Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:24


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

    
      Dans sa brochure "La Question juive", parue en 1843, dont le jeune Marx a repris le titre la même année pour lui répondre, Bruno Bauer écrit :

      "La politique, si elle ne doit être que de la religion, n'a pas besoin d'être de la politique, pas plus que le récurage des marmites, s'il est considéré comme un acte religieux, ne doit être regardé comme une affaire de ménage".

       Par cette curieuse comparaison, Bauer entend que la politique "religieuse" n'existe pas et, conséquemment, que l'Etat religieux est impossible. Sur ce point, Marx emboîte le pas à son ancien formateur en théologie protestante :

         "Séparer l'"esprit de l'Evangile" de la "lettre de l'Evangile" constitue un acte irreligieux. L'Etat qui fait parler l'Evangile dans les lettres de la politique, dans des lettres autres que les lettres du Saint-Esprit, commet un sacrilège, sinon aux yeux des hommes, du moins à ses propres yeux religieux. A l'Etat qui donne la Bible comme sa charte et le christianisme comme sa règle suprême, il faut objecter les paroles de l'Ecriture sainte ; car l'Ecriture est sainte jusque dans ses paroles. Cet Etat, aussi bien que les "balayures humaines" sur lesquelles il est édifié, se trouve impliqué dans une contradiction douloureuse, du point de vue de la conscience religieuse, quand on le renvoie "à ces paroles de l'Evangile auxquelles il ne se conforme pas et ne peut même se conformer, à moins de vouloir se désagréger complètement".

        La remarque est certes acide. Elle peut concerner
aujourd'hui tout aussi bien un Etat d'obédience catholique, protestante ou musulmane qu'un "Etat juif". A la suite de Bauer, Marx conteste formellement à l'Etat toute prétention profane à la religiosité. L'Etat ne saurait être sâcré, encor moins consacré par l'Eglise, fondé qu'il est sur les "balayures humaines" :

       "Devant sa propre conscience, l'Etat chrétien officiel est un "devoir" dont la réalisation est impossible ; il ne peut constater la réalité de son existence qu'en se mentant à lui-même".

       Il n'existe pas d'accord possible entre les principes religieux et les règles étatiques. Toute tentative d'établir une passerelle entre les 2 est vouée à l'échec. Sauf que l'Etat n'a aucun besoin d'un tel sâcrement hors l'illusion démocratique. Fréquemment, il se satisfait d'un totalitarisme religieux auto-justifié : les gestionnaires de l'Etat se déguisent en pasteurs, rabbins, ayatollah ou en bonzes.
     Fondamentalement, l'esprit religieux ne peut se fondre dans le moule séculier de l'Etat profane :

      "...l'esprit religieux ne saurait être réellement sécularisé. En effet, qu'est-il sinon la forme nullement séculière d'un développement de l'esprit humain ? L'esprit religieux ne peut être réalisé que si le degré de développement de l'esprit humain, dont il est l'expression, se manifeste et se constitue dans sa forme séculière. C'est ce qui se produit dans l'Etat démocratique. Ce qui fonde cet Etat, ce n'est pas le christianisme, mais le principe humain du christianisme. La religion demeure la conscience idéale, non séculière, de ses membres, parce qu'elle est la forme idéale du degré de développement humain qui s'y trouve réalisé".

       
Voici établie par Marx la genèse de l'Etat démocratique : au commencement était le christianisme et son "principe humain", "tous les hommes sont frères" par exemple. Mais la constitution de l'Etat séculier prouvait en soi que tous les hommes étaient loin d'être frères car sinon, nul n'aurait été besoin de superstructures coercitives. Donc revenons-y : au commencement était "le Verbe" nous dit un journaliste de dieu ; quand "le Verbe" se fit "chair", il se produisit un  impact
terrible séparant d'un côté l'esprit religieux, de l'autre l'Etat séculier. Depuis ce Big Bang originel, les 2 font ménage avec plus ou moins bonnes grâces.
            Cependant, de prime abord l'histoire des hommes s'écrit au ras du sol :

       "Chrétienne est la démocratie politique en tant que l'homme, non seulement un homme, mais tout homme, y est un être souverain, un être suprême [sic] , mais l'homme ni cultivé ni social, l'homme dans son existence accidentelle, tel quel, l'homme tel que, par toute l'organisation de notre société, il a été corrompu, perdu pour lui-même, aliéné, placé sous l'autorité de conditions et d'éléments inhumains, en un mot, l'homme qui n'est pas encore un véritable être générique. La création imaginaire, le rêve, le postulat du christianisme, la souveraineté de l'homme, mais de l'homme réel, tout cela devient, dans la démocratie, de la réalité concrète et présente, une maxime séculière".
       
         La démocratie politique sécularise "l'homme" consacré par la religion. Voilà une des raisons pour lesquelles les Eglises, quelles qu'elles soient, se tiennent constamment à distance de tout Etat, démocratique, totalitaire ou "religieux". En Iran et en Israël, ce ne sont ni les rabbins ni les ayatollahs qui gouvernent. La religion ne peut être qu'un paravent, faisant illusion auprès des démocrates bourgeois, parce qu'ayant les mêmes limites déterminées que l'idéalisme, qu'il soit "religieux" ou "démocratique". La conscience religieuse demeure, selon Marx le jeune, "l'expression de la nature bornée de l'esprit", bornée par l'arbitraire et l'irrationnalité de cet esprit saint.
        Dans le discours religieux se retrouvent toutes les limites et les contradictions de la "divinité", ces contradictions mêmes qui ont fait son universalité :

       "les conceptions du monde les plus variées viennent se grouper dans la forme du christianisme, et surtout parce que le christianisme n'exige même pas que l'on professe ce christianisme, mais que l'on ait de la religion, une religion quelconque. La conscience religieuse se délecte dans la richesse de la contradiction religieuse et de la variété religieuse".

        Tout comme les syndicats et les partis politiques démocratiques se "délectent" de la variété des enseignes et des officines qui se proposent aux masses salariées.

[à suivre]
      
       

    

Partager cet article

Repost 0
Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
commenter cet article

commentaires