqu'au XVIIIème siècle, aucun État ne consultait sa population au sujet du leader suprême. Aujourd’hui chaque Etat procède à une
prudente consultation, histoire de voir dans quelle direction souffle la brise .

      Cependant, prenons l'exemple de la Floride : la Constitution états-unienne y impose la désignation des grands électeurs par le gouverneur. Cela a permis de régler quelques bidouillages électoraux lors de l'affrontement entre Bush Jr et Al Gore : le gouverneur d'alors n'était autre que Jed, le frangin à Junior.

       Aucun politicard yankee ne demande de réforme de la Constitution. Pour quoi faire grand dieu ?

 

       Faisons le point : aux États-Unis le mot électeur ne s’applique qu’aux "grands électeurs".
      Le président est élu par un « Collège électoral » de 538 membres. Chaque État dispose d’autant de grands électeurs qu’il a de sièges de parlementaires (députés et sénateurs) au Congrés.
       Chaque État choisit ses propres règles pour désigner ses propres grands électeurs ! Ah, la démocratie...

      Les primaires et autres conventions ont 2 objectifs essentiels. En interne, elles permettent de tâter le pouls de l’opinion publique et d’évaluer le dosage de ce que l’on peut lui infliger. En externe, elles donnent au reste du monde l’illusion que cette oligarchie fonctionne démocratiquement. De quoi donner du coeur à l'ouvrage à tous les ménestrels qui chantent les louanges de "la grande démocratie".

      On croit souvent que les primaires permettent d’éviter les combines d’état-major et de laisser les militants de base des grands partis choisir leur candidat. Que dalle. Les primaires sont également organisées par les États locaux ! Il s'agit de garantir le contrôle du système et de barrer la route aux candidatures "dissidentes". A la fin des fins, il reste à chaque fois le borgne républicain et le pendu démocrate.

     Chaque État a ses propres règles pour désigner ses délégués aux Conventions des partis. Il existe 6 méthodes principales :

       1) être encarté au parti pour voter ;

       2) être "sympathisant" et voter avec les militants ;

       3) voter aux primaires des deux partis ;

       4) voter mais uniquement à la primaire du parti de son choix ;

       5) voter à une primaire commune à un tour ;

       6) voter à une primaire à 2 tours.


      Toutes les combinaisons de ces variantes sont possibles. Chaque primaire dans chaque État a donc un sens différent. Ah, la démocratie...

     Et puis, il y a des États qui n’ont pas de primaires. Ils ont des "caucus", mot introuvable dans le dico. Par exemple, l’Iowa organise des scrutins différents dans chacun de ses 99 comtés, qui élisent à leur tour des délégués locaux, lesquels tiennent des primaires au second degré pour élire les délégués aux Conventions nationales. Du "centralisme démocratique" pur jus. Vous suivez ? 

      Cette année le parti démocrate a modifié son calendrier pour avancer le début des festivités, histoire de faire durer le plaisir pendant pratiquement un an. Quand on aime, on ne compte pas plus le temps que le pognon. 

      À la fin, les délégués se retrouvent à la Convention de leur parti. Ils y sont rejoints par les "super-délégués", lesquels, contrairement à ce que leur dénomination laisse croire, ne sont délégués par personne. Ce sont des membres "de droit", c’est-à-dire des notables et des apparatchikis. Les super-délégués représentent la classe dirigeante et détiennent le pouvoir de faire pencher la balance dans un sens ou l’autre, en passant outre le résultat des primaires et des caucus. Ils sont 20 % à la convention démocrate et 25 % à la convention républicaine. Finalement l'esprit de Staline s'est réincarné dans les institutions d'outre-Atlantique. Ah, la démocratie "populaire"... 

     Nul besoin d'avoir fait sciences-Po pour en déduire que les primaires et les cactus, pardon, les "caucus" par Etat ne servent à rien en ce qui concerne la désignation des candidats. Par contre, le grand show permet de bousiller ce qui reste de discernement aux États-Uniens. Les grands médias tiennent tout le monde en haleine en comptabilisant les délégués, les dons, les signatures de "people" pour l'un ou l'autre. C'est le sprint final, comme à Indianapolis ou sur le circuit de Monaco. Que du spectacle, des foutaises et les commentaires avenants des spécialistes du monde entier.

      On maintient artificiellement un « suspense » pour capter l’attention des foules et marteler le plus grand nombre de fois possible les messages subliminaux. Le show est planifié d'avance. Dans 17 États, des machines à voter ont été installées sans aucune possibilité de vérification des résultats électroniques. Autant ne pas voter du tout et laisser les organisateurs se débrouiller tout seuls pour décider du résultat.

    

       Obama a déjà annoncé maintes fois sa vraie "couleur" : il propose de bombarder le Pakistan. Quelques jours auparavant, la mère Hillary a menacé l’Iran de la vitrification nucléaire. Qui dit mieux ? Pas même le vieux Mac Cain.

        Après des mois de campagne, les trois candidats sont arrivés à un accord parfait sur les grands thèmes de la politique impériale :
     

    comme les 2 autres gugusses, Obama considère  la défense d’Israël comme primordiale, il vient juste de réaffirmer l'indivisibilité de Jérusalem, ce qui n'a eu l'heur de plaire aux Palestiniens ; il n’escompte pas sortir l'armée de l'Irak dans l'immédiat et considère l’Iran comme une contrée satanique. Rien de nouveau sous le soleil. Allez, passez, "anti-racistes" et discriminateurs positifs, allez jouer ailleurs.

     Le métis se prétend porteur d’un projet "alternatif" qui consiste seulement à sauver l’Empire en privilégiant l’espionnage, moins coûteux et aléatoire que l'intervention guerrière ouverte.

        Il  dit vouloir changer la société états-unienne. Dans le même temps, il a choisi comme conseiller Zbignew Brzezinski, "penseur" envasé dans des opérations secrètes, coup d’États, sabotages en tous genres et autres actions terroristes. Avec ce "cardinal"-là, les changements à prévoir ne seront pas là où les attendent ceux qui poussent des "oh !" et des "ah" sur la couleur de peau du candidat fringant .


       Le Sous-Lieutenant Karpov annonce d'ores et déjà que, en cas de victoire d'Obama, rien ne changera aux Etats-Unis, rien ne changera en Palestine ni en Irak. Et il existe même une possibilité d'aggravation de la situation en Afghanistan, au Pakistan et bien sûr en Iran. Les "citoyens" votent, l'impérialisme suit son cours. 

Partager cet article
Repost0
2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 00:00
     Le Sous-Lieutenant vous présente un article qui reprend de manière précise certaines positions axiales de l'anti-sionisme.
     Le mythe du "Juif errant" y est mis à mal, en tant que légende inventée
récemment (fin du XIXème siècle) de toutes pièces, d'un peuple exilé qui serait retourné officiellement à sa terre natale à partir de 1948. Cela vaut notamment pour les Juifs d'Europe centrale, dont l'article ci-dessous lève le voile sur les origines turco-slaves.
     Autre cheval de Troie du sionisme : les Juifs, en tant que "peuple et nation", sont un montage idéologique contemporain. Il n'existe pas de "race pure", il n'est aucun "peuple élu". Sous cet angle, l'idéologie sioniste fait écho aux échaffaudages colonialistes qui ont, au passage, alimenté le fascisme allemand. L'histoire des peuples de la Terre est l'histoire des migrations humaines et des "accouplements" entre différents groupes ethniques.
     Enfin, le Sous-Lieutenant soumet à votre attention aiguisée que l'historien israëlien dont il est question  reprend une  thèse déjà défendue sur ce blog : les descendants - à supposer qu'il y en ait - du peuple mythique de l'Ancien Testament, les Hébreux, ne peuvent être entre autres que les Palestiniens qui, au fil des millénaires, sont passés par diverses conversions religieuses : du christianisme au judaïsme et du judaïsme à l'Islam, par exemple.






"Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe
(17 mai 2008)

     L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.




(image d'Epinal)


[Par Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008]


     Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le VIème siècle.

      D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling - en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

      Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au VIIIème siècle).

     A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (...) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).





     D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

      Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du XIXème siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »



     Shlomo Sand, historien du Xème siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.


En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.


     « Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »


Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.


     « Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »

      « Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

      « Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le XXème siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

 

 

 

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.


     « Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »




Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?


     « Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au IVème siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »


Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?


     « Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »




      Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au VIIIème siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du Xème siècle, le royaume s’est affaibli et au XIIIème siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

      Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du XIXème et du XXème siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du XXème siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

 

 

 

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?


     « Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »


Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?


     « Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

 

 

 

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?


     « Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »


En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.


     « Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

      « Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

 

 

 

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?


     « Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

      « Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

 

 

 

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.


     « Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

 

 

 

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?


     « Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »"


Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXème siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)
.

 


[merci à Yacedjaz, o2soudubalcon.canalblog.com]

Partager cet article
Repost0
31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 10:12

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XVI

     Pour les anarchistes, il n'y a pas d'acquis politiques ; il faut donner libre cours à la force universelle de la nature, pour détruire toutes les entraves jetées par ce que l'anarcho-syndicaliste Anselmo Lorenzo nomme "le génie maléfique usurpateur" incarné dans les institutions.

 

    "Nous ne devons pas perdre de vue que s'il subsiste encore parmi nous misère et ignorance, cela est dû aux institutions et aux vieilles idées, non pas aux hommes" (Résolution du Congrès de Cordoue).

     Cette approche critique et morale du pouvoir émane d'un apolitisme qui croit au spontanéisme des masses et au spontanéisme tactique et qui refuse le parlementarisme, l'alliance avec d'autres partis politiques et  la participation aux élections.

      "Que personne ne craigne le fait que les socialistes se présentent à la Municipalité, au Conseil Général et à l'Assemblée, parce ce que nous, nous n'acceptons rien de cet arbre vermoulu appelé Etat, nous désirons uniquement le couper. Abstention signifie Révolution" (Journal "El Obrero", 1870).

      Les anarchistes partagent ici avec les socialistes la critique de l'Etat bourgeois comme expression d'une duperie politique, servant à justifier l'oppression et l'exploitation capitalistes. Mais les tenants du socialisme scientifique n'ont pas cette foi libertaire dans la spontanéité des classes laborieuses, dans la justesse de toute revendication et dans la tactique empirique des masses en action, sans organisation préalable.
     Quant aux anarchistes, ils dénoncent toute tentative de leadership sur le mouvement ouvrier dont la seule justification, selon eux, est de satisfaire l'ambition des théoriciens et des chefs révolutionnaires. C'est dans cette optique qu'Anselmo Lorenzo a perçu la querelle entre les deux courants. En effet il attribue à Marx un sentiment de supériorité intellectuelle et la volonté d'imposer son autorité politique à l'Internationale. Lorenzo retrouve ce sentiment chez les partisans de Marx, qui se considèrent, selon lui, comme plus intelligents et efficaces que les travailleurs. Face à eux se tient Bakounine, impuissant à créer une force comparable à celle que représente l'A.I.T., uniquement confiant dans sa propre énergie. Ceux qui le suivent s'éloignent en général de l'application pratique du concept de liberté et excellent plutôt à imposer leur point de vue aux autres.





    














      Lorenzo insiste sur ce "Mal universel qui va de pair avec le génie maléfique", "el personalismo". Il va jusqu'à élever sa trouvaille "philosophique" au rang de concept absolu. Lui-même adhère à la vision idéaliste de l'homme en tant qu'abstraction universelle, qui s'oppose à la notion du matérialisme historique. En effet, celui-ci voit l'être humain comme un produit de l'ensemble de tous les rapports sociaux et confronté au choc des phénomènes sociaux d'une société donnée.
      Mais pour Lorenzo, la véritable raison du conflit entre anarchisme et marxisme est dans ce personnalisme qu'il a découvert, à savoir :

       "cette passion qui pour les uns est similaire ou concomitante à l'égoïsme et à la vanité, et qui participe du sentiment très naturel poussant l'individu à revendiquer la propriété de son être et la liberté de sa conscience, de sa volonté et de son activité dans lesquelles ces facultés sont indépendantes du milieu ; et qui pour les autres représente le sectarisme servile, l'obéissance aveugle".

      On trouve ainsi couramment dans les discours anarchistes l'analyse des conflits par la passion et le tempérament humains. Elargie à l'espèce humaine, cela va jusqu'à expliquer la diversité des races et des nations comme base des divergences politiques.
     Anselmo Lorenzo n'accepte pas que Marx, déniant aux idées un caractère absolu, considère qu'elles ne sont que "l'expression générale des conditions réelles d'une lutte des classes existantes, d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" (Le Manifeste du Parti communiste) et le résultat de l'évolution de la société. Du point de vue individuel, le marxisme constate que les idées relèvent de l'égoïsme naturel de chacun et que cet égoïsme pousse l'être humain à lutter pour améliorer ses conditions de vie.
     Le mot "altruisme" est absent du discours marxiste tandis qu'on le retrouve fréquemment dans les écrits et discours anarchistes. Ainsi Anselmo Lorenzo parle de "sentiment altruiste" et d'"égoïsme fratricide".
     D'autre part Marx soutient que "à l'immaturité de la production capitaliste, à l'immaturité de la situation des classes, répondit l'immaturité des théories" (F.Engels, Critique de l'anarchisme). Si l'on s'appuie sur cette analyse, cela éclaire singulièrement les errements de la Fédération anarchiste espagnole. Là où Lorenzo constate des inimitiés au sein de celle-ci, il ne voit pas en filigrane le manque de cohérence théorique de l'anarchisme.







[Tina LOBA]



Partager cet article
Repost0
22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 00:00

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XV

     C'est la philosophie rationaliste du XVIIème siècle (Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche) qui érige les notions de liberté, justice, égalité avant qu'au XVIIIème la philosophie des Lumières ne les reprenne à son tour. Le rationalisme établit que quelles que soient ses origines, sa situation, ses capacités, l'homme détient par sa naissance certains droits face aux abus de pouvoir des sociétés d'Ancien régime, absolutistes, rigides, basées sur des "états" comme on appelait alors les classes sociales. La Déclaration des Droits de l'Homme (1789) repose sur cette conception du droit naturel, égalitaire et universel. Un demi-siècle plus tard, ces idées imprègneront la pensée anarchiste naissante :







    












                                                                                                                      (Baruch Spinoza [1632-1677])

               (Descartes [1596-1650])








    











                                                                                         (Nicolas Malebranche [1638-1715])
(Leibniz [1646-1716])




     "Les droits individuels sont inhérents à la nature humaine, antérieurs et supérieurs à toute loi, et l'homme ne doit en aucun cas attendre qu'on les lui donne ou qu'on les lui reconnaisse" (journal "La Solidaridad").

       Et encore :

      "L'absurdité d'hier et la vérité de demain sont une évidence. Il suffit de le démontrer autrement. Au moyen de la signification, la relation et la déduction des trois mots qui doivent être la loi unique et exclusive du gouvernement des hommes : liberté, égalité, fraternité. En effet, il n'y a pas de liberté là où les égaux et les frères n'existent pas. Il n'y a pas d'égalité là où les frères et les hommes libres n'existent pas. Il n'y a pas de fraternité là où manquent les hommes libres et les égaux" (J.L. Montenegro).





     Tout en reconnaissant ce qu'ils peuvent avoir de progressistes dans une société où survivent des vestiges du féodalisme, les marxistes, en revanche, ne se font aucune illusion sur les slogans républicains bourgeois.
      "Constatons avant tout le fait, écrit Marx, que les "droits de l'homme"...ne sont rien d'autre que les droits des membres de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté" (La question juive).
       Marx définit la liberté comme un droit individuel limité, car ce droit ne repose pas sur les relations de l'homme avec l'homme mais sur des rapports de classe, donc de séparation des hommes : "l'application pratique du droit de liberté, c'est le droit de propriété privée" (idem).
      Entre la définition générale de liberté "qui ne nuit pas à autrui" (Déclaration des Droits de l'homme) et le principe de propriété privée consacrant le droit de l'individu à jouir de ses revenus, rentes et produits de ses biens sans se soucier des préjudices infligés à d'autres, Marx dénonce l'illusion de la bonne conscience bourgeoise. Celle-ci, tout en commettant perpétuellement des injustices, invoque solennellement la liberté. Concernant l'égalité, les communistes rejettent le principe inhérent à la "nature des choses" consacré par les anarchistes espagnols. Il critique les positions du philosophe et économiste allemand Ferdinand Lassalle, qui parle de "partage équitable" et de "droit égal de chacun au produit égal du travail". Selon Marx, le droit égal c'est le "droit bourgeois, qui comme tout droit, présuppose l'inégalité" (Critique du Programme de Gotha).
     

(Ferdinand Lassalle [1825-1864], socialiste allemand)


     Tout droit consiste dans l'application d'une règle unique à des gens qui, en réalité, n'ont rien d'égal. En fait le droit égal équivaut à une injustice, à une violation de l'égalité car pour les communistes, l'égalité sociale est avant tout l'égalité du travail et de la répartition des produits de celui-ci. Elle est irréalisable dans le capitalisme et ne pourra effectivement être établie que dans la phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu la division du travail, entre autres l'opposition entre travail manuel et intellectuel. Cette égalité effective est résumée dans la devise des marxistes :

      "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins" (idem).
   



      Revenons à la pensée anarchiste qui, tant bien que mal, essaie de naviguer parmi les notions de justice, égalité, liberté. Les libertaires refusent en bloc la nécessité d'une République bourgeoise, car elle représente pour eux l'autorité de l'Etat, l'ennemie du progrès qui empêche un changement immédiat et radical de société :

     "On doit être prudent à l'égard de tous ceux, qu'ils soient républicains ou socialistes qui, ne désirant pas la transformation complète et radicale de la société actuelle, cherchent à retarder l'avènement de la Justice" (Résolution du Congrès de Cordoue).

      Cependant, ils utilisent des concepts hérités des XVIIème et XVIIIème siècles. Les droits civils accordés par la République bourgeoise ne sont pour les anarchistes que des palliatifs à l'intention des travailleurs, afin qu'ils ne s'engagent pas vers une voie révolutionnaire.
       Sur ce point-là, ils ne diffèrent guère des marxistes. Mais la différence entre les deux points de vue se révèle quand les anarchistes insistent sur les droits naturels, antérieurs à toute organisation sociale. Les marxistes considèrent que les droits bourgeois, bornés et limités au cadre de la société capitaliste, n'ont pas été acquis du fait d'une volonté providentielle et ne relèvent pas plus de vérités éternelles. Ils ont été conquis au cours de l'évolution de l'organisation sociale, lors du passage d'une société à une autre supérieure dans son mode de production. Les marxistes tiennent l'égalité, la justice et la liberté pour des valeurs relatives quand, pour les anarchistes, elles sont absolues. Ces derniers concèdent que ces valeurs peuvent être remises en question par un Etat politique manipulateur. Mais elles ne cessent pas pour autant de représenter l'idéal libertaire, l'émancipation et la liberté. Cette vision fait écho à l'idéalisme hégélien et à sa contradiction interne, soulignée notamment par Engels.

[Tina LOBA]



Partager cet article
Repost0
17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 09:37

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XIV

     L'anarchisme fut le dernier héritier radical de la philosophie des Lumières. Dans le progrès scientifique, les libertaires espagnols voient l'avancée de la raison face aux conceptions religieuses et ils fondent sur ce progrès la certitude de la libération des hommes.
      Anselmo Lorenzo, patriarche de l'anarchisme internationaliste en Espagne, considère le progrès comme la loi universelle de la vie, accumulant dans son cours historique le temps, l'expérience, la connaissance, la richesse et les victoires. Pour lui, science et sacrifice seront à la base de la société future, fondée sur la justice, la paix et le bonheur.
    



       Lorenzo cite un discours de l'anarchiste Marcelin Berthelot, selon lequel en l'an 2000 la chimie aura résolu tous les problèmes matériels ; quant aux questions sociales, elles seront élucidées par l'éducation populaire. Le journal anarchiste "Prospecto" exprime la croyance en une science ouvrière :

     "La science sociale, la sociologie, en se fondant sur une logique implacable et irréfutable résoudrait ces questions qui visent à atteindre l'émancipation totale des classes laborieuses".

   
(Marcelin Berthelot [1827-1907], chimiste et anarchiste)


       Dans un manifeste, un autre journal, "La Solidaridad", s'attaque à la classe moyenne - selon lui la bourgeoisie - et revendique les libertés politiques dans le cadre d'une république fédérale :

     "Liberté de pensée ! Peut-elle être donnée par une loi à celui qui est esclave de l'ignorance ? Liberté de culte ! Que signifie que l'on nous donne la liberté de culte par une loi, si on nous interdit absolument, par le biais de l'organisation sociale, l'entrée dans le temple de la science, véritable culte qui fait de chaque homme un Dieu ?"

    Ce passage nous montre la défiance des anarchistes à l'égard de la république bourgeoise et leur exaltation quasi-mystique de la science. Pourquoi cet acharnement contre la bourgeoisie (appelée "classe moyenne") ? Parce que celle-ci exerce sa domination, réprime et représente un obstacle au progrès de l'humanité. "Nous disons cela calmement, car c'est une vérité scientifique", renchérissent les internationalistes de "La Solidaridad". Les anarchistes utilisent le mot "science" pour justifier leur apolitisme. Pour eux, la science sociale trouvera son aboutissement dans l'absence de tout gouvernement, c'est-à-dire le gouvernement de chacun pour soi et par soi.

       En juin 1870 le Congrès de Barcelone affirme que, selon la science, l'idée de pouvoir signifie uniquement une autorité imposée. Cependant jamais on ne trouve de description des caractéristiques de cette fameuse "science". Elle apparaît comme une panacée, un destin que suivra le monde sans l'intervention d'un quelconque Etat ou d'un mode de production quel qu'il soit.
      Dans la vision anarchiste, la science est une donnée absolue, universelle, qui existe pour assurer le progrès au profit de l'humanité et la bourgeoisie est là pour empêcher sa réussite.
    
      Sur le sujet, rien n'est plus différent de la conception anarchiste que celle du marxisme. L'analyse marxiste pose la bourgeoisie, classe capitaliste, comme un facteur stimulant des progrès scientifiques. Car la bourgeoisie doit sans cesse augmenter les profits pour que s'accroisse le capital et pour cela, elle cherche en permanence à augmenter la productivité du travail et donc les profits. Là réside une des contradictions fondamentales du capitalisme : il développe les techniques, les sciences mais en même temps il opprime et détruit. Mise à son service, la science contribue donc au développement des forces productives. Le prolétariat n'a pas la possibilité de mettre les progrès scientifiques au service de l'humanité avant d'avoir conquis le pouvoir politique. Une fois sa victoire assurée et son pouvoir consolidé, alors il pourra dans une période transitoire utiliser les acquis scientifiques pour appliquer le programme du communisme :

       - amenuiser les différences entre travail manuel et intellectuel, entre campagne et ville pour aller vers la disparition de la division du travail.

       La dialectique marxiste applique aux sociétés humaines la théorie de l'évolution ; elle considère que le communisme commence à se développer à partir de la société capitaliste. Il est en quelque sorte son enfant naturel.
      Le discours anarchiste ne se projette jamais aussi loin dans le futur de la société. Il s'en remet à l'usage de la Raison, aux progrès vers la liberté et la justice, incompatibles, selon lui avec l'usage du pouvoir.

[Tina LOBA]


 

Partager cet article
Repost0
16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 13:55







LA JAUNISSE DU PRESIDENT

     Il aura suffi que, depuis plus d'un mois, les lycéens-collégiens battent le pavé, maintiennent leur mouvement avec tenacité, bloquent les lycées avec des réussites diverses et joignent leur action à celle des profs pour que le nabot raie-publicain refourbisse à nouveau son arsenal de briseur de grèves élu par la nation des coyotes à foie jaune.

     Cela a débuté par un appel du pied aux fédérations de "parents d'élèves", version des "usagers" côté Education Nationale. Les médias leur ont généreusement ouvert micros et caméras, afin qu'ils accourent et se lamentent sur leurs "pauvres enfants" délaissés par les profs
nantis. Sans oublier les examens qui approchent ("passe ton bac d'abord"). Aussi sec le Hongrois chétif a embrayé sur le fameux "service minimum" obligatoire, équivalant à ôter à toute action une quelconque efficacité. Jusqu'à Santini, un politicard parasitaire retournant sa veste à chaque changement de saison qui, invoquant l'obsolescence des grèves, a proposé de faire comme au Japon : les grévistes n'auraient qu'à se mettre un brassard "en grève" et à aller travailler, naturellement sans être payés puisque grévistes. En d'autres époques, un tel cynisme vaudra un prompt retour social de flamme. Mais les futurs Santinis auront alors la sagesse d'écraser leur morgue sous un talon prudent. Profites-en bien maintenant, "honorable" Santini.

      A cette jaunisse présidentielle, la meilleure réponse est l'action des jeunes qui perdure. En un mois, en fait d'instruction civique, ils ont appris
plus que depuis le début de leur existence précoce. On les a vus mener des actions, subir la répression policière la plus brutale (tabassages, garde-à-vue arbitraires de mineurs assorties d'interrogatoires humiliants, fichage ADN, etc.), former spontanément au niveau local des coordinations empêchant les syndicats de faire leur sale boulot de division ; ils se sont réunis en A.G., ont tracté dans les rues, polémiqué avec les usagers usagés, les citoyens arriérés de tout poil, les bons français qui forment l'écume réactionnaire de la petite-bourgeoisie pourrissant sur pied dans les belles provinces. Mais aussi, ils ont suscité un élan de solidarité de toutes les générations derrière leur belle énergie.

     Qui dit que ces jeunes ne sont pas "sérieux" ? Les leaders naturels de ce mouvement se sont tapés nuit blanche sur nuit blanche pour bloquer les grilles, enchaîner les portails, être présents avant l'arrivée des jaunes et des flics...oui ! Cette génération spontanée, on la doit également au Président rabougri. La voilà, la "génération Sarko" ! Le Sous-Lieutenant Karpov lui souhaite une longue vie de lutte et de victoires.




Partager cet article
Repost0
15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 15:18






COLLEGIENNES, COLLEGIENS
LYCEENNES, LYCEENS
JEUNES !

 

TOUS LES LYCEEES, TOUS LES COLLEGES, TOUTES LES ECOLES SERVENT A


- PREPARER LES JEUNES A CE QUI LES ATTEND : LE MARCHE DU TRAVAIL ;


- LEUR ENSEIGNER LES PRINCIPES DE L'IDEOLOGIE QUI CORRESPOND A CE MARCHE : COMPETITIVITE, CONCURRENCE ET PERFORMANCE INDIVIDUELLES, RECOMPENSE AU "MERITE", ANIHILATION DE TOUTE CONSCIENCE ET JUGEMENT AUTONOMES.


DANS CE CADRE-LA, CE QUE LES DIRIGEANTS PRESENTENT COMME UNE NOUVELLE ET ENIEME "REFORME" N'EST QU'UNE AGGRAVATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL ET D'ENSEIGNEMENT DES PROFS ET DES COLLEGIENS-LYCEENS (PLUS D'ELEVES PAR CLASSE A LA RENTREE, POSTES D'ENSEIGNANTS SUPPRIMES, ETC.).


LE MOUVEMENT ACTUEL DES LYCEES ET COLLEGES EST DONC MOTIVE PAR UNE ABSENCE DE PERSPECTIVES AUTRES QU'UN PARCOURS DU COMBATTANT EN QUÊTE D'EMPLOI. IL NE CONCERNE PAS LA SEULE JEUNESSE MAIS TOUTES LES GENERATIONS, NOTAMMENT LES SALARIES QUE L'ON SOMME DE TRAVAILLER PLUS DANS DES PIRES CONDITIONS POUR GAGNER ENCOR MOINS.


A DEFAUT DE POUVOIR CHOISIR L'EDUCATION QUE VOUS VOULEZ, IL S'AGIT DE REFUSER L'AGGRAVATION PERMANENTE DE CELLE QU'ON VOUS IMPOSE !


SOUTENONS LE MOUVEMENT DES COLLEGIENS-LYCEENS

(Sous-Lieutenant Piotr Marat Karpov)


 

Partager cet article
Repost0