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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 16:45

 

1930-1940 : L'EUROPE ANTI-SEMITE

20

 

          La crise de 1929 provoque en Europe un tel étranglement du Marché du travail que les Juifs Européens, faciles à identifier, se retrouvent ciblés par la classe dirigeante dont les représentants Germaniques ne sont pas les moins zélés à démontrer de manière quasi-cathartique l’impossibilité pour tout Juif à survivre en Autriche-Allemagne, plus généralement dans toute l’Europe.

       La forme idéologique que prend cet ostracisme, c’est une espèce (c’est le cas de le dire) de darwinisme social, dans lequel les « races supérieures » - la race supérieure « aryenne » en l’occurrence - est habilitée à gérer l’espace vital. Les National-Socialistes décrètent que les races dites « inférieures » - ne sauraient survivre lors qu’il n’y a plus de place pour tout le monde. Traduction : en temps de crise mondiale, le mode de production capitaliste ne peut pourvoir à la survie de tous ses esclaves. Les Juifs sont exclus de la production, ils sont en trop, comme ces montagnes de marchandises que seule une 2ème guerre mondiale détruira suffisamment pour permettre au cycle de la production de repartir sur des bases exponentielles.

        En temps de guerre ou en temps de paix il n’y a aucune différence dans la manière de gérer la société capitalistique : le facteur humain est soit inexistant soit relégué au rang d’appendice facultatif. Quand le capitalisme ne sait que faire des marchandises sur-produites et qui ne trouvent pas à se réaliser sur le Marché, il s’en débarrasse d’une manière ou d’une autre. Les Juifs furent purement et simplement détruits en tant que marchandises humaines.

 

       Le 24 janvier 1939 Hermann Goering, n° 2 du régime National-Socialiste, ordonne la constitution d’un « Office central du Reich pour l’émigration des Juifs ». Cet organisme, destiné à simplifier les complications bureaucratiques entravant l’émigration Juive, financera l’expulsion des Juifs pauvres par la spoliation des Juifs riches.

       Rapidement l’Office devient la principale courroie de transmission de la politique Allemande à l’égard des « Israëlites ». Une fois la Tchécoslovaquie éventrée, il fait des petits à Prague et à Amsterdam.

       Le 30 janvier, Hitler prononce au Reichstag un discours sur la question Juive :

       « C’est un spectacle lamentable que de voir comment aujourd’hui le monde démocratique tout entier s’attendrit sur le pauvre peuple juif torturé et comment il reste obstinément insensible à ce qui est incontestablement son devoir de faire quelque chose. Les arguments que l’on met en avant pour excuser cette carence parlent uniquement en faveur de nous autres, Allemands et Italiens.

       Quelle reconnaissance ne nous doit-on pas de laisser partir ces brillants représentants de la civilisation et de les mettre à la disposition du reste du monde. Les démocraties, si l’on en croit leurs propres déclarations, n’ont aucun argument qui explique leur refus de recevoir ces inestimables personnes chez elles.

       On ne comprend pas non plus pourquoi on veut justement que ce soit le peuple allemand qui accueille les fils de cette race alors que les Etats si épris de ces gens admirables refusent tout à coup, sous tous les prétextes possibles et imaginables, de les admettre chez eux. Je crois que plutôt sera résolu ce problème mieux cela vaudra ».

 

 

Hitler-au-Reichstag.jpg

 

       Le Reich entend accélérer par tous les moyens l’émigration des Juifs Allemands. On favorise la sortie illégale du territoire, entassant par centaines et par milliers les réfugiés sur des bateaux qui partent de Hambourg, d’Anvers ou de Rotterdam et même par le Danube. Des passeurs recrutés par la Gestapo s’enrichissent en vendant aux plus offrants des visas, permis de séjour (la plupart du temps des faux), affrétant des coques de noix inaptes à la navigation au long cours. Ces bateaux-fantômes flottent tout juste d’un port à un autre sans jamais pouvoir s’alléger de leurs pauvres hères, que les autorités portuaires empêchent inflexiblement de débarquer. C’est ainsi que Shanghai (alors aux mains des Japonais) et la Palestine deviennent des havres plausibles pour s’échouer sans trop d’encombres. A la mi-août 1939, 20 000 personnes ont trouvé refuge à Shanghaï, provoquant aussitôt l’injonction du gouvernement Britannique aux compagnies de navigation Anglaises à ne plus prendre à leur bord un seul Juif à destination de la Chine. Après avoir entassé ces populations dans un ghetto où prospèrent les maladies, les Japonais stopperont leur immigration en août 1941.

        Les Anglais ont depuis juillet 1937 limité le nombre de Juifs qui sont admis en Palestine à 8000 en 8 mois, ce qu’on retrouve dans les chiffres sur l’immigration :

       - 1933, 37 000 personnes

       - 1934, 45 000

       - 1935, 66 000

       - 1936, 30 000

Et :

       - 1937, 11 000 personnes

       - 1938, 15 000.

       Le 2 décembre 1938, un mémorandum de l’Agence Juive pour la Palestine propose d’accueillir 100 000 Juifs Allemands. Refus Britannique. Le 14 décembre de la même année à la Chambre des Communes, le Ministre Anglais des Colonies Malcolm Mac Donald rejette une offre des Juifs Palestiniens d’adopter sur le champ 10 000 enfants Allemands.

       En fermant la « Terre Sainte » aux réfugiés Juifs, la politique Anglaise ménage la chèvre Germanique et le chou Arabe. Quand à l’Allemagne, si elle stigmatise vertement la politique soi-disant anti-Arabe des Anglais et se pose en farouche défenseuse des intérêts Arabes, elle encourage néanmoins sous le boisseau l’émigration des Juifs vers la Palestine. Le Ministère des Affaires Etrangères souhaite que « l’Allemagne profite de chaque occasion qui lui est offerte pour bouter un Juif dehors. La Palestine pourrait absorber quelque huit cent mille à un million de Juifs supplémentaires et si les Juifs d’Allemagne ne s’y rendaient pas, d’autres pays pourraient bien fournir ce contingent ».

        Côté Anglais, à un député qui l’interpelle sur la question Juive, le Ministre des Colonies Mac Donald explique que les Juifs voulant débarquer en Palestine sont systématiquement refoulés vers les ports d’embarquement. Le député insiste : « Est-ce à dire que les réfugiés sont, en fait, renvoyés dans les camps de concentration ? » Mac Donald répond à la Ponce Pilate : « La responsabilité de cette affaire incombe à ceux qui organisent ce trafic ».

       Le 17 mai 39, Londres publie un livre blanc sur la question de l’émigration. Entre mars et avril, 75 000 Juifs seront autorisés à débarquer en Palestine par tranches de 15 000. Après ce seront aux Autorités Arabes d’accepter ou pas d’en accueillir d’autres. Ce livre blanc tombe au moment où grossit le flot des réfugiés fuyant la Tchécoslovaquie écrasée, l’Autriche « Anschlussisée », l’Allemagne « Nuit-de-Cristallisée », etcetera. Au fur et à mesure que leur répression s’intensifie dans le Grand Reich et ailleurs, les immigrés clandestins vers la Palestine se multiplient exponentiellement. La réponse Britannique est de fermer totalement le robinet Palestinien à compter du 1er octobre 1939. 2 années après cette fermeture débutera l’application de la « solution finale » aux Juifs Européens.

 

(à suivre)

 

 

Par Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - Publié dans : karpov - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 10:29

1930-1940 : L'EUROPE ANTI-SEMITE

19

 

     Les fonctionnaires Allemands chargés d'organiser l'extermination en masse de leurs compatriotes Juifs ont réalisé dès l'instant toute la difficulté de la tâche. On ne fait pas disparaître facilement une personne, encor moins une famille. Pour ce qui est d'une population...

          La force de travail, en temps de crise ou de guerre, voit sa valeur marchande plonger jusqu'à équivaloir à presque rien. Lors l'Etat germanique s'est-il résigné à l'élimination physique des Juifs germano-Autrichiens, après avoir longuement testé diverses méthodes : l'expulsion, la spoliation, la répression organisée officielle etcetera, pour finir le regroupement, "familial" en quelque sorte, dans des camps pré-existants qui servaient déjà aux opposants de toutes sortes. N'oubliez pas cependant la leçon du Vieux Marx, à savoir qu'en régime capitaliste tout doit être rentabilisée, donc la mort. Le capitalisme sur-produit les morts. Les Nazis ne pouvaient déroger à la règle. Ils obligèrent les Juifs Allemands rentables à subvenir aux frais de leur propre extermination. En les exploitant jusqu'à la corde, l'extirpation totale de la force de travail ; ceci accompli, ils n'eurent plus qu'à les achever.

 

          L'Allemagne avait bien essayé de solutionner la question Juive par d'autres voies que la tuerie industrielle. Les planificateurs du vidage racial tentèrent - en pure perte - d'obtenir de la part des nations disposées en paroles à accueillir des Juifs expulsés, l'assurance qu'elles passeraient aux actes sitôt les immigrants à leurs frontières. Dans l'affaire les expulseurs ne voulaient pas débourser un mark.

       Le 7 novembre 1938, un ado de 17 ans loge 2 balles de revolver dans Ernst von Rath, diplomate Allemand à Paris. Il le blesse grièvement. Le tireur, Juif Allemand d'origine Polonaise, s'appelle Herszel Grynszpan. Il vient d'apprendre que ses parents ont été chassés du Reich par la Gestapo et, bloqués comme des milliers d'autres à la frontière Polonaise par les gardes-frontières de Pologne, ils errent le long des barbelés. Le soir, la presse Allemande parle à peine de l'incident mais le lendemain Hitler expédie son médecin personnel à Paris au chevet de von Rath. A midi les journalistes Allemands hurlent au loup. L'Ambassadeur Polonais en Allemagne est convoqué ; on lui signifie que le gouvernement Allemand va prendre "contre les Juifs polonais des mesures autrement plus rigoureuses que par le passé".

     Le Führer voit plus "grand" que les seuls Juifs d'origine Polonaise en Allemagne. Il trouve dans l'acte désespéré du jeune Grynszpan l'occasion trop belle de plier toute l'Europe - et plus si affinités - aux vues Allemandes à propos des Juifs. Comme le diplomate blessé commet le zèle de mourir le soir-même, le Ministre de l'Information et de la Propagande, le bon docteur (en philo) Josef Goebbels souffle à son maître l'idée d'une nuit de cristal. L'exécution de von Rath par un jeune Juif d'origine Polonaise déclenche dans les provinces Allemandes une série d'émeutes et d'exactions que le régime hitlérien couvre de sa bienveillante passivité. On s'en prend aux synagogues et aux commerces des Juifs à travers toute l'Allemagne. 30 000 hommes dans la force de l'âge et appartenant à la petite bourgeoisie sont arrêtés et expédiés en camp de concentration. La neutralité de l'Etat n'est qu'apparente. C'est bel et bien le Parti National-Socialiste qui, par l'intermédiaire de Goebbels, dirige la manoeuvre.  

 

nuit de cristal

 

                Reinhard Heydrich, fondateur de la Gestapo (qui finira abattu par les partisans Tchèques), dresse le bilan provisoire de la nuit de cristal : 100 synagogues ont déjà brûlé, 7500 magasins Juifs ont été détruits et une centaine de personnes tuées. La presse Allemande parle d'émeutes spontanées, nées de la colère du peuple germanique contre le judaïsme international. Goebbels écrit dans une feuille : "On déclare que les réactions spontanées du peuple allemand sont le fait d'équipes organisées. Quelle fausse idées ces barbouilleurs de papier se sont-ils donc encore fait de l'Allemagne ! Si cette réaction avait été organisée, elle aurait eu une tout autre envergure !"

             Le gouvernement Allemand attend les réactions du reste de l'Europe : peu de protestations officielles, une recrudescence de l'anti-sémitisme, donc un bilan globalement positif. A Oswald Pirow, ministre Sud-Africain, Hitler explique :

       "On observe déjà une progression sensible de l'antisémitisme en Amérique du Nord et du Sud, en France, en Hollande, en Scandinavie et en Grèce, partout où s'écoule le courant migratoire juif. (...)

       Je n'exporte qu'une seule idée. Ce n'est pas celle du national-socialisme. (...) J'exporte l'antisémitisme".

           Dans l'esprit du Führer, réprimer et chasser les Juifs hors d'Allemagne c'est aussi inoculer à l'Europe et au monde le virus anti-sémite mis au point dans les laboratoires du National-Socialisme. Rendre l'Europe malade de ses Juifs, cela surpasse la théorie de la race aryenne.

       Hitler pense à un "effet domino" ; la crise mondiale ayant enlisé l'Europe dans des difficultés matérielles incommensurables, le Führer s'efforce de calquer sur les nations à portée d'influence l'anti-sémitisme Austro-Allemand. Ce qui peut conduire d'autres pays, par exemple en Europe centrale, à se débarrasser de leurs Juifs. Hors d'Allemagne il en existe 10 fois plus à chasser. Qui pourrait accueillir ces centaines de milliers d'errants ? Pourtant Hitler n'a pas prévu que la méthode rend finalement insoluble la question Juive, hors la disparition physique.

        En attendant chaque chef de la famille National-Socialiste y va de sa proposition constructive. Le Maréchal aviateur Hermann Goering, n° 2 du régime : "Les Juifs riches pourraient acheter à l'intention de leurs coreligionnaires un territoire étendu en Amérique du Nord, au Canada, ou ailleurs". Concernant les Juifs Tchécoslovaques, Hitler va dans le même sens : "L'Angleterre et les Etats-Unis, par exemple, possèdent des espaces illimités qu'ils pourraient mettre à la disposition des Juifs. Les pays intéressés pourraient trouver un endroit quelconque dans le monde, y mettre les Juifs, et alors dire aux Etats anglo-saxons qui débordent d'humanité : "Tenez, les voilà ! Ou bien ils meurent de faim ou bien vous donnez suite à vos nombreux discours"."

       Le 7 février 1939 un des théoriciens du National-Socialisme, Alfred Rosenberg, tient une conférence à des diplomates et journalistes étrangers, au cours de laquelle il développe sa trouvaille : "Il est hors de question de considérer la Palestine comme une région appropriée pour une concentration dense des Juifs. La région choisie doit pouvoir absorber quelque quinze millions de Juifs. Et, étant donné que les deux plans relatifs l'un à Madagascar et l'autre à la Guyane britannique ont déjà été officiellement avancés, il y a lieu de faire porter tout le poids de la solution du problème sur ces deux territoires. Il ne s'agit pas de créer un Etat juif mais une réserve juive".

       Et Alfred de vanter notamment les mérites de Madagascar, île lointaine et isolée. Déjà au XIXème siècle Paul Lagarde, théoricien anti-sémite bien Français parlait d'exporter tous les Juifs d'Europe vers là-bas. En 1927, un certain Egon von Winghene écrit dans une brochure : "Tôt ou tard il faudra bien confiner le peuple juif tout entier dans une île. Cela permettrait de le surveiller et de réduire au minimum les risques d'infection".

       Une idée dans l'air depuis quelque temps... Le 11 mai 1937, le journal Le Petit Parisien interviewe Marius Moutet, Ministre des Colonies, qui déclare : "Le gouvernement polonais nous a demandé s'il nous paraissait possible de permettre l'installation de certains de ses nationaux - je pense qu'il sous-entendait particulièrement les Israélites - dans nos possessions d'outre-mer". Comme on savait lire aussi à Berlin, voilà qui avait suggéré à Rosenberg la possibilité d'un transfert de la population Juive d'Europe sur Madagascar, colonie Française. Les grandes idées se rencontrent.

       Le projet prend forme. Hitler demande à Goering qu'on "pousse maintenant une pointe en direction des puissances qui ont soulevé le problème juif, dans le but de régler réellement la question de Madagascar". En sus du Reich il est prêt à en faire profiter la Pologne. Il explique au Ministre Polonais des Affaires étrangères : "Si les puissances occidentales faisaient preuve de plus de compréhension pour les revendications allemandes relatives aux colonies, j'aurais peut-être assigné un territoire en Afrique pour servir non seulement à l'établissement des Juifs allemands mais aussi à celui des Juifs polonais".

       La France atermoie, ne tenant pas plus que ça à implanter des germanophones - fussent-ils Juifs ou Protestants ! - sur un territoire fransozich. Le sénateur Bérenger fait valoir à ses homologues Allemands que si le gouvernement Français ne s'oppose pas à ce qu'on pose 10 000 réfugiés sur des îles Françaises - Madagascar, Nouvelle-Calédonie, etc. - c'était à condition que, même Juifs, ils ne soient pas d'origine Allemande.

        De l'autre côté de l'océan, le Président Roosevelt qui, lui, n'a rien d'un anti-sémite obsessionnel, réfléchit pourtant à la question Juive dans des termes comparables à ceux des Européens. C'est qu'il constate la croissance exponentielle de l'anti-sémistisme en Europe, subissant à Washington les interventions intempestives d'une foule de diplomates étrangers - essentiellement Polonais, Roumains ou Hongrois - vociférant leurs ressentiments contre les Israëlites, réclamant qu'on en évacue une grosse part vers d'autres continents de préférence lointains. Comme il ne pense pas que la Palestine puisse absorber un nombre infini de réfugiés Juifs, Roosevelt demande poliment au Duce s'il n'y aurait pas moyen d'utiliser l'Ethiopie, devenu possession italienne depuis peu. Benito ? Il ne veut surtout pas de Juifs importés, fut-ce en Ethiopie "italienne".

            Le Président des Etats-Unis pense alors à une colonie Portugaise, l'Angola. En fait il y pensait depuis l'été 1938. Il écrit à un ami géographe : "Franchement parlant, je cherche plutôt de bonnes terres, se prêtant à l'agriculture, peu ou pas habitées, où l'on pourrait envoyer des Juifs."

       Myron Taylor, représentant des Etats-Unis, s'en ouvre aux Anglais : "Les chances de parvenir à une installation massive des Juifs en Angola sont si considérables que nous n'avons aucune intention d'en abandonner l'idée".

       Il prie donc les alliés Britanniques d'intercéder auprès des Portugais, dirigés par le dictateur Antonio Salazar (dont le régime durera jusqu'en 1974). Aux Anglais Salazar dit non et les Britanniques font passer ce "non" aux Etats-Unis. Pour cette fois-là, les Juifs du Grand Reich et d'Europe centrale ne seront pas déportés sur l'Afrique.

 

(à suivre)

Par Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - Publié dans : karpov - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 09:54

1930-1940 : L'EUROPE ANTI-SEMITE

18

 

      En période de paix sociale, le mode de production capitaliste s'accommode d'un surplus de population, de main-d'oeuvre, de groupe social en marge du salariat, rejeté par la concurrence et la compétitivité. Il s'accommode jusqu'à la distraction publique, en en faisant un spectacle parce que ça rapporte aussi sur tous les plans. Il faut bien que le peuple s'amuse, y compris et surtout de lui-même.

     Quand l'Etat National-Socialiste Allemand plonge l'Europe dans la guerre-éclair, il ne lui est plus possible à propos des Juifs de se contenter d'expédients. D'une manière ou d'une autre il s'agit qu'ils disparaissent, et le plus tôt sera le mieux. La guerre qui pointe à l'horizon impose d'organiser leur suppression globale, sans que cela déstabilise l'ordre instauré dans les pays vaincus, la pax germanica.

     Le nazisme n'a fait qu'utiliser des structures pré-existantes, les camps de concentration, en développant leur fonctionnement à grande échelle. Il a réalisé en partie un vieux phantasme du capitalisme : l'exploitation jusqu'au tarissement complet de la force de travail humaine, soit la mort. Marx indiquait de manière prosaïque :

     "Pour être menée avec succès, la lutte industrielle exige de nombreuses armées, qu'on peut concentrer en un point et décimer copieusement".

     Les prisonniers subvenaient d'autant plus facilement à leur frais d'exploitation que ceux-ci n'étaient pas bornés par la survie individuelle. Pour les Nazis, la main-d'oeuvre s'extrayait à volonté.

     Lors on concentra les Juifs et on les exploita jusqu'à crever. Une pitance symbolique constituait leur salaire,  insuffisante pour renouveler au quotidien cette force de travail illimitée. Qu'importe aux exploiteurs, qu'ils soient fascistes ou démocrates, la disparition définitive d'un surplus de bras nus vomi par la crise et la guerre mondiales. Cependant, s'il est aisé d'éliminer un prolétaire, il est extrêmement complexe d'en tuer des millions dans un laps de temps limité. Les malades, ceux que le travail avait réduits à l'état de loques mais qui se refusaient à mourir furent, au final, systématiquement exterminés. L'utilité à gérer ces surplus d'individus était équivalente au zéro absolu.

 

      En arrière toute : entre 1930 et 1940, les Juifs Européens se retrouvent enserrés dans une trappe gigantesque. La chasse étatisée de l'Etat Allemand les oblige à fuir le Grand Reich ; en même temps, la S.d.N. - càd l'ONU de l'époque - établit une ceinture de barbelés autour de l'Allemagne pour les empêcher d'émigrer hors des frontières pan-germaniques. Vous noterez que, jusqu'en 1941, ce n'est pas du fait de Berlin même.

      En 38 l'Allemagne en est encor à chercher à se débarrasser de ses Juifs simplement en les incitant à quitter le territoire. Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank - la banque centrale d'Allemagne - propose un plan (non écrit) pour résoudre le problème Juif, plan ayant pour condition d'arrêter la répression anti-sémite dans le Grand Reich. En gros, il s'agit d'accroître les exportations Allemandes pour pallier à la pénurie de devises étrangères. En quoi cela concerne-t-il les Juifs ? Eh bien selon le plan Schacht, ceux-ci seront forcés d'émigrer et l'Etat les dépouillera de tous leurs avoirs, notamment en devises. Le banquier s'en ouvre aux Anglais dans le but d'aplanir les relations entre les 2 empires. Quand il en rend compte à Hitler, celui-ci l'adjoint à poursuivre sa démarche.

       Le Fuhrer évoque un "plan en vue de la solution pour l'Allemagne du problème juif par le moyen d'une opération financière". Les Anglais accueillent de manière favorable l'"usine à gaz" (vu l'époque, on peut encor oser ce trait). Ils présentent un mémorandum à Roosevelt pour accompagner l'initiative germanique :

     "Les Allemands mettraient en oeuvre unilatéralement un plan d'émigration et dans le même temps, un comité intergouvernemental et un organisme privé réaliseraient unilatéralement un plan pour installer les émigrants involontaires".

      Traduisez : "Les Allemands chasseront tous leurs Juifs ou presque, que ces derniers le veuillent ou non". Le projet porte sur 600000 personnes, réparties en 3 catégories :

     - 200 000 Juifs Allemands âgés de + de 45 ans, jugés trop vieux pour refaire leur existence, tolérés en Allemagne jusqu'à leur mort ;

     - 150 000 soit Allemands soit apatrides, chefs de familles et célibataires hommes ou femmes âgés de 15 à 45 ans, émigreront en l'espace de 3 à 5 années. Schacht envisage une cadence de 50 000 expulsés par an. 

     - 250 000 "non-actifs" femmes, enfants et hommes (sauf 1ère catégorie) rejoignant les membres du groupe précédent dès que ceux-là "seront installés et susceptibles de les recevoir".

     Résumé du plan : expulser sur 5 ans 2/3 des Juifs Allemands, attendre l'extinction naturelle du tiers restant. L'Etat autorise les émigrants à emporter le matériel nécessaire à l'exercice de leur métier ; par contre il confisque les objets d'art, les bijoux, l'or, etc. Cependant, les personnes concernées ne subiront plus le racket de la "taxe d'émigration". Des centres de formation et de reconversion professionnelles seront ouverts pour les candidats à la sortie d'Allemagne. En outre les Juifs enfermés dans des camps de concentration seront libérés.

      

refugies-juifs-allemagne.jpg

 

       La  planification du tout est assurée par des organismes représentant les Juifs d'Allemagne, chapeautés par un fonctionnaire non-Juif. A la condition d'être agréés par le gouvernement du Reich, ces organismes pourront faire appel à des expertises étrangères privées.

     Last but not least, l'échafaudage répond à une exigence fondamentale : ne pas coûter un mark à l'Etat. Au contraire il prévoit de lier l'émigration Juive à un accroissement des exportations Allemandes, grâce à l'active coopération de la diaspora, intéressée à améliorer le sort d'une partie de ses membres. Apparemment herr Schacht était à ses heures un rêveur impénitent.

     Réveillés subitement par un retour civilisationnel, les Britanniques reculent  devant les exigences du Reich : "Elles équivalent à demander au monde de s'acquitter d'une rançon pour libérer des otages détenus en Allemagne et de troquer des souffrances humaines contre une augmentation des exportations". C'est cela, oui mais que le 1er Empire qui ne l'a pas fait leur jette la 1ère traite.

     Dans un même élan de refus, les leaders de la diaspora en Angleterre refusent d'entériner le pré-supposé du plan Schacht, l'existence de cette fameuse "Internationale Juive" fantasmée par les théoriciens National-Socialistes. La proposition Allemande d'emprunt mondial, les Anglais la rejettent aussi.

      Ce qui reste du plan, c'est la constitution d'un fonds de garantie (25% minimum des avoirs Juifs sur lesquels le Reich a fait main basse), destiné à financer le "transfert" des expulsés hors d'Allemagne. Ledit transfert s'effectuera sous forme d'échange de marchandises diverses (équipements, machines-outils, etc.) contre les marchandises humaines que sont les Juifs Allemands, transaction effectuée par le fonds de garantie.

        Il reste à régler le sort des 200 000 Juifs de "1ère catégorie" (vieux, inaptes à être recyclés,...) qui demeureront sur le sol Allemand. Schacht dit juste que ceux-là sont censés "vivre en paix" en territoire pan-germanique, mais il ne donne aucune garantie formelle.    

       

(à suivre)

Par Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - Publié dans : karpov - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
 
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