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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 16:34
VICTOR SERGE

NAISSANCE DE NOTRE FORCE


     (Barcelone, vers 1925)     "Des ouvriers s'en allaient à travers la ville éblouissante vers leurs demeures des quartiers pauvres, le pas assoupli, les épaules redressées par un nouveau sentiment de force. Leurs mains ne se lassaient pas de caresser l'acier noir des armes, - et des effluves de force fière passaient de cet acier dans les bras musclés, les nuques et ces régions du crâne où se concentre, par une chimie mystérieuse, cette ardeur essentielle de vivre que nous appelons la volonté. L'homme qui porte une arme, surtout s'il fut longtemps désarmé et si c'est dans la ville moderne où la possession de l'arme, secrète et dangereuse, revêt une signification toujours proche du tragique, se sent grandi par le double sentiment du danger qu'il porte et du danger qu'il court. L'arme, lui restituant un droit primitif, le met hors la loi écrite. (La loi des autres). Dans la foule affairée des grandes artères, ces ouvriers, dégradés depuis toujours par le contraste de leurs vieux complets avachis ou de leurs salopettes avec les vêtements bourgeois, longeant les restaurants riches où ils n'entraient jamais, les cafés luxueux d'où s'échappaient des bouffées de musique, les vitrines, écrins prodigieux remplis d'objets tellement inaccessibles qu'ils n'excitaient même pas de tentations : cuirs, soies, nickel, or, perles, - croisant les femmes de l'autre race, aux carnations nuancées par l'hygiène et le plaisir comme par une suave lumière intérieure, gainées d'étoffes précieuses, croisant les hommes bien nourris aux visages reposés, aux regards distants de maîtres, sous les larges feutres, ces ouvriers caressaient de la main leurs brownings et passaient déjà comme se faufileraient inaperçus dans quelque troupeau paisible et gras des loups efflanqués méditant l'agression la plus téméraire".

 

Barcelona.jpg
(barricade dans Barcelone)

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Rubrique à brac
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commentaires

Lux Interior 27/06/2007 00:36

... les femmes (toutes races confondues) dont ils croisaient le regard , peu habituées à cette énergie sauvage, fulgurante et un peu ultime, commençaient à hésiter (mais pas trop) entre la certitude de mourir d'ennui, voire de faim, et le risque de mourir de plaisir. Un cri déclencha l'orgie :  'ensemble, tout est possible, et pourvu que ça mousse'

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 27/06/2007 09:45

     Tu anticipes sur la société future, où l'amour sera réellement "libre". Mais pour parvenir à ce monde-là, il faudra que les hommes réalisent d'abord qu'ils ne sont pas tous "frères".