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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 16:01
ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XIII

     Parmi les délégués anarchistes élus pour représenter l'Espagne à l'A.I.T. (Ière Internationale Communiste), l'un d'entre eux, Anselmo Lorenzo, fut notamment reçu dans la maison de Marx qui, au début de leur relation, lui fit forte impression.
     




       Mais Lorenzo était lui-même sous l'influence de l'alliance bakouniste et ce qui se jouait alors, l'avenir du mouvement ouvrier international, il le considérait davantage sur le plan personnel que politique. A l'instar des anarchistes, il avait tendance à personnaliser le conflit d'organisation avec les marxistes. Il crut voir dans l'âpreté des luttes théoriques une bataille d'égoïsmes et d'ambitions personnelles de la part des leaders de l'Internationale.
       En fait Lorenzo n'est pas un pur bakouniste. Lui-même se réclame d'un autre anarchiste russe, Piotr Kropotkine. Comme Kropotkine ou Louise Michel, c'est un solitaire, studieux, austère, timide et naïf, représentant comme eux de toute une tradition de "saints laïcs" anarchistes, éloignée de l'image du fanatique violent.







    




(Piotr Kropotkine [1842-1921])


    
    



     (Louise Michel [1830-1905], institutrice, anarchiste, membre de la Ière Internationale et figure emblématique de la Commune de Paris)



    
     Bakounine, avec son caractère emporté, rebutait Anselmo Lorenzo. Le Russe en était d'ailleurs conscient. A propos de l'Italie, il écrit :


     "Je me trouve dans un état d'esprit émerveillé et je crains une seule chose, que la douceur de la vie et de l'air ne diminuent ma sauvage effronterie socialiste".

       On notera que pour Bakounine, son caractère impulsif relève de principes socialistes !  Il utilise naturellement, dans un écrit politique, la virulence de son propre caractère pour mettre en lumière la violence organisée des masses.
    




      Face à ce père spirituel des anarchistes espagnols, l'anarcho-syndicaliste castillan Anselmo Lorenzo, tout en reconnaissant ses mérites, préfère garder quelque distance. Dans une lettre qu'il lui envoie, Bakounine se livre à un inventaire des défauts personnels qu'il attribue à Marx, sans oublier de mentionner ses mérites et de rendre justice "à la science et à l'intelligence vraiment supérieures", "au dévouement inaltérable, actif entreprenant, énergique, à la grande cause de l'émancipation du prolétariat" de l'auteur du "Capital".
     Dans sa réponse, Anselmo Lorenzo exprime froidement sa méfiance à l'égard du révolutionnaire russe. Tout d'abord il a l'intuition que si Bakounine s'attaque à la personne de Marx, c'est peut-être parce qu'il manque d'arguments théoriques. De plus, la nature même des critiques personnelles de la lettre l'ont choqué :

        "Ce qui est remarquable dans ce document, c'est que parmi les accusations dirigées contre Marx par Bakounine, se détache comme motif particulier de haine le fait que Marx était juif. Ceci qui va contre nos principes, affirmant la fraternité sans distinction de race ni de croyances, produisit sur moi une impression désastreuse".

   




     D'autres anarchistes espagnols, défenseurs ardents de l'Internationale, se démarquèrent ainsi de l'Alliance bakouniste. Quand se posa à nouveau la question fondamentale de la participation de la classe ouvrière à l'action politique, ils soulignèrent d'une part que la constitution de la classe ouvrière en parti politique était indispensable pour assurer la victoire de la Révolution sociale et de sa suprême aspiration, l'abolition des classes ; d'autre part, ils réaffirmèrent que l'action économique et politique de la classe ouvrière étaient indissolublement liées.
      "La Emancipaciòn", journal de la section anarchiste de Madrid, publia un article intitulé "La politique de l'Internationale" dans lequel il appuyait les résolutions de l'A.I.T. dans leurs traits généraux sans pour autant renoncer à l'abstentionnisme anarchiste :

       "Nous n'avons jamais prétendu que la classe laborieuse ni l'Association Internationale, qui représente ses plus hautes aspirations, devrait faire abstraction de toute idée politique ; bien au contraire, ce que nous avons soutenu et soutenons encore c'est que la classe ouvrière doit avoir sa propre politique, une politique qui soit en harmonie avec ses intérêts de classe, et qui réponde à ses légitimes aspirations. Politique qui ne puisse être d'aucune manière celle des partis bourgeois, tous intéressés au maintien des institutions sociales existantes" (27 novembre 1871).

     "La Emancipaciòn" lança un appel à ne pas voter pour les "anciens partis politiques, formés par les classes possédantes, y compris le Parti Républicain Fédéral". La formulation en est ambiguë. Qu'est-ce qui empêchait "La Emancipaciòn" d'être explicite sur ce point crucial ?
     On est là à l'opposé d'un leader marxiste tel Lenine, qui n'hésite jamais à répéter, expliciter, reprendre une pensée qu'il considère comme importante. Ce que reflète le journal anarchiste madrilène est plutôt une hésitation sur la tactique à suivre. La rédaction de "La Emancipaciòn" semble immobilisée, à mi-chemin entre l'Alliance bakouniste et l'Internationale Communiste.







[Tina LOBA]


 
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 13:34


                L'ESCLAVAGE N'A PAS ETE ABOLI :
                  DANS LE SALARIAT IL PERDURE

     C'est reparti pour la grande foire aux commémorations. Ce coup-ci, il s'agit de l'abolition de l'esclavage, l'occasion pour les chats-huants médiatiques de chat-huanter les louanges de la démocratie, du travail "libre" et...du capitalisme.
 
 
  
  En occultant grossièrement la réalité des centaines de millions de salariés qui, depuis plus de 2 siècles, produisent dans des conditions généralement infernales, toutes les richesses dont se targuent la Civilisation et ses clercs, naissent, triment et crèvent sous le joug et sont priés d'en être reconnaissants à la Bourgeoisie triomphante, puisque c'est elle qui a "aboli" l'esclavage. ARH !, l'humanisme bourgeois...

      A défaut de commémorer avec les commémorateurs dont c'est la rémunérative profession de foi, le Sous-Lieutenant voit l'occasion de laisser la parole à Friedrich Engels sur le sujet :


     "PAR QUOI L'OUVRIER SE DISTINGUE-T-IL DE L'ESCLAVE?

 

    
     L'esclave est vendu une fois pour toutes. L'ouvrier doit se vendre chaque jour et même chaque heure. L'esclave isolé est propriété de son maître et il a, du fait même de l'intérêt de son maître, une existence assurée, si misérable qu'elle puisse être. Le prolétaire isolé est propriété, pour ainsi dire, de toute la classe bourgeoise; on ne lui achète son travail que quand on en a besoin: il n'a donc pas d'existence assurée. Cette existence n'est assurée qu'à la classe ouvrière tout entière, en tant que classe. L'esclavage est en dehors de la concurrence. Le prolétaire est en plein dans la concurrence et en subit toutes les oscillations. L'esclave est considéré comme une chose, non pas comme un membre de la société civile. Le prolétaire est reconnu en tant que personne, en tant que membre de la société civile. L'esclave peut donc avoir une existence meilleure que le prolétaire, mais ce dernier appartient à une étape supérieure du développement de la société, et il se trouve lui-même à un niveau plus élevé que l'esclave. Ce dernier se libère en supprimant, seulement de tous les rapports de la propriété privée, le rapport de l'esclavage, grâce à quoi il devient seulement un prolétaire. Le prolétaire, lui, ne peut se libérer qu'en supprimant la propriété privée elle-même.

 

PAR QUOI LE PROLETAIRE SE DISTINGUE-T-IL DU SERF?

    
     Le serf a la propriété et la jouissance d'un instrument de production, d'un morceau de terre, contre remise d'une partie de son produit ou en échange de certains travaux. Le prolétaire travaille avec des moyens de production appartenant à une autre personne, pour le compte de cette autre personne et contre réception d'une partie du produit. Le serf donne, le prolétaire reçoit. Le serf a une existence assurée, le prolétaire n'en a pas. Le serf se trouve en dehors de la concurrence, le prolétaire est placé dans les conditions de la concurrence. Le serf se libère, soit en se réfugiant dans les villes et en y devenant artisan, soit en donnant à son maître de l'argent au lieu de travail et de produits, et en devenant un fermier libre, soit en chassant son seigneur féodal et en devenant lui-même propriétaire, bref, en entrant d'une façon ou de l'autre dans la classe possédante, et dans la concurrence. Le prolétaire se libère en supprimant la concurrence elle-même, la propriété privée et toutes les différences de classe
"
.

                                             (Principes du communisme
, 1847)

     
      Aussi, le Sous-Lieutenant aura la patience d'attendre les futures commémorations de l'abolition du capitalisme, alors que le monde aura été allégé notamment de toute la faune qui se met en rang à chaque coup de clairon républicain. 


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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 10:42


                         ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

                                                  XII

      Marx et Engels voient ainsi la question de la propagation des idées révolutionnaires :

     "Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances ; qu'ils opposent aux fables que l'on rapporte sur ce spectre communiste un manifeste du parti lui-même. (...) Les communistes se refusent à masquer leurs opinions et leurs intentions. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé" (Manifeste du Parti communiste).
    

 




                   

  

  






  

     
     Voilà qui est à l'opposé des méthodes secrètes des bakounistes, ainsi que de leur défense de la liberté absolue, de l'autonomie créatrice des masses par une élite conspiratrice, détentrice et garante de la conscience et de la pureté révolutionnaires.
     Bakounine refuse l'anonymat et se met délibérément en dehors de la masse du prolétariat organisé au sein de l'Internationale. Marx et le Conseil Général de l'A.I.T. ne manquèrent pas de dénoncer cette attitude et ils repoussèrent alors la demande d'adhésion de l'Alliance bakouniste. Comme on l'a vu plus haut, celle-ci continua d'exister clandestinement, pratiquant en son sein l'autoritarisme que les anarchistes dénonçaient pourtant chez leurs rivaux internationalistes.
     


     Dans ses ouvrages et dans quelques statuts organisationnels, Bakounine réaffirme la même idée fondamentale. Pour que le peuple puisse acquérir la conscience révolutionnaire et pour "faire de ses forces dispersées, spontanées, une puissance unique et irrésistible", il faut :

     "...l'action de quelques centaines d'individus...liés les uns aux autres par un même programme révolutionnaire au sein d'une organisation régie par la discipline la plus sévère et fondée sur une abnégation totale et le don de soi de tous et de chacun".

      Car "l'organisation secrète, c'est disons l'état-major révolutionnaire, et l'armée c'est le peuple tout entier".


      Bakounine, dans sa logique conspiratrice, précise :


      "On adhère librement à l'organisation, mais en sortir est impossible".


      Il omet de signaler les mesures de représailles prises contre les "sortants". Pourtant il ne considère pas l'état-major et l'armée révolutionnaires comme des organismes "autoritaires". Il s'avère que Bakounine influençait plus son entourage par ses qualités et sa conviction d'orateur que par les arguments qu'il employait.


       "Son corps imposant, ses gestes énergiques, son ton sincère et convaincu, ses phrases courtes, comme si elles étaient découpées à la hache, tout cela impressionnait beaucoup" (Natalia Piroumova, Bakounine).


     Au vu de tout cela, on peut se poser la question : Bakounine était-il le leader anarchiste dont le charisme rayonna jusqu'en Espagne ou était-ce un dilettante de la cause révolutionnaire ? En tout cas il savait ce qu'il voulait et sa volonté d'entrer dans l'A.I.T. alors qu'il n'en partageait pas les principes reflétait le secret espoir de modifier les rapports de force au sein de l'organisation.

     

     Telle fut la nature de ses relations avec Marx. Conscient de l'immense prestige du théoricien allemand auprès des travailleurs, Bakounine n'osa pas l'affronter directement et dans un premier temps, prétendit être son disciple. Voici comment il s'en explique à Alexandre Herzen, écrivain et révolutionnaire russe :


       "Tout d'abord, je ne peux oublier ses énormes mérites pour la cause socialiste, qu'il sert d'une façon intelligente et énergique depuis déjà bientôt 25 ans. La deuxième cause, c'est sa politique et sa tactique, à mon avis parfaitement exactes. Marx est sans doute une personne utile dans la société internationale... Si j'avais déclaré la guerre ouverte à Marx maintenant, les trois quarts du monde internationaliste se seraient retournés contre moi et j'en serais pour mes frais, et j'aurais perdu le seul terrain sur lequel j'ai envie de me poser".

 

 

(Alexandre Herzen [1812-1870])


     Soucieux de préserver de bons rapports avec Marx, Bakounine ne va faire qu'accroître la confusion des idées bakounistes parmi les adeptes. Nombre de ceux-ci pensent que les principes de l'Internationale et ceux du leader russe se rejoignent. Ils confirment leur allégeance à l'A.I.T. et quand il s'agit de revendiquer les libertés politiques, ils atténuent au maximum leur profil anarchiste.

    

 



     Mais deux évènements vont modifier leur parcours militant. Le premier, c'est la rencontre avec Bakounine en personne au cours du IVème congrès de l'Internationale, à Bâle (1868). Cet évènement provoqua chez eux un changement théorique et eut des répercussions sur le mouvement ouvrier catalan. En l'occurrence M. Bakounine se trouva être "the right man in the right place". Le deuxième évènement est le vote par l'assemblée Constituante espagnole d'une constitution monarchiste parlementaire, qui fit basculer la section catalane vers l'anarchisme bakouniste, entraînant avec elle, loin du fédéralisme, les secteurs ouvriers. Ainsi les idées de Bakounine purent s'implanter profondément dans la Catalogne en voie de développement.

        Les milieux ouvriers, déçus par les républicains, ne voulaient plus les suivre mais ils ne se rapprochèrent pas plus des marxistes. Dès leur premier congrès constitutif à Barcelone (1870), le noyau dur des bakounistes imposa ses théories aux participants qui, dans leur majorité, étaient encore loin de les partager. Ils suivirent néanmoins l'initiative de ce noyau actif et organisé. Les positions bakounistes étaient suivies principalement par les délégués de la capitale barcelonaise. Voilà qui va à l'encontre de l'obsession anarchiste de l'organisation par le bas.

 

[Tina LOBA]


 

 

 


   

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 09:46


ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XI

      En 1869, le mouvement anarchiste naissant en Espagne appuyait le gouvernement, parce que celui-ci avait pris une forme fédérale, démocratique et républicaine. Bakounine envoya un député napolitain, Giuseppe Fanelli, pour le représenter. Ainsi se constitua le noyau initial de la première Internationale à Madrid, composé de 20 personnes.
    

(Giuseppe Fanelli)

    
       Or, Bakounine et ses partisans venaient de créer, à Genève, une organisation, l'Alliance Internationale pour la Démocratie Socialiste. Cette organisation sollicita son entrée à l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs, c'est-à-dire Ière Internationale Communiste). L'A.I.T. refusa l'admission. Les divergences de fond des statuts et programmes des deux organisations étaient bien réelles et ne tardèrent pas à se manifester.




         Quel est le but de l'A.I.T. ? L'émancipation du prolétariat, c'est-à-dire sa suppression. La Ière Internationale surgit elle-même en raison de deux facteurs historiques importants. Tout d'abord la nécessité pour les ouvriers de se constituer en classe autonome afin de devenir les principaux protagonistes de leur affranchissement. Ensuite la nature internationale du prolétariat, classe qui tend à être soumise aux mêmes conditions d'exploitation sur toute la planète, ce qui la conduit à considérer son avenir d'un point de vue supra-national. Un tel point de vue n'a rien à voir avec l'idée abstraite d'amour universel que défendent les chétiens ou parfois...les anarchistes, mais il est lié à l'intérêt des ouvriers.
      La liaison systématique entre les classes laborieuses des différents pays est nécessaire pour mieux résister à l'oppression "internationale" du capital. Tels sont les besoins vitaux ressentis par les ouvriers qui font écho à l'appel retentissant de Karl Marx :

     "Prolétaires de tous les pays unissez-vous !".

     Cet appel universellement connu, lancé depuis Londres, centre d'un pays capitaliste développé et puissant, toucha néanmoins de plein fouet le peuple espagnol bien que la réalité des deux pays proposât des données sensiblement différentes.
     




      En 1864, quand apparaît l'Internationale à Londres, le prolétariat espagnol demeure encore dans un état semi-artisanal, désuni, et il se montre plutôt sensible aux idées fédéralistes. Les premiers pas de la Révolution bourgeoise sont hésitants, tandis que la classe ouvrière n'est pas mûre pour un mouvement indépendant. Cependant l'Internationale poursuivait l'élaboration de ses principes, qui s'éloignaient de plus en plus de l'anarchisme.
     En tant qu'organisation de classe, l'A.I.T. considère que "la conquête du pouvoir politique est devenue la tâche principale de la classe ouvrière". Ainsi l'A.I.T. affirme que l'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique et elle réclame comme mesure de première nécessité l'établissement des libertés politiques. De son côté l'Alliance bakouniste refuse "toute action révolutionnaire qui n'envisage pas immédiatement et directement le triomphe de la cause des travailleurs contre le capital".

     La polémique marxistes-bakounistes étant une question de principes, Bakounine n'hésita pas à déclarer qu'il était prêt à détruire le communisme :

       "Je déteste le communisme parce qu'il est la négation de la liberté et je ne peux rien concevoir d'humain sans liberté. Je ne suis pas communiste parce que le communisme concentre et absorbe toutes les capacités de la société dans l'Etat".

     


         En mars 1869 l'A.I.T. accepta malgré tout la poposition de l'Alliance qui, ne pouvant faire partie de l'Internationale, suggérait que les groupes qu'elle avait suscités en Espagne, Italie, France et Suisse puissent intégrer l'A.I.T. Néanmoins cette dernière posa une condition : la dissolution de l'Alliance, qui fit mine d'accepter. En réalité l'Alliance continua à fonctionner secrètement, bien que la majorité de ses affiliés espagnols fussent ignorants de la situation, pensant qu'elle existait encore officiellement en tant que membre de l'Internationale.
       En intégrant avec zèle une organisation, l'A.I.T., dont les principes étaient éloignés des leurs, les membres de l'Alliance avaient fait preuve d'inconséquence. Ainsi la participation anarchiste à la Ière Internationale ne fut pas le fruit d'une réflexion et d'un engagement politiques, mais plutôt le signe d'un manque d'expérience et de compréhension. Le simple fait de comparer les programmes des deux organisations aurait suffi à rendre compte de leur incompatibilité.

     Bien que les problèmes de personne n'en soient jamais absents, la polémique "Marx-Bakounine" fut avant tout une opposition entre deux conceptions de la révolution prolétarienne, entre deux stratégies antithétiques.
     La querelle portait d'une part sur l'organisation présente du mouvement ouvrier et d'autre part sur le pouvoir dans la société révolutionnaire. Compte tenu du fait que le conflit se cristallisa, pour les militants de base, sur la personne de Marx et sur celle de Bakounine, arrêtons-nous ici sur quelques moments du parcours politique des deux leaders.




      















   


     





        


      

       Jusqu'en 1868, Bakounine s'est plus ou moins tenu à l'écart de l'A.I.T., se consacrant à l'organisation d'une société secrète : "La fraternité internationale". Puis il s'est agité au sein d'une "Ligue de la paix et de la liberté", organisation bourgeoise, avant de réaliser la difficulté de préparer la révolution "collectiviste" en compagnie de démocrates bourgeois. A ce moment il écrit à Marx :

      "Je fais maintenant ce que tu as commencé, toi, il y a vingt ans. Depuis les adieux solennels et publics que j'ai adressés aux bourgeois du Congrès de Berne, je ne connais plus d'autre société, d'autre milieu que le monde des travailleurs. Ma patrie maintenant c'est l'Internationale, dont tu es l'un des principaux fondateurs. Tu vois donc, cher ami, que je suis ton disciple et fier de l'être".

        Cependant, malgré cette allégeance, Bakounine n'a pas renoncé au seul modèle d'organisation révolutionnaire qu'il connaisse et reconnaisse : la société secrète, héritée des premières luttes révolutionnaires du XIXème siècle. L'A.I.T., forme organisationnelle d'un vaste mouvement de classe qui prétend se servir de la légalité pour la propagation de ses idées, ne peut le satisfaire.


[Tina LOBA]




 
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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 10:17

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

X

       Bien qu'elle ait décomposé les anciennes classes dominantes, la stagnation économique laissa en Espagne un vide du pouvoir, aggravé par les séquelles des guerres carlistes - affrontements entre familles monarchiques rivales. Les "pronunciamentos" - coups d'Etat militaires - succédaient aux guerres de palais.
      



              Chaque nouveau régime se cassait aussitôt les dents sur les difficultés engendrées par la faiblesse du revenu national, qui ne pouvait assouvir les appétits des classes dominantes. Cette incurie provoque la méfiance et le mépris sinon l'indifférence des masses travailleuses à l'égard de l'action politique, parfois même le refus de celle-ci. Ainsi peut-on lire le 27 novembre 1871, dans "La Emancipaciòn", organe de la section anarchiste madrilène :

        "Travailleurs, nos frères, ne vous laissez pas séduire par les promesses et les flatteries de certains politiciens farceurs, aussi prodigues de paroles qu'ils sont avares d'actes. Ecartez-vous avec mépris de ces urnes électorales, d'où ne sortira jamais notre émancipation, ni notre indépendance".

        La déception populaire permanente envers la pratique gouvernementale espagnole, les promesses et les principes jamais respectés, le partage du pouvoir entre nobles, la corruption et la bureaucratie assurent le succès des attitudes anti-politique.

      Comme on peut le constater, le succès de l'anarcho-syndicalisme en Espagne fut davantage assuré par ses adversaires que par le mouvement anarchiste lui-même. Ce succès fut d'autant plus évident qu'il n'y avait pas de rival politique pour le partager, c'est-à-dire aucun courant social-démocrate.
    Quant au courant socialiste, il reste confiné pour l'essentiel dans les zones économiquement développées mais restreintes des capitales du Pays Basque et des Asturies. Sa croissance s'avère aussi lente que celle du capitalisme espagnol. Le mouvement socialiste ne commence à se propager dans d'autres zones comme, par exemple, Alicante, qu'à partir de 1910. Mais le manque de concentration industrielle et par conséquent l'absence d'une organisation en branches professionnelles, limitent la combativité du mouvement. Les syndicats s'organisent localement ; dans ces conditions il est difficile pour un mouvement révolutionnaire d'acquérir un poids déterminant.




             Si ce principe d'organisation n'a pas profité au mouvement socialiste qui aspirait à une centralisation, il a par contre constitué le terrain propice à l'enracinement des idées anarchistes. En effet le fédéralisme est la pierre angulaire de l'édifice libertaire. Or, le déclin de l'empire espagnol au XVIème et au XVIIème siècle provoqua un repli vers la communauté villageoise, vers une sorte d'autogestion que nécessitait une organisation à petite échelle. Voilà qui imprima dans la culture du peuple espagnol une inclination naturelle pour les idées et les méthodes libertaires.




         L'Espagne présentait ainsi toutes les conditions favorables à la diffusion des idées anarchistes. La décadence de l'empire imprima à la société des tendances centrifuges, favorisant les attitudes apolitiques d'une large couche de population défavorisée. Par exemple en Catalogne, le fait que les structures économiques et sociales soient plus développées et diversifiées que dans d'autres régions, déboucha sur des velléités séparatistes. La croissance économique tendait à accroître les divergences avec le reste de l'Espagne agraire, dont l'économie avait tendance à stagner.
      



              L'attitude du monde ouvrier procède du même désir d'une action politique autonome. En adhérant en masse à la C.N.T. fondée en 1910, les travailleurs ne se rallient pas seulement à la tactique de l'action directe, excluant toute médiation gouvernementale dans les conflits avec le patronat. Au niveau national, ils adoptent la conception fédéraliste que longtemps, les anarchistes catalans ont été les seuls à préconiser. De là naît le quasi-monopole exercé en catalogne par la C.N.T. ainsi que le décalage manifeste entre les luttes entreprises dans le reste du pays et l'apathie du prolétariat catalan. Le comportement des travailleurs reflète leur condition de déclassés ; ils se montrent plus réceptifs à la prédication anarchiste qu'au réformisme des socialistes espagnols, dont le marxisme hésitant et quelque peu schématique fait pâle figure à côté de l'idéologie libertaire, simple et directe, qui répond aux aspirations multiples des travailleurs.

            


           La Russie suivit un autre chemin, malgré toutes les ressemblances que l'on a déjà abordées. Il se produisit une forte concentration du capital, liée à un développement capitaliste accéléré. A l'inverse de l'Espagne, ce furent les tendances centripètes qui l'emportèrent. Notamment les chemins de fer, qui contribuèrent à consolider l'économie nationale. En effet, ils reliaient les régions agricoles avec les pôles industriels, les banlieues avec les centres urbains, ce qui favorisait division sociale du travail et croissance du marché. L'apparition et l'augmentation de la part de l'industrie lourde stimulent le crédit bancaire. Les capitaux circulent de plus en plus vite entre commerce, industrie et banque. A l'orée du XXème siècle, la Russie apparaît comme un empire immense, doté d'une superstructure étatique centralisée, orienté vers l'unité nationale et pratiquant quand il le faut une répression intérieure impitoyable grâce à sa police et à son armée.
          Dans ces conditions, l'idéologie révolutionnaire qui réussit à s'imposer en Russie était bien différente de celle qui avait pénétré en Espagne. Les origines mêmes de l'implantation de l'anarchisme dans la péninsule ibérique et du marxisme dans la future U.R.S.S. montrent clairement que ces deux théories furent incompatibles pratiquement dès leur naissance.

[Tina LOBA]



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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 15:59

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

IX

        En ce qui concerne la société espagnole, la situation conflictuelle au début du XXème siècle est moins intense qu'il n'y paraît. Malgré le fossé infranchissable entre humbles et puissants ou à cause de lui, la société conserve un visage traditionnel.
    Dans l'agriculture, ceux qui avaient été déçus par l'impuissance politique des Républicains et afin d'anéantir l'intolérable injustice dénoncée par Bakounine, placent leurs espoirs dans le collectivisme agraire.
         



       Avec les années, le mouvement anarchiste acquiert un caractère plus radical qui débouchera sur les attentats individuels et le terrorisme.

        La croissance d'un mouvement ouvrier engendre nécessairement des désaccords au sujet de la tactique révolutionnaire. De part sa nature et ses origines, l'anarchisme éprouvait les pires difficultés à s'adapter au monde de la grande industrie, basé sur la concentration et la centralisation autoritaire.

      "Vouloir abolir l'autorité dans la grande industrie, c'est vouloir abolir l'industrie elle-même, c'est détruire la filature à vapeur pour retourner à la quenouille" (Friedrich Engels).

    


        Dans les conditions d'un développement industriel maximum, la classe ouvrière assimila rapidement le marxisme. Mais dans des aires économiquement arriérées, le retard de l'industrie conduisit, pour certains partisans du mouvement ouvrier, à ne défendre que certains mots d'ordre et revendications, ce qui indiquait qu'ils n'avaient assimilé le marxisme qu'en partie seulement.
        On a vu que, dans le cas de l'anarchisme, ne demeuraient en gros que la Révolution sociale, la disparition de l'Etat bureaucratique et son remplacement par la simple administration de la production et de la distribution.
       D'autre part le matérialisme dialectique considère que l'évolution sociale s'accomplit par le dépassement de ses contradictions. Par voie de conséquence, le marxisme reconnaît le côté progressiste du capitalisme, qui détruit les anciens modes de production et permet un accroissement énorme des forces productives. En même temps c'est un système prédateur et périssable car, à un certain stade de son développement, il devient une entrave à la croissance de ces mêmes forces.
     Le capitalisme organise, développe et discipline les ouvriers, il en fait une force potentielle, la classe ouvrière. En même temps, par l'oppression il conduit ses esclaves salariés à la misère totale.




         "Le capitalisme crée lui-même son propre fossoyeur, il crée lui-même les éléments d'un régime nouveau" (V.Lenine, Karl Marx et sa doctrine).





           Cependant, dans la pensée de Marx ces éléments ne peuvent attenter à la domination du capital s'ils restent isolés. Pour les intégrer dans une vision historique, il faut une théorie qui soit une véritable arme idéologique, qui analyse et relie ces éléments et qui montre leur évolution. Naturellement le matérialisme dialectique, méthode d'analyse du marxisme, se fait fort d'accomplir cette tâche-là.

      A contrario, dans le mouvement anarchiste il n'est pas rare qu'un intellectuel qui s'intéresse au mouvement ouvrier finisse par ériger sa théorie propre, unilatérale, ayant plus ou moins assimilé les traits caractéristiques du développement capitaliste, sans les relier dans leur dynamique réelle. Ainsi l'anarcho-syndicaliste et poète catalan Angel Pestaña (1888-1937) avoue dans son livre autobiographique "Lo que aprendi en la vida" :

        "Mais suivant la trajectoire de toute ma vie, je tâche d'étudier, de savoir apprendre plutôt les leçons de la vie que celles que contiennent les livres. C'est dans le choc éternel et formidable que produisent les désirs, les égoïsmes, les ambitions et les aspirations que j'essaie d'étudier".

       
(Angel Pestaña)


        Pestaña prend méthodiquement les contradictions humaines - qu'il nomme les "chocs" - comme éléments d'analyse, il ne creuse pas dans les phénomènes sociaux mais dans les passions et les désirs individuels, il introduit le sentimentalisme dans son analyse politique !

          En revanche, on ne saurait jeter la pierre à ces travailleurs anarchistes, supportant d'interminables journées de dur labeur payé au plus bas prix, vivant en permanence dans l'angoisse de ne pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. En général il ne leur restait que peu de temps et d'énergie pour l'étude, la théorie politique et l'organisation. En outre, l'absence d'une véritable concentration industrielle explicite en grande partie les difficultés d'organisation et de prise de conscience collective des ouvriers.

     


          Le mouvement anarchiste dans son ensemble traite d'ordinaire les problèmes politiques d'un point de vue individualiste et ceci, ajouté au manque de formation théorique, à l'inexistence de programme politique et à l'incompréhension du rôle d'une organisation centralisée, l'affaiblira considérablement.
         Dans les années 1930, Angel Pestaña lui-même a fini par admettre dans certaines limites le besoin vital d'un guide collectif pour lutter et détruire le régime capitaliste. Dans son livre "Por qué se constituyò el partido sindicalista" ("Pourquoi s'est constitué le parti syndicaliste"), il reconnaît que l'activité syndicale, limitée à la satisfaction des revendications économiques immédiates, n'occupe aucun rôle sur le terrain des idées :

       "Et ainsi on voit un jour le marxisme en train d'organiser syndicalement les travailleurs en leur proposant le guide tutélaire et spirituel afin qu'ils ne soient pas aveugles dans le monde".

           Même si, l'âge venant, il n'a toujours pas saisi qu'il ne s'agit pas de "spiritualité", il réalise tout de même la nécessité d'une méthode et d'un programme politiques, d'une action concertée et centralisée. Mais dans sa carrière militante, il a assez bien résumé les flottements, les imprécisions qui sont traditionnellement le fait des anarchistes.





[Tina LOBA]



  
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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 10:10

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

VIII

      


          
            Les conditions dans lesquelles se constitua l'industrie russe, la structure même de cette industrie déterminèrent le caractère social et la physionomie politique de la bourgeoisie du pays.
      La très forte concentration industrielle impliquait déjà par elle-même l'absence de hiérarchie intermédiaire entre sphères dirigeantes et masses populaires. Les entreprises et les banques les plus importantes étaient la propriété de capitalistes étrangers qui, loin d'appuyer la lutte pour un régime parlementaire, s'y opposèrent souvent, préférant garder le statu quo du tsarisme.
      La toute nouvelle bourgeoisie russe se retrouva donc isolée et adopta une attitude distante à l'égard des classes populaires et surtout du prolétariat, ce qui la rendit politiquement impuissante. Les ouvriers ne tardèrent pas à s'opposer à elle et à élargir leurs revendications économiques à des revendications politiques radicales.
       Etant donné ses intérêts communs avec les propriétaires fonciers, la bourgeoisie ne fut pas plus capable de s'allier la paysannerie. Les possédants, qu'ils soient industriels ou agricoles, redoutaient l'ébranlement de la propriété privée. Ils ne constituèrent donc pas une classe capable et désireuse de mener à bien une révolution nationale.
      Après l'abolition du servage et les réformes qui en découlaient, la bourgeoisie russe chercha protection auprès du régime tsariste, de son appareil bureaucratique, de sa police et de son armée comme barrières face aux secousses sociales. Ailleurs étaient les forces révolutionnaires.


(Alexandre II, le Tsar qui abolit le servage en 1861)

      
         De 1840 à 1890, soumise à la féroce répression d'un tsarisme coincé entre réformes et conservatisme, ce qu'on appela "l'intelligentsia" navigua entre diverses théories plus ou moins révolutionnaires, en en cherchant une qui soit l'expression des luttes incessantes.
     En la matière, tout ce qui venait d'Occident était avidement  repris et diffusé, notamment, venue de l'Europe, une théorie qui se voulait scientifique : le marxisme.
       Issus de la petite bourgeoisie aisée pour la plupart, comme Plekhanov, Lenine, Trotski, les révolutionnaires russes mirent toute leur énergie à acquérir une base de connaissances universelles, avant de la mettre au service de la cause prolétarienne. Du fait de l'émigration imposé par le tsarisme à ses leaders, la Russie révolutionnaire fut enrichie par cette confrontation avec les différentes formes du mouvement révolutionnaire international.


(l'introducteur du marxisme en Russie : Plekhanov)


       Si le marxisme s'impose alors en Russie, c'est aussi à cause du développement accéléré de l'industrie, qui entraîne une croissance rapide des effectifs ouvriers. Car la théorie introduite dans le pays par Georgui Plekhanov en 1881, se veut, entre autres, théorie et méthode de la lutte des classes, que le prolétariat est amené à affronter et à diriger. Cette toute jeune classe ouvrière ne vient pas de l'artisanat corporatif ; elle est issue du milieu rural, du village isolé, de la campagne immense. Léon Trotski insiste sur le fait qu'elle ne s'est pas formée petit à petit au cours des siècles, traînant le fardeau du passé et des traditions comme en Angleterre, mais que son histoire a procédé par bonds, par changements brutaux de situation et ruptures violentes avec ce qui existait la veille encore. Ces circonstances s'ajoutèrent à l'impitoyable répression tsariste :

        "...les ouvriers russes devinrent accessibles aux déductions les plus osées de la pensée révolutionnaire, de même que l'industrie russe retardataire se trouvait capable d'entendre le dernier mot de l'organisation capitaliste" (L.Trotski, Histoire de la Révolution russe).

    



          En effet l'organisation centralisée et disciplinée du système capitaliste amène les prolétaires à s'organiser sur le même mode, afin de retourner contre lui ses propres moyens d'oppression. La concentration des ouvriers dans de gigantesques entreprises favorise la propagation des idées marxistes. L'extrême dureté de leurs conditions de travail, la misère quotidienne qui est leur lot les font aspirer à un changement radical du mode de production. Le prolétariat russe, jeune et encore naïf, fait ses premiers pas politiques dans un Etat réactionnaire. La combinaison du despotisme tsariste avec le développement rapide du capitalisme est la meilleure école de formation politique : la loi interdit la grève, les réunions et les proclamations, les manifestations, amenant les ouvriers à s'organiser clandestinement et à s'affronter violemment contre les forces de répression. Pas à pas le tsarisme fut amené à céder du terrain.

          Forte d'une expérience des luttes de plus en plus riche, la classe ouvrière est amenée à se doter consciemment d'une théorie, le marxisme, dont elle va faire l'arme idéologique et politique pour mener à bien les combats décisifs à venir. Lenine, se référant à la période entre 1903 et 1917, écrit :

       "Aucun autre pays n'a connu une vie aussi intense quant à l'expérience révolutionnaire, à la rapidité avec laquelle se sont succédées les formes diverses du mouvement, légal ou orageux, clandestin ou avéré, parlementaire ou terroriste, de cercles ou de mouvement de masse" (La Maladie infantile du communisme).




[Tina LOBA]



 

     
         

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 00:00

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

VII

      La croissance relative du mouvement ouvrier espagnol à la fin du XIXème siècle et au début du XXème était liée à la lenteur du développement industriel, lui-même hypothéqué par la perte des colonies. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, l'Espagne ne dispose plus d'aucun moyen financier capable de soutenir son développement.
     De 1860 à 1896 le  nombre d'ouvriers passe de 176 000 à seulement 244 000. La production des différents secteurs industriels augmente de façon inégale. Les principales exportations concernent les minerais (fer, plomb, cuivre, zinc, houille, etc.) mais ils n'occasionnent aucune amélioration technologique pour l'Espagne car, pour la plupart, ils sont transformés industriellement à l'extérieur du pays. Les financiers étrangers s'étaient tournés vers l'exploitation minière dont ils détenaient la majorité du capital et tiraient des profits quasi-coloniaux. La situation évoluera à partir de 1898, avec le rapatriement des fonds provenant des colonies récemment émancipées.
       La plupart des grandes banques espagnoles surgira de la capitalisation obtenue par l'exportation de minerai de fer vers la Grande-Bretagne.



    
        Le réseau ferroviaire augmente de 100% entre 1860 et 1886, sans que cela corresponde au modeste niveau d'industrialisation du pays. La cause en est l'espoir que le chemin de fer aiguillonnerait l'industrie. En réalité c'est toujours l'inverse qui s'est produit, notamment en Angleterre et en France. L'Espagne est une illustration significative de l'échec du volontarisme économique. L'expérience espagnole s'avérant peu rentable, les actions ferroviaires furent dévaluées et les investisseurs se retirèrent.

        Les industries de transformation sont généralement à l'état embryonnaire. L'industrie textile souffre de pénurie. L'Espagne doit acheter la matière première à l'extérieur et ses entreprises, essentiellement familiales, ne sont pas compétitives. On ne fabrique pas les machines. Dans la métallurgie, le nombre d'ouvriers est moins important que dans les mines.
      Le caractère limité et chaotique de l'industrie espagnole est le résultat direct de la pénétration des capitaux dans un pays semi-féodal. Malgré tout, en 1868 une révolution amène au pouvoir une bourgeoisie et crée par là les conditions favorables à l'implantation du capitalisme, qui va ainsi se développer.

       Dans ces années au cours desquelles l'anarchisme grandit sur le plan international, la capitalisme espagnol est encore balbutiant. La condition ouvrière est rude, le salaire extrêmement bas. A Barcelone, dans l'industrie textile et dans la sidérurgie, la journée de travail dure 12 heures. Il existe une situation encore plus difficile, c'est le chômage qui, partiel ou de longue durée, aggrave la situation des plus démunis.

  

   
      
          Le point commun essentiel entre l'Espagne et la Russie à l'orée du XXème siècle, c'est le retard économique par rapport à l'Europe occidentale.
    L'Espagne reste un pays à dominante agricole. Les latifundias, grands domaines supérieurs à 250 hectares, représentent 28% du territoire national et n'existent nulle part ailleurs en Occident. Environ 70% de la population travaillent dans le secteur agraire ou l'élevage (15% en Angleterre). 16% de la population active sont employés dans l'industrie, dont la moitié dans des secteurs rudimentaires (bâtiment, confection).
       La misère et l'insécurité des travailleurs, la prolétarisation des ruraux qui échouent à Barcelone et à Bilbao, créent un climat social de mécontentement grandissant. La mortalité infantile est élevée. Un nouveau-né sur quatre ne survit pas plus d'une semaine. Le taux de mortalité oscille entre 27 et 33% (20% en France).
        60% de la population espagnole ne sait ni lire ni écrire (24% des Français).


(Alphonse XII, roi d'Espagne de 1874 à 1885)


       En Russie, l'abolissement tardif du servage (1861) prend les traits de la misère des masses laborieuses et du sous-développement socio-économique que l'on retrouve en Espagne. Sur le plan industriel apparaissent en revanche des différences notables.
      

        
     Comme la plupart des pays arriérés, la Russie est soumise à l'inégalité du rythme de développement selon les secteurs et dont les avancées se produisent par bonds successifs, sous le fouet des contraintes extérieures. De cette loi d'inégalité, Trotski en tire une autre qu'il appelle "loi du développement combiné", qui comprend le rapprochement de diverses étapes, la combinaison de phases distinctes et l'amalgame des formes les plus archaïques avec les plus modernes. Cette loi du développement combiné caractérise particulièrement l'histoire de la Russie.

      



          Economiquement et industriellement parlant, la Russie a partiellement sauté les étapes de l'artisanat corporatif et de la manufacture, qui avaient exigé plusieurs dizaines d'années en Occident. Dans Le développement du capitalisme en Russie, Lenine montre qu'après 1861 le capitalisme se développa à une telle vitesse que les transformations réalisées équivalaient à deux siècles d'industrialisation dans certains pays européens.



      
          Certaines régions restent au même niveau qu'au XVIIème siècle, mais là où s'implante le capitalisme moderne, les travailleurs agricoles découvrent la prolétarisation et les dures conditions qui en découlent. Nulle part ailleurs en Europe ne se manifestent de tels contrastes : de grandes villes avec leurs centrales électriques, d'immenses usines, de hauts immeubles coexistent avec de petits villages perdus où les habitants tressent leurs chaussures et sont vêtus d'habits en toile, cultivent la terre avec l'araire ancestrale et récoltent le blé à la faucille. 




         Techniquement et économiquement, l'industrie russe se hisse pratiquement au niveau des pays avancés, et les devance parfois. Par exemple aux Etats-Unis, l'effectif des ouvriers dans les petites entreprises s'élève à 55% alors qu'en Russie la proportion n'est que de 17,8%. 17,8%, c'est également le pourcentage des ouvriers américains dans les usines employant plus de 1000 personnes ; dans toute la Russie ils sont 41,4% mais dans la région industrielle de Petrograd, cela monte à 44,4% et jusqu'à 57,8% autour de Moscou. En 1905, les ouvriers sont au moins 10 millions, ce qui représente avec leur famille 25 millions de personnes, plus que la population française en 1789.



      
          En Russie la fusion entre capital industriel et capital bancaire s'opère intégralement. Comme partout où fleurit le capitalisme, l'industrie russe se subordonne aux banques et au marché monétaire. L'industrie lourde (métaux, charbon, industrie pétrolière naissante sur la mer Caspienne) est presque entièrement sous le contrôle de capitalistes étrangers, qui avaient constitué en Russie tout un quadrillage bancaire.
       Un autre facteur important qui éclaire les différences entre Espagne et Russie, c'est l'immensité de l'empire russe, le plus grand pays du monde : 18 594 405 kms carrés en 1900 (Espagne : 505 000 kms carrés avec les Canaries). Au début du XXème siècle la population russe s'élève à environ 150 millions d'habitants contre 17 millions pour l'Espagne. Ces différences ont été minimisées par certains historiens qui cherchaient à calquer, en partant de 1917, l'histoire de l'Espagne sur celle de la Russie.





[Tina LOBA]



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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 15:50

 

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

VI

      Les anarchistes espagnols accordaient peu d'attention au passage éventuel d'une société semi-capitaliste à une société communiste. Ils envisagent cette transition du jour au lendemain, à partir de structures autogestionnaires déjà mise en place avant la révolution sociale et sont réfractaires à la nécessité mise en avant par le marxisme d'une révolution bourgeoise, pour préparer le prolétariat à sa future libération.
      Or, les petits paysans et artisans ne constituent un potentiel révolutionnaire qu'à la condition de rejoindre les rangs des prolétaires. Quant aux ouvriers agricoles, leur condition, l'intensité de leur misère les poussent sur le chemin de la rébellion.

       L'histoire de l'Espagne compte nombre de révoltes paysannes. Léon Trostki écrit à ce propos :

     "La situation de la paysannerie a fait d'elle depuis toujours la participante à de nombreuses insurrections. Mais ces explosions sanglantes eurent un rayonnement local, non pas national, et furent empreintes de couleurs très variées, dans la plupart des cas de la couleur réactionnaire. De même que les révolutions espagnoles furent de petites révolutions, les insurrections paysannes prirent la forme de petites guerres" (Publications la IVème Internationale).

      



           Il existe une divergence de fond entre anarchisme et communisme : il ne suffit pas de se révolter pour être révolutionnaire ; il s'agit à chaque fois d'estimer les possibilités existantes d'un changement de mode de production. D'autre part l'éparpillement des travailleurs agricoles sur d'énormes surfaces anihile leur force alors que la concentration urbaine augmente celle des ouvriers. La condition misérable du manoeuvre agricole et le faible taux d'alphabétisation rendent la tâche des révolutionnaires très ardue.
     Quant à la dénonciation par les anarchistes de l'attitude "méprisante" du marxisme à l'égard de la paysannerie, il suffira de rappeler que les paysans furent les principaux alliés des ouvriers dans la Révolution d'Octobre. Cette union est symbolisée par un emblème universellement connu : la faucille et le marteau croisés. La défiance des anarchistes dévoile une inclination naturelle des paysans libertaires au mysticisme.

     


       Les défenseurs de la cause libertaire sont des dévots, empreints d'un romantisme à la "Robin des Bois". La force de l'anarchisme espagnol est dans ses racines villageoises, dans les montagnes de l'Andalousie et du Levant.
    

        Les ruraux arrivant dans la Barcelone anarchiste du début du XXème siècle sont mus non par les sanglantes révoltes campagnardes ou par un idéal politique mais par un mysticisme profond. Ces nouveaux apôtres parcourent la région andalouse, prêchant les idées anarchistes à la manière d'une nouvelle religion.
       Tout cela est fort éloigné de la conception matérialiste du révolutionnaire marxiste. En outre, la passivité politique et la faiblesse du militantisme paysan font que la plupart des villageois ne se sont jamais vraiment engagés dans le mouvement anarchiste. Bien qu'il leur arrive, poussés par le désespoir, de passer à l'action violente, d'ordinaire ils s'occupent uniquement des affaires quotidiennes et montrent peu d'intérêt pour la théorie.
       Dissémination des paysans, isolement géographique dû aux difficultés d'accès, à l'absence de route, etc., conditions climatiques rigoureuses, rudesse des travaux, analphabétisme, voilà une série de raisons objectives qui expliquent en partie la faiblesse et la vulnérabilité du mouvement anarchiste paysan. L'absence de liens sociaux durables est flagrante, y compris chez les "braceros", les ouvriers agricoles qui arrivent ensemble à l'embauche mais doivent se disperser
bientôt en fonction des travaux saisonniers.
     



      
        Ces masses de travailleurs n'ont ni identité sociale définie ni organisations syndicales ou politiques pour les accueillir. Le caractère versatile des anarchistes favorise la multiplicité des courants. Dans les années 1880, le concept de "partage des terres" signifie pour la plupart des paysans anarchistes espagnols la division de la terre en parcelles individuelles et non pas en fermes collectives. L'idée d'une structure sociale communautaire commença à se répandre avec l'anarcho-syndicalisme.

       A la même époque en Russie, le développement économique entraînait le pays sur la voie capitaliste. Avant l'abolition du servage, les révoltes paysannes s'amplifiaient à chaque décade. Elles obligèrent le Tsar Alexandre II à abolir le servage en 1861. Le capitalisme s'introduisit alors dans l'agriculture. Peu à peu l'agriculture russe acquit un caractère marchand et industriel. La croissance des grandes villes faisait accroître la demande de produits alimentaires. Malgré cela, indigence, accablement et ignorance demeuraient le lot des paysans et n'avaient pu déclencher que des révoltes isolées et parcellaires, "des sortes de jacqueries que n'éclairait aucune conscience politique" (V.Lenine, La réforme paysanne et la révolution prolétarienne).

    
       
(né en 1818, le Tsar Alexandre II gouverna la Russie à partir de 1855 ; assassiné en 1881 par l'organisation nihiliste "Narodnaïa Volia" - "la Volonté du Peuple")

    
      La prolétarisation des paysans les incita, dans leur majorité, à lutter contre les nobles propriétaires terriens. Les idées anarchistes furent amenées par des révolutionnaires citadins, les "narodnikis" (populistes). La principale revendication des narodnikis était la suprématie de la paysannerie sur les autres classes populaires. Leur mouvement se caractérisait par l'absence d'une organisation centralisée car chaque groupe agissait à son gré. Cela permit une répression efficace et l'influence anarchiste dans les campagnes fut pratiquement anéantie.
     En même temps les idées marxistes commençaient de pénétrer en Russie grâce à Georgui Plekhanov qui, tirant un bilan de l'échec des méthodes anarchistes, contribua à la divulgation des oeuvres de Marx-Engels : en 1881, il signala que la Russie était en route vers le capitalisme et que, par conséquent, miser sur la commune paysanne était une utopie. La suite des évènements vit les paysans se ranger derrière la classe ouvrière.

(Georgui PLEKHANOV, 1856-1918)
    
      Les traits principaux de l'anarchisme espagnol, refus d'une organisation centralisée, d'un programme politique cohérent, d'une théorie homogène, reflètent sommairement l'état d'esprit des paysans, leur existence semi-féodale, leur isolement.
      L'attrait du bakounisme sur la paysannerie s'explique d'autant mieux qu'il sut jouer sur les revendications nationales, les idéaux communautaires, la méfiance à l'égard d'une autorité centrale et l'attrait pour l'action directe et spontanée.
       En Russie, ce furent les avancées du capitalisme dans l'agriculture qui empêchèrent  notamment l'implantation de l'idéologie anarchiste. Ensuite la notion de "peuple" laissa la place à celle défendue par les communistes russes :

        le "prolétariat", en tant que seule classe réellement révolutionnaire.

[Tina LOBA]


 
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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 18:28

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

V

       Nous abordons maintenant l'analyse des raisons pour lesquelles à la fin du XIXème siècle, les conditions socio-économiques furent favorables à l'anarchisme en Espagne et au marxisme en Russie.
     A cette époque, 87% des Russes vivent à la campagne et 81,5% de ceux-là sont paysans. Dès le début du XXème siècle, ce pourcentage diminue à cause d'un exode rural massif. Environ trois millions de personnes "flottent" entre activité industrielle et rurale.
    



       L'Espagne à la même époque est "en retard" économique. Les rapports de production capitalistes se profilent à peine. 70% de la population active travaille dans l'agriculture et l'élevage.
     Cependant, les formes de protestation sociale suscitées par cette arriération prennent un aspect différent dans chacun de ces deux pays.

      On remarque aussi la nature despotique des Etats espagnols et russes.
     Il existe un parallèle naturel entre tsarisme et despotisme asiatique. En effet, la Russie et l'Asie sont en continuité géographique. La Russie est elle-même à cheval sur l'Asie centrale.
    Comparons avec l'Espagne : sous les Habsbourg et sous l'influence de la Sainte Inquisition qui entretenaient les préjugés raciaux - la "limpieza de sangre" - la monarchie espagnole empêcha l'essor de la bourgeoisie naissante, condamnant le pays à la stagnation  économique et l'ancienne classe dominante à la décomposition. Léon Trotski écrit :

      "Les nobles hautains couvraient souvent leur orgueil de capes trouées" (Publications de la IVème Internationale).

      Il fait ainsi une distinction entre absolutismes russe et espagnol. Selon lui, le tsarisme s'est formé sur la base du "développement extrêmement lent" de la noblesse ainsi que des villes.
      La monarchie espagnole quant à elle s'est forgée dans des conditions de "décadence" du pays et de "putréfaction" des classes dominantes :

      "Si l'absolutisme européen put se développer grâce à la lutte des villes, en voie de consolidation, contre les vieilles castes privilégiées, la monarchie espagnole, de même que le tsarisme russe, puisait sa force relative dans l'impuissance des vieilles castes et des villes" (idem).

      En Espagne à la fin du XIXème siècle, les paysans formaient environ 85% de la population, dont 55% journaliers et 34% propriétaires.
        Manque de terres, manque d'eau, prix élevés du fermage, outillage agricole primitif, méthodes de culture rudimentaires,impôts élevés, prélèvements de l'Eglise, prix des produits industriels inaccessibles, surpopulation agraire, nombreux chemineaux et mendiants, voilà le tableau de la campagne espagnole au XIXème siècle.

      


        La paysannerie privée de la possession des terres, accède par force au salariat et donc au prolétariat agricole. Cette évolution fut au coeur de la polémique entre anarchistes et marxistes à propos de la nature réactionnaire des petits paysans.
    Les anarchistes libertaires affirmèrent les possibilités révolutionnaires de la classe paysanne et du petit artisanat. Ils n'avaient pas assez d'invectives pour dénoncer le matérialisme historique, selon lequel la position sociale, les conditions d'existence et les techniques de travail déterminaient l'idéologie réactionnaire des paysans.
    




    
    Ce que Marx s'attache à démontrer est que le prolétariat ne devient une force révolutionnaire que s'il évolue de l'artisanat vers l'industrie car dans ce cas, le procès de production l'incorpore dans une classe obligée
par les nouvelles conditions qui lui sont faites de s'unir et de s'organiser. Et ce sont précisément cette discipline et cette organisation exigées par la condition ouvrière qui obligent en même temps les prolétaires à accepter la routine de l'usine, ainsi que la soumission immédiate aux exigences des contremaîtres. Il est vrai aussi que le flux migratoire entre la campagne et la ville constitue un catalyseur qui avive la ferveur révolutionnaire traditionnelle du prolétariat naissant. Résultats d'un mode de production pré-industriel, les habitudes des immigrés ruraux se heurtent aux normes sociales et à la frénésie urbaine. Ils n'ont rien à perdre et leur présence radicalise l'atmosphère de la ville.

    


    
         Revenons à la polémique, en dégageant deux points principaux :

     - les anarchistes contestent que les "possibilités révolutionnaires" soient l'exclusivité du prolétariat industriel dans une région industrielle ;

     - en conséquence ils qualifient de "méprisante" l'attitude du marxisme à l'égard de la paysannerie et de l'artisanat.

    Prenons les "possibilités révolutionnaires" en Espagne fin XIXème-début du XXème siècle. Il faut distinguer petits paysans et journaliers (braceros). Ceux-là constituent 80% de la population du Sud.
      Le petit paysan est propriétaire du lopin qu'il cultive avec sa famille et qui lui permet de la nourrir. A l'instar de l'artisan, il se distingue des travailleurs modernes comme produit d'un mode de production condamné à péricliter. Il est souvent un futur prolétaire mais pour autant, cela ne le rend pas sensible aux théories révolutionnaires.

     "Le sentiment de la propriété qui est ancré en lui, l'en empêche encore. Plus il est obligé de lutter avec âpreté pour conserver son petit lopin de terre, plus le désespoir le fait s'y cramponner fermement, plus aussi le social-démocrate qui parle de transfert de la propriété foncière à la communauté lui paraît être un ennemi aussi dangereux que l'usurier et l'avocat" (Friedrich Engels).

     



     
        C'est dans ce sens que la théorie marxiste explique pourquoi les paysans et les artisans ne peuvent être que réactionnaires en politique. Par instinct de survie, ils s'opposent au développement du capitalisme qui menace directement leur existence. "Ils cherchent à faire tourner à rebours la roue de l'histoire" dit V.Lenine dans Karl Marx et sa doctrine.
     





        La seule possibilité pour ces classes d'échapper au conservatisme est la perspective de leur prolétarisation. Dans ce cas elles sont poussées à défendre non leurs intérêts immédiats mais leur intérêt futur.

[Tina LOBA]  



      
 
    
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