Le Sous-Lieutenant Karpov décrypte pour vous l'actualité de notre monde et le passe à la tronçonneuse, au lance-flammes et à la mitrailleuse lourde.
Faisons le point : aux États-Unis le mot électeur ne s’applique qu’aux "grands électeurs".
Le président est élu par un « Collège électoral » de 538 membres. Chaque État dispose d’autant de grands électeurs qu’il a de sièges de parlementaires (députés et sénateurs) au Congrés.
Chaque État choisit ses propres règles pour désigner ses propres grands électeurs ! Ah, la démocratie...
On croit souvent que les primaires permettent d’éviter les combines d’état-major et de laisser les militants de base des grands partis choisir leur candidat. Que dalle. Les primaires sont également organisées par les États locaux ! Il s'agit de garantir le contrôle du système et de barrer la route aux candidatures "dissidentes". A la fin des fins, il reste à chaque fois le borgne républicain et le pendu démocrate.
Chaque État a ses propres règles pour désigner ses délégués aux Conventions des partis. Il existe 6 méthodes principales :
1) être encarté au parti pour voter ;
2) être "sympathisant" et voter avec les militants ;
3) voter aux primaires des deux partis ;
4) voter mais uniquement à la primaire du parti de son choix ;
5) voter à une primaire commune à un tour ;
6) voter à une primaire à 2 tours.
Toutes les combinaisons de ces variantes sont possibles. Chaque primaire dans chaque État a donc un sens différent. Ah, la démocratie...
Et puis, il y a des États qui n’ont pas de primaires. Ils ont des "caucus", mot introuvable dans le dico. Par exemple, l’Iowa organise des scrutins différents dans chacun de ses 99 comtés, qui élisent à leur tour des délégués locaux, lesquels tiennent des primaires au second degré pour élire les délégués aux Conventions nationales. Du "centralisme démocratique" pur jus. Vous suivez ?
Cette année le parti démocrate a modifié son calendrier pour avancer le début des festivités, histoire de faire durer le plaisir pendant pratiquement un an. Quand on aime, on ne compte pas plus le temps que le pognon.
À la fin, les délégués se retrouvent à la Convention de leur parti. Ils y sont rejoints par les "super-délégués", lesquels, contrairement à ce que leur dénomination laisse croire, ne sont délégués par personne. Ce sont des membres "de droit", c’est-à-dire des notables et des apparatchikis. Les super-délégués représentent la classe dirigeante et détiennent le pouvoir de faire pencher la balance dans un sens ou l’autre, en passant outre le résultat des primaires et des caucus. Ils sont 20 % à la convention démocrate et 25 % à la convention républicaine. Finalement l'esprit de Staline s'est réincarné dans les institutions d'outre-Atlantique. Ah, la démocratie "populaire"...
Nul besoin d'avoir fait sciences-Po pour en déduire que les primaires et les cactus, pardon, les "caucus" par Etat ne servent à rien en ce qui concerne la désignation des candidats. Par contre, le grand show permet de bousiller ce qui reste de discernement aux États-Uniens. Les grands médias tiennent tout le monde en haleine en comptabilisant les délégués, les dons, les signatures de "people" pour l'un ou l'autre. C'est le sprint final, comme à Indianapolis ou sur le circuit de Monaco. Que du spectacle, des foutaises et les commentaires avenants des spécialistes du monde entier.
On maintient artificiellement un « suspense » pour capter l’attention des foules et marteler le plus grand nombre de fois possible les messages subliminaux. Le show est planifié d'avance. Dans 17 États, des machines à voter ont été installées sans aucune possibilité de vérification des résultats électroniques. Autant ne pas voter du tout et laisser les organisateurs se débrouiller tout seuls pour décider du résultat.
Obama a déjà annoncé maintes fois sa vraie "couleur" : il propose de bombarder le Pakistan. Quelques jours auparavant, la mère Hillary a menacé l’Iran de la vitrification nucléaire. Qui dit mieux ? Pas même le vieux Mac Cain.
Après des mois de campagne, les trois candidats sont arrivés à un accord parfait sur les grands thèmes de la politique impériale :
comme les 2 autres gugusses, Obama considère la défense d’Israël comme primordiale, il vient juste de réaffirmer l'indivisibilité de Jérusalem, ce qui n'a eu l'heur de plaire aux Palestiniens ; il n’escompte pas sortir l'armée de l'Irak dans l'immédiat et considère l’Iran comme une contrée satanique. Rien de nouveau sous le soleil. Allez, passez, "anti-racistes" et discriminateurs positifs, allez jouer ailleurs.
Le métis se prétend porteur d’un projet "alternatif" qui consiste seulement à sauver l’Empire en privilégiant l’espionnage, moins coûteux et aléatoire que l'intervention guerrière ouverte.
Il dit vouloir changer la société états-unienne. Dans le même temps, il a choisi comme conseiller Zbignew Brzezinski, "penseur" envasé dans des opérations secrètes, coup d’États, sabotages en tous genres et autres actions terroristes. Avec ce "cardinal"-là, les changements à prévoir ne seront pas là où les attendent ceux qui poussent des "oh !" et des "ah" sur la couleur de peau du candidat fringant .
Le Sous-Lieutenant Karpov annonce d'ores et déjà que, en cas de victoire d'Obama, rien ne changera aux Etats-Unis, rien ne changera en Palestine ni en Irak. Et il existe même une possibilité d'aggravation de la situation en Afghanistan, au Pakistan et bien sûr en Iran. Les "citoyens" votent, l'impérialisme suit son cours.