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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 15:59

UN TERRORISTE PARLE
(DEPUIS SA PRISON)

L'ARRESTATION

     

      "Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion - ancien patron de la police antiterroriste -dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

 


 

 


Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

 

QUELLE "MOUVANCE TERRORISTE" ?


        Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

       Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

       Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

       Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

       Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

      Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.

       A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

 

QU'EST-CE QUE LE "TERRORISME" ?


      Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

      Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

      

QU'EST-CE QUE L'"ANTI-TERRORISME"?


      Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

       L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.


LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE D'ETAT


      L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine.

      Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec ; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".


LA "PHILOSOPHIE" 


     La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?


LE LIVRE "L'INSURRECTION QUI VIENT"


      C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans "L'insurrection qui vient", que vous manifestez comme le préconise "L'insurrection qui vient", que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917. [NB : Le Sous-Lieutenant est en désaccord avec cette désignation historique de la révolution russe.]

       De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

      Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de "L'insurrection qui vient". 

      J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

       Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.


LA PRISON


       La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

       Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.

     Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

      Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficacité, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.

       Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

      Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. 

 

LES CAUSES DE LA REPRESSION ETATIQUE


     Ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" - éditeur de "L'insurrection qui vient". Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

       La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

       La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment toléré. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

       Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage."


 

(l'homme à la cagoule N'EST PAS Julien Coupat)


 

 

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 18:03





BIENVENUE AU FRONT UNI DE LA GAUCHE RINGARDE ! 



(Tonton Melenchon, il était so-"socialisse"...)




(...Tata Buffet, elle, elle était co-"communiss")

       
       Il était plus d'une fois une Tata vieillissante, ayant hérité d'un appareil stalinien oxydé et radio-inactif
et un Tonton socio-démocrate qui se croyait flingueur mais n'était que flingué.
       En voie galopante de ringardisation effrénée, les 2, constatant que
"les tentations autoritaires et les extrêmes droites peuvent à tout moment resurgir, les risques de guerre renaître" - oui, ils n'étaient ni malins, ni perspicaces -, décidèrent de se pacser à l'occasion d'une élection prochaine. Certes il s'agissait d'une kermesse "européenne", mais ils avaient également en commun d'être fort méfiants à l'égard des "technocrates de Bruxelles", en bonnes gens biens de chez eux, raisonnables, pleins de "bon sens mais c'est bien sûr !" et de commisération pour les travailleuses et les travailleurs français, pleins de méfiance pour les plombiers étrangers, en particulier polonais.

        Aussitôt ils s'invitèrent mutuellement pour concocter le programme du cirque électoral. Tata Buffet se rendit chez Tonton Melenchon, boire un verre de rouge et papoter, et Tonton Melenchon lui rendit la visite en apportant un brin de muguet d'élevage. La 3ème fois, sur terrain neutre, ils mirent à plat quelques idées qui leur avaient traversé le front de gauche :
    

     "
Une véritable dictature de l'actionnariat et une mondialisation capitaliste-libérale ont abouti à la multiplication des délocalisations et à la compression des salaires... Elle est le résultat d'une logique capitaliste qui déconnecte toujours plus la sphère financière de la production créatrice de valeur sociale,  qui prône le productivisme au mépris de l'environnement, qui étend la marchandisation et le consumérisme au mépris de l'humain et de l'intérêt général".

         
Quel bel unisson dans l'extase ! La vieille lune du "mauvais" capital financier s'opposant au "bon" capital industriel, ça marche toujours chez les nostalgiques du noir et blanc, considérant par exemple les chefs d'industrie comme des créateurs de "valeur sociale" et les financiers comme de vils "spéculateurs", comme si tous n'étaient également et en même temps financiers, entrepreneurs, exploiteurs, comme si les banques et les usines n'appartenaient pas aux mêmes (et au même monde). Tonton et Tata avaient su garder leur naïveté enfantine ; tout naturellement, ils se disaient que les bonnes gens aussi, en particulier les niais. 


     Or donc, en accouplant leurs compétences politiciennes, ils découvrirent le capitalisme ! Allez louïa ! Et Tata Buffet de plaider pour un "socialisme à visage humain, républicain et très démocratique", tandis que Tonton Melenchon danse le rigodon, juste parce que ça fait la rime.

      Qu'est-ce donc qui, de nouveau, les avait réunis tous 2 quand, durant des décennies ils s'étaient détestés avec toute la force de leurs convictions respectives ? Eh bien c'est qu'ils avaient trouvé quelqu'un à détester 
encor plus en commun. Il s'agissait d'un "trotsko", petit facteur de son état, Besancenot dit "l'olive", très en vogue dans les médias à cause de son bon visage joufflu de fils de bonne famille qu'il était.


       Celui-là, Tonton et Tata l'exécraient par-dessus tout.
Melenchon le so-"socialisse" en lui reprochant son "dogmatisme" (un mot que lui avait inculqué son paternel) ; Buffet la co-"communiss" parce que ses ancêtres à elle avaient éteint l'espèce dont il était issu, le fringant petit facteur, les "hitléro-trotsko-gauchistes", dont Tata n'avait pas suffisamment de vocabulaire (une tradition dans la famille) pour conspuer l'irresponsabilité et le fait qu'ils fassent "le lit du fascisme", reproche qui durait depuis un demi-siècle, en fait depuis l'apparente défaite du même fascisme. Alors voilà, elle et lui avaient pris ombrage du succès du facteur à pédales et avaient trouvé dans leur alliance matière à une revanche cinglante.

     Faut dire que c'était pas du luxe. D'un côté, Tonton Melenchon indisposait tout le monde chez les socialos, à jouer celui qui ne réalise pas que "
les temps changent", comme il chantait Robert et à enquiquiner les éléphants avec ses histoires de "la barre à gauche toute !". De l'autre Tata Buffet, nommée cheftaine en chef des ro-cocos en lieu et place de Bob-le-rocker (dit "Hue cocotte !") pour redresser la situation et proposer à la populace un capitalisme à visage acceptable, n'avait guère fait que perpétrer la fuite des "cerveaux" (si l'on peut dire à propos des "communiss"). Alors, cette kermesse des "européennes", c'était la énième occase de se refaire la cerise, ou la citrouille, c'est selon.

      Et comment se termine-t-elle, cette histoire grise et triste comme un jeune socio-démocrate ? Ben, elle est sans fin. Un clou chasse l'autre, un pantin se substitue au guignol en place et, comme on le chantait au Bois de Holly : "That's entertainment".  

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 17:05


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

      Dans sa "Question juive" à lui, Marx-le-Jeune pose que :

      "l'Etat est l'intermédiaire entre l'homme et la liberté de l'homme"

      et qu'il en va de même pour la religion. En ce qui concerne l'Etat, l'idéal démocratique constitue la limite à l'émancipation humaine. En ce qui concerne la religion, c'est la divinité qui fait barrière entre l'homme et la liberté.

       "De même que le Christ est l'intermédiaire que l'homme charge de toute sa non-divinité, de toute sa limitation religieuse, l'Etat est l'intermédiaire que l'homme charge de toute sa non-divinité, de toute sa limitation humaine".

       
L'Etat constitue une forme d'émancipation limitée de l'homme :

       "L'Etat supprime à sa façon les distinctions constituées par la naissance, le rang social, l'instruction, l'occupation particulière, en décrétant que la naissance, le rang social, l'instruction, l'occupation particulière sont des différences non politiques, quand, sans tenir compte de ces distinctions, il proclame que chaque membre du peuple partage, à titre égal, la souveraineté populaire, quand il traite tous les éléments de la vie populaire effective en se plaçant au point de vue de l'Etat. Mais l'Etat n'en laisse pas moins la propriété privée, l'instruction, l'occupation particulière agir à leur façon, c'est-à-dire en tant que propriété privée, instruction, occupation particulière..."

        De par sa nature, l'Etat ne peut être autre chose que cette limitation à l'émancipation humaine. Marx éclaire cette contradiction dans la proclamation d'un Etat "au-dessus" des hommes, un Etat "non-politique", du moins en apparence. Or, l'Etat est, par essence, politique :

        "L'Etat politique est, vis-à-vis de la société civile, aussi spiritualiste que le ciel l'est vis-à-vis de la terre".

        Remarque ironique. Le Vieux jeune s'amuse de ce clivage entre un Etat qui se croit non-politique et l'Etat réel, légiférant et intervenant dans la vie des gens, parce qu'il rappelle un autre clivage, celui d'une religion se situant au "Ciel" mais
qui fourre son nez à tout bout de champ dans les basses oeuvres humaines.
         L'Etat est une forme supérieure de la religion. Observez sous cet angle les anciens régimes stalinisés (Chine comprise) et vous saisirez toute l'acuité de la vision marxienne.

         D'ailleurs, le jeune Marx ne lâche pas l'affaire (ce n'est pas le genre de la maison !) :

         "Le conflit dans lequel l'homme, en tant que professant une religion particulière, se trouve avec sa qualité générale de citoyen et avec les autres hommes en tant que membres de la communauté, se ramène à la scission laïque entre l'Etat politique et la société civile. Pour l'homme considéré comme "bourgeois", la vie dans l'Etat n'est qu'une apparence ou une exception momentanée à l'essence et à la règle".

         L'essence du "bourgeois", c'est d'être libéré des contraintes d'ordre "spirituel" afin d'acheter de la force de travail en toute quiétude ; sa règle, c'est la loi mercantile de l'offre et de la demande, qui s'accommode mal des commandements religieux...ou démocratiques.

         "Le "bourgeois", il est vrai, tout comme le Juif, ne reste que par un sophisme dans la vie politique, comme le "citoyen" ne reste que par un sophisme juif ou bourgeois. Mais cette sophistique n'est pas personnelle. C'est la sophistique de l'Etat politique même".

          Marx évoque le "Juif" en tant qu'étant parallèlement pratiquant religieux et bourgeois. Pas plus d'anti-sémitisme là-dedans que de "racisme" à l'encontre de la Bourgeoisie.
  

      
        "La différence entre l'homme religieux et le citoyen, c'est la différence entre le commerçant et le citoyen, entre le journalier et le citoyen, entre le propriétaire foncier et le citoyen, entre l'individu vivant et le citoyen. La contradiction dans laquelle l'homme religieux se trouve avec l'homme politique, est la même contradiction avec laquelle le bourgeois se trouve avec le citoyen, dans laquelle le membre de la société bourgeoise se trouve avec sa peau de lion politique".

         Le bourgeois est certes un prédateur, mais pour ses chasses gardées, il a besoin que les proies puissent se croire à l'abri de la prédation, donc égales à lui. Ce que permet le statut de "citoyen". Les lions "citoyens" peuvent ainsi se permettre d'évoluer à leur aise parmi les antilopes "citoyennes" et ces dernières, de se faire avaler "citoyennement".






[à suivre]

       

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 11:39

PLUS POURRIE LA VIE

SAISON 2




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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 17:08


MARX, L'"ANTI-SEMITE"

         Dans sa "Question juive" auquelle répond celle du jeune Marx, Bruno Bauer pose comme condition générale à l'émancipation civique des Allemands l'exigence sine qua non que l'homme renonce à toute religion et, par là-même, que le Juif renonce au judaïsme. Il s'agit également d'une injonction à l'Etat d'abandonner toute religion officielle.

         
Marx approfondit l'analyse de Bauer dans son opuscule éponyme:

         "...la preuve est faite que l'existence de la religion ne s'oppose en rien à la perfection de l'Etat. Mais, comme l'existence de la religion est l'existence d'un manque, la source de ce manque ne peut être recherchée que dans l'essence même de l'Etat. Nous ne voyons plus, dans la religion, le fondement, mais le phénomène de la limitation laïque. C'est pourquoi nous expliquons l'embarras religieux des libres citoyens par leur embarras laïque".

       
    Il explicite ce point un peu plus loin :

         "La question des rapports de l'émancipation politique et de la religion devient pour nous la question des rapports de l'émancipation politique et de l'émancipation humaine".

         Marx écrit ces lignes à 25 ans. Il n'a pas attendu l'âge "mûr" pour contester à la religion la mission d'une réelle émancipation politique. Tout au contraire, il assimile Etat et religion dans l'aliénation de l'homme. Lutter contre la religion, c'est lutter contre l'Etat, qu'il soit absolutiste ou démocratique :

          "S'émanciper politiquement de la religion, ce n'est pas s'émanciper d'une façon absolue et totale de la religion, parce que l'émancipation politique n'est pas le mode absolu et total de l'émancipation humaine.
        La limite de l'émancipation politique apparaît immédiatement dans ce fait que
l'Etat peut s'affranchir d'une barrière sans que l'homme en soit réellement affranchi, que l'Etat peut être un Etat libre, sans que l'homme soit un homme libre".

       Le Vieux se tient déjà là, tout entier ! La spécificité de la théorie marxienne tient, entre autres, à sa critique de l'Etat en tant que structure non habilitée à "émanciper" qui que ce soit et quoi que ce soit. Pour que s'émancipent les hommes, il faut que l'Etat
soit détruit
. Ceci étant une autre affaire, revenons à nos brebis.

         "L'Etat peut s'être émancipé de la religion, même si la très grande majorité ne cesse pas d'être religieuse, du fait qu'elle l'est à titre privé".

        Ce qui correspond à la situation des Etats "laïques", où existe la séparation d'avec les religions.

         "...l'attitude de l'Etat, de l'Etat libre surtout, envers la religion, n'est que l'attitude, envers la religion, des hommes qui constituent l'Etat. Par conséquent, c'est par l'intermédiaire de l'Etat, c'est politiquement, que l'homme s'affranchit d'une barrière, en s'élevant au-dessus de cette barrière, en contradiction avec lui-même, d'une manière abstraite et partielle".

         Un "croyant" peut tout-à-fait s'accommoder d'un Etat qui ne l'est pas, c'est-à-dire qui ne prône aucun culte "officiel". Il existe là une contradiction plus ou moins bien assumée par la grande majorité des "citoyens" croyants.

        "En outre, en s'affranchissant politiquement, c'est par un détour, au moyen d'un intermédiaire, intermédiaire nécessaire il est vrai, que l'homme s'affranchit".

        L'Etat laïque affranchit institutionnellement les hommes et ce n'est qu'un affranchissement symbolique.

        "Enfin, même quand il se proclame athée par l'intermédiaire de l'Etat, c'est-à-dire quand il proclame l'Etat athée, l'homme demeure toujours limité au point de vue religieux, précisément parce qu'il se reconnaît tel que par un détour, au moyen d'un intermédiaire. La religion est donc la connaissance de l'homme par un détour et un intermédiaire".

       Cela revient à constater que la religion s'accorde tout-à-fait avec l'existence de l'Etat et pour cause : tout comme ce dernier, elle constitue l'intermédiaire entre l'homme et son aspiration à l'émancipation réelle. 


[à suivre]         
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 16:50




MARX, L'"ANTI-SEMITE"

        Donc les Juifs Allemands réclamant leur "émancipation", Bauer, dans sa "Question Juive" (1843), les avait interpellés d'une manière que Marx reprend dans la sienne (même année) :

      "Comment pourrions-nous vous libérer ? Vous êtes, vous autres Juifs, des égoïstes, vous réclamez pour vous, parce que vous êtes juifs, une émancipation particulière. Vous devez travailler, en votre qualité d'Allemands, à l'émancipation politique de l'Allemagne, et, en votre qualité d'hommes, à l'émancipation humaine. Et l'espèce particulière de votre oppression et de votre avilissement, vous devez la ressentir, non pas comme une exception à la règle, mais plutôt comme ce qui la confirme".

        Chez le jeune Marx la question de l'émancipation des Juifs Allemands ne peut être séparée arbitrairement de la question générale de l'émancipation des Allemands, c'est-à-dire, l'instauration d'une république démocratique bourgeoise.

        A l'époque, l'Etat Allemand considère le christianisme comme religion "officielle". Voilà pourquoi Bauer poursuivait, à l'adresse des Juifs :

      "...les Juifs demandent-ils à être assimilés aux sujets chrétiens ? S'ils reconnaissent l'Etat Chrétien comme fondé en droit, ils reconnaissent le régime de l'asservissement général. Pourquoi leur joug spécial leur déplaît-il, si le joug universel leur plaît ? Pourquoi l'Allemand s'intéresserait-il à l'émancipation du Juif, si le Juif ne s'intéresse pas à l'émancipation de l'Allemand ?"

         Et Marx d'enfoncer le clou, reprenant la démonstration de son professeur de théologie :

      "L'Etat chrétien ne peut, de par son essence, émanciper le Juif. Mais, ajoute Bauer, le Juif ne peut, de par son essence, être émancipé. Aussi longtemps que l'Etat reste chrétien et tant que le Juif reste juif, tous deux sont aussi peu capables, l'un de donner l'émancipation, l'autre de la recevoir".

       Un faux problème que celui de cette "émancipation" des Juifs Allemands, parce qu'il aliène l'émancipation politique à l'émancipation religieuse quand il s'agit du processus inverse. C'est en obtenant l'abolition de toute religion d'Etat que les Allemands s'émanciperont, qu'ils soient Juifs, Chrétiens ou autre chose. Voilà ce que Marx reprend chez son ancien maître. Bauer était allé plus loin :

      "...le Juif ne peut, de son côté, avoir à l'égard de l'Etat qu'une attitude de Juif, c'est-à-dire d'étranger : à la nationalité véritable, il oppose sa nationalité chimérique, et à la loi, sa loi illusoire ; il se croit en droit de se séparer du reste de l'humanité ; par principe, il ne prend aucune part au mouvement historique et attend impatiemment un avenir qui n'a rien de commun avec l'avenir général de l'homme car il se considère comme un membre du peuple juif et le peuple juif comme le peuple élu".

       Marx lui emboîte le pas et sans doute pour ça aussi, les philistins de l'impérialisme l'ont frappé de leur sceau infâmant d'"anti-sémite". Laissons-les pour l'instant, ces faussaires, et poursuivons avec le Vieux le cheminement vers l'analyse de la question juive :

      "...le Juif le dit lui-même... [il] ne doit pas être émancipé parce qu'il est juif, parce qu'il possède un principe moral excellent et universellement humain; le Juif prendra plutôt rang derrière le citoyen et sera citoyen, bien qu'il soit juif et doive rester juif. En d'autres termes, il est et reste juif, bien qu'il soit citoyen et vive dans des conditions universellement humaines ; sa nature juive et limitée remporte toujours et en dernier lieu la victoire sur les obligations humaines et politiques".

      
Aujourd'hui cela vaut tout autant pour les religions qui tentent désespérément de se ré-insérer dans la vie politique - souvent avec le coup de pouce politicien intéressé - que ce soient 
le catholicisme, l'Islam ou toute autre secte multinationale considérant qu'en politique, le dogme du "sâcré" prime sur la vie humaine.

 

(Bruno Bauer, 1809-1882)


(à suivre)
       
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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 18:33


MARX, "L'ANTI-SEMITE"

       En ces temps où nombre d'amis d'Israël ont fait ressurgir de leur cervelle la chimère anti-sémitique, le Sous-Lieutenant leur rappelle que certains d'entre eux, dans leur chasse aux papillons nuisibles, ne se sont pas privés d'épingler Karl Marx lui-même, en tant qu'"anti-sémite" emblématique.     
       C'est que, dans sa prime jeunesse politique (25 ans et la plupart de ses dents), le Vieux avait commis un ouvrage polémique intitulé "La Question juive", polémique non pas à l'égard des Juifs mais du capitalisme et de la religion en général.      

       "La Question Juive", ce sont 50 pages qui, à travers la question de l'émancipation des Juifs, analysent le transfert idéologique capitalistique dans l'idéologie religieuse.      
       Cet opuscule fait écho à l'éponyme écrit par le théologien protestant Bruno Bauer, qui enseigna la théologie, notamment à "Marx-le-jeune". Pour le coup, l'écrit premier de Bauer s'inscrit effectivement dans la grande tradition anti-sémitique européo-chrétienne. On verra plus loin que la réponse de l'élève au maître sort complètement d'un tel cadre. Là où Bauer faisait oeuvre de théologien, Marx riposte en historien sociologue.
     
       Quelle est donc la situation des Juifs Allemands en ce milieu du XVIIIème siècle ? Dans la plupart des Etats "chrétiens", la religion étant considérée comme officielle, les Juifs vivent artificiellement séparés du reste des populations autochtones.
        Les Juifs Allemands n'ont cesse de réclamer l'abolition des mesures isolationnistes, aussi bien dans les villes qu'à la campagne. Dans l'Allemagne méridionale, nombreux sont les villages peuplés uniquement par eux. A l'instar de leurs homologues français qui les ont obtenues un demi-siècle plus tôt, les  Juifs Allemands revendiquent l'abolition du "péage corporel", la liberté du culte et l'égalité civile et religieuse. C'est que,
dans cette Allemagne du XIXème siècle, on en est encor loin. Reprenant à Bauer une de ses formules, le jeune Marx lance à la diaspora :

        "Il faut nous émanciper nous-mêmes avant de pouvoir émanciper les autres".

        Pourquoi ce "nous" ? Papa Marx (Heinrich), converti au protestantisme, est issu d'une dynastie de marchands et de rabbins. Gageons que, s'il vivait aujourd'hui, la LICRA instaurerait aussi un procès en sorcellerie au paternel, en raison de ces bien inconvenantes origines mêlant racines juives et commerce.
       Il veut dire quoi, Marx fils, en reprenant la phrase de Bauer ? Eh bien que cette émancipation des Juifs Allemands suppose une Allemagne dépassant le régime féodal qui partout l'englue, c'est-à-dire une Allemagne enfin bourgeoise (donc républicaine et démocratique). Marx, qui l'a remarqué, le dit, chez lui le compte n'y est pas :

        "Il n'y a pas de citoyens en Allemagne".

       Il n'y a que des sujets. Sans une émancipation complète des populations allemandes, la revendication spécifique de celle de la diaspora juive n'a aucune possibilité d'aboutir. L'ensemble des "Allemands", Juifs, Protestants ou Chrétiens, sans compter ceux qui ne sont rien de tout cela, vit encor sous le joug d'Etats où la religion est "officielle".

(à suivre)      

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 11:41

           Youssouf Fofana, lui aussi, est devenu à l'insu de son plein "libre-arbitre" la marionnette fatale du microcosme anti-"anti-sémite". Les idéologues de tout poil, aussi bien roquets consanguins que chiens de race pure jappèrent bruyamment sur cette caricature rêvée par telle ou telle crotte philo-sophistiquée : une brute épaisse, basse de plafond et étroite de crâne, qui a eu l'heureuse idée de se convertir à l'Islam juste avant de s'en prendre à un jeune d'obédience Juive parce que, forcément, s'il est Juif il doit avoir du fric quelque part.

          Là voilà encor, la charge de leur preuve ! Un abruti de naissance sociale, synthétisant le "Mal" avec un grand "m", la "bête immonde" avec 2 petits "m" et la "barbarie moyen-âgeuse" en une seule entité.
La diaspora sioniste devrait verser des royalties au chef "barbare", en qui elle a trouvé l'épouvantail à moineaux idéal pour continuer à jouer du chandelier électrique à 7 cordes.

      Parallèlement, les exactions du sieur Fofana ont revigoré la flamme des "rétablissementiens" (prononcer "rétablissemenciens"), majorité pas toujours silencieuse rêvant à l'exhumation de la peine capitale. Voilà l'opinion publique - gélatine frustrée - qui exhibe de son calbut' la loi du Talion gisant en elle à l'état dormant.

       Qui, parmi ces pontifiants cloportes, s'intéresse au vrai Fofana, à supposer qu'il y en ait un ? Ils ne manquent pas d'agiter le "droit des victimes", les coprophages qui n'en ont strictement rien à foutre ! Ils vagissent qu'il s'agit d'invoquer la mémoire d'Ilan Halimi et ne font qu'éructer sur son bourreau, énumérant leurs solutions finales, toutes plus ineptes les unes que les autres : rétablir la peine de mort, autoriser la torture (mesure inutile - regardez les Etats-Unis), la loi du Talion, le sadisme d'Etat, la cruauté justicière, la roue en place publique, le pilori, la potence, le lynchage et autres finesses produites par leur cervelle qui s'ennuie misérablement.

        Gai ! Gai ! Marions-les, les moralisateurs impérialistes avec les croque-morts rétablissementiens, quand ce ne sont pas les mêmes. Qu'ils accouplent leurs monstrueuses idioties en élevage, ça fera de jolis petits, tiens ! Et des morts, beaucoup de morts (ça en fait déjà des moulons là où règnent leurs cousins).

       Revenons à la bête immonde. Il aurait pu être imam, vigile ou ...footballeur (des "Fofana" footeux, il en existe plus d'un). Mais en foot', il y a énormément d'appelés et très peu d'élus. Par contre la criminalité accueille le plus grand monde : à tous saigneurs tous honneurs, les criminels eux-mêmes, tueurs en série ou au détail, équarisseurs, étrangleurs-violeurs, sadiques sophistiqués et inventifs ou bien brutes épaisses supprimant des vies pour un regard trop appuyé ou pas assez, éventreurs, bouchers-charcutiers-traiteurs, banquiers-financiers-bizness'men, psychopathes, militaires et trafiquants d'armes, on vous en passe et des mieux.
      Le déterminisme social lui a donc préféré
à celle de footballeur une carrière d'assassin misérable, aussi fulgurante qu'éphémère. Le voilà déjà à la retraite. En taule, peut-être apprendra-t-il à écrire pour coucher son destin funeste sur le papier.

      Il n'est qu'un être humain, comme tout le monde (même ses juges) - et pire, comme tous ceux-là qui vomissent sur la haine, le crime, le racisme et autres produits humains, proprement humains. La preuve ? Ce qu'il a fait, aucune bête au monde ne l'aurait fait. "Les animaux sont des assassins innocents" disait F. Rossif qui,
sur le sujet, en connaissait un rayon aussi bien côté homme que côté bête. Meussieu le Président, messieurs les jurés et toi aussi, bourreau qui sommeille, étant donné que le diable existe autant que le bon dieu, il serait temps que vous accordiez à l'accusé le statut d'être humain, tout comme il fut accordé et l'est encor à des tueurs d'industrie, des massacreurs biologiques et des "exterminators" végétaux. Après, vous lui ferez ce que bon vous semble (bien que ce soit totalement inefficient) mais il est fondamental de poser ceci :

si la victime est humaine, le bourreau ne l'est pas moins.


  
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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 11:22

COYOACAN (1938)

      "Le matérialisme dialectique ne sépare pas la fin des moyens. La fin se déduit tout naturellement du devenir historique. Les moyens sont organiquement subordonnés à la fin. La fin immédiate devient le moyen de la fin ultérieure... (...)
     
      Le terrorisme individuel est-il ou non admissible du point de vue de la "morale pure" ? Sous cette forme abstraite, la question est pour nous tout à fait vaine. Les bourgeois conservateurs suisses décernent encore des éloges officiels au terroriste Guillaume Tell. Nos sympathies vont sans réserve aux terroristes irlandais, russes, polonais, hindous, combattant un joug politique et national.
(...)
    
      Tel moyen peut-il nous mener au but ? Pour le terrorisme individuel, la théorie et l'expérience attestent le contraire. Nous disons au terroriste : il n'est pas possible de remplacer les masses ; ton héroïsme ne trouverait à s'appliquer utilement qu'au sein d'un mouvement de masses. Dans les conditions d'une guerre civile, l'assassinat de certains oppresseurs cesse d'être du terrorisme individuel. Si un révolutionnaire faisait sauter le général Franco et son état-major, on doute que cet acte puisse susciter l'indignation morale, même chez les eunuques de la démocratie. En temps de guerre civile, un acte de ce genre serait politiquement utile. Ainsi dans la question la plus grave - celle de l'homicide - les règles morales absolues sont tout à fait inopérantes. Le jugement moral est conditionné, avec le jugement politique, par les nécessités intérieures de la lutte
".





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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 18:37

       

COYOACAN, FEVRIER 1938

     

      "Le moyen ne peut être justifié que par la fin. Mais la fin a aussi besoin de justification. Du point de vue du marxisme, qui exprime les intérêts historiques du prolétariat, la fin est justifiée si elle mène à l'accroissement du pouvoir de l'homme sur la nature et à l'abolition du pouvoir de l'homme sur l'homme.

       Serait-ce que pour atteindre cette fin tout est permis ? nous demandera sarcastiquement le philistin, révélant qu'il n'a rien compris. Est permis, répondrons-nous, tout ce qui mène réellement à la libération des hommes. Cette fin ne pouvant être atteinte que par les voies révolutionnaires, la morale émancipatrice du prolétariat a nécessairement un caractère révolutionnaire. De même qu'aux dogmes de la religion, elle s'oppose irréductiblement aux fétiches, quels qu'ils soient, de l'idéalisme, ces gendarmes philosophiques de la classe dominante. Elle déduit les règles de la conduite des lois du développement social, c'est-à-dire avant tout de la lutte des classes, qui est la loi des lois.
    
       Le moraliste insiste encore : serait-ce que dans la lutte des classes contre le capitalisme tous les moyens sont permis ? Le mensonge, le faux, la trahison, l'assassinat "et cætera" ? Nous lui répondons : ne sont admissibles et obligatoires que les moyens qui accroissent la cohésion du prolétariat, lui insufflent dans l'âme une haine inextinguible de l'oppression, lui apprennent à mépriser la morale officielle et ses suiveurs démocrates, le pénètrent de la conscience de sa propre mission historique, augmentent son courage et son abnégation. Il découle de là précisément que tous les moyens ne sont point permis. Quand nous disons que la fin justifie les moyens, il en résulte pour nous que la grande fin révolutionnaire repousse, d'entre ses moyens, les procédés et les méthodes indignes qui dressent une partie de la classe ouvrière contre les autres ; ou qui tentent de faire le bonheur des masses sans leur propre concours ; ou qui diminuent la confiance des masses en elles-mêmes et leur organisation en y substituant l'adoration des "chefs". Par-dessus tout, irréductiblement, la morale révolutionnaire condamne la servilité à l'égard de la bourgeoisie et la hauteur à l'égard des travailleurs, c'est-à-dire un des traits les plus profonds de la mentalité des pédants et des moralistes petits-bourgeois
".


 

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