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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 17:47

MARX, L'ANTI-SEMITE

     Recentrons la fiche de lecture sur la question juive contenue dans la brochure éponyme d'un jeune Marx précocement aiguisé, qui commence par poser ainsi les termes de l'analyse :

      "Ne cherchons pas le secret du Juif dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le Juif réel".

       Comme il est doux d'avoir affaire à un matérialiste dialectique. Systématiquement il repose fermement les choses sur leurs pieds au lieu de se mettre la tête à l'envers pour les observer.

       "Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même".

        A l'époque du jeune Marx, aussi bien en Allemagne qu'en Russie et en France, le "Juif", par définition, c'est celui qui trafique, qui prête sur gages et pratique l'usure. D'où cette assimilation culturelle et sociale de la figure du "Juif" comme profiteur, symbole d'un capitalisme usurier mesquin et vampirique. Que celui qui n'a jamais honni cette forme viscéralement ingrate du capital jette la 1ère pierre au Sous-Lieutenant (relisez "Crime et châtiment"). Marx en tire des conséquences tout-à-fait cohérentes :

       "Une organisation de la société qui supprimerait les conditions nécessaires du trafic, par suite la possibilité du trafic, rendrait le Juif impossible".

       "Le Juif impossible"...  le Protestant également (ah ! qu'il soit permis de rêver...). Et le Musulman. Quand au Catholique, dans une telle organisation de la société, cela fera belle lurette que son hypocrisie l'aura étouffé et qu'il aura décédé "de mort naturelle". Car, dans une société non mercantile, les volutes écoeurantes de la spiritualité perdront leur fonction de pollution des esprits, par simple disparition de leur valeur d'usage aliénante :

       "La conscience religieuse du Juif s'évanouirait, telle une vapeur insipide, dans l'atmosphère véritable de la société".

        "L'anti-sémitisme" supposé du jeune Marx n'est en réalité qu'un anti-capitalisme dialectique. Le "Juif" y figure le rôle symbolique de représentant "culturel" de la sphère financière du capital. En l'occurrence Marx ne jette nullement l'opprobre sur lui, mais l'invite à s'émanciper réellement de sa fonction réelle (ou symbolique) de rouage capitaliste. Il invite le Juif se revendiquant en tant que tel et, dans le même temps, revendiquant l'émancipation de tous les Juifs, à en tirer les conséquences: ne plus être "Juif",  sous aucune forme que ce soit. Ceci ne concerne pas ceux qui, en tant que "Juifs", n'ont strictement rien à revendiquer sur ce plan. Être "Juif" ne signifie pas autre chose qu'être "Catholique", "Protestant", "Musulman", "Bouddhiste", "Hindouiste" ou "raëlien". On revendique le bébé, l'eau sale du bain et le reste. On ne saurait réclamer dans le même temps sa propre émancipation, lors qu'il s'agit de prime abord de cesser toute activité aliénante à l'égard d'autrui ! C'est l'illustration du proverbe de "la paille et la poutre".

        Marx l'exprime comme suit :

       "Nous reconnaissons donc dans le judaïsme un élément antisocial et actuel qui, par le développement historique auquel les Juifs ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.
       Dans sa dernière signification, l'émancipation juive consiste à émanciper l'humanité du judaïsme".

        Le judaïsme est "antisocial", nous dit Marx. Contrairement au christianisme, cette religion ne va pas jusqu'à supputer que tous les hommes soient "frères". Seuls les "Juifs" le sont. Ce n'est pas tout : ils sont frères de sang divin, transmissible seulement au sein exclusif de la diaspora. Le "Juif" ne se mélange pas, il tient à conserver la pureté du judaïsme au travers du mariage et de la procréation.
         Intervient ensuite l'aspect capitalistique du judaïsme :

      "Le Juif s'est émancipé d'une manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que grâce à lui et par lui, l'argent est devenu une puissance mondiale, et l'esprit pratique juif l'esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus Juifs".

       Entendez par là que - sur le tard - les chrétiens se sont mis eux aussi au capitalisme, à la finance, aux délices de la spéculation.

      "Les habitants religieux et politiquement libres de la Nouvelle-Angleterre...sont une espèce de Laocoon [personnage de la légende Troyenne, étouffé en compagnie de ses fils par 2 serpents], qui ne fait pas le moindre effort pour se délivrer des serpents qui l'enserrent. Mammon [dieu pré-judéo-chrétien des biens matériels] est leur idole qu'ils adorent non seulement des lèvres mais de toutes les forces de leur corps et de leur esprit. La terre n'est à leurs yeux qu'une Bourse, et ils sont persuadés qu'ils n'ont ici bas d'autre destinée que de devenir plus riches que leurs voisins. Le trafic s'est emparé de toutes leurs pensées, et ils n'ont d'autre délassement que de changer d'objets. Quand ils voyagent, ils emportent, pour ainsi dire, leur pacotille ou leur comptoir sur leur dos et ne parlent que d'intérêt et de profit ; et s'ils perdent un instant leurs affaires de vue, ce n'est que pour fourrer leur nez dans les affaires de leurs concurrents".

     Faut-il rappeler que Marx le jeune écrit ces lignes en 1843 ?

(à suivre)
  

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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commentaires

décembre 10/07/2009 12:52

Merci Karpov. Marx aurait avantage à être plus connu.

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 10/07/2009 14:09


Surtout que nombre de ses "dénigreurs" n'en connaissent que dalle.

Salut fraternel