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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 11:32

DE HEGEL A MARX

 

I. HEGEL

                                 

       Vie, mort et ressuscitation du Commandeur     

                     


     
     Friedrich Engels constata un jour que les philosophes du "siècle des Lumières", (Voltaire, Rousseau, Diderot et d'autres) qui annonçaient (sans qu'ils l'aient jamais réalisée) une Révolution anti-monarchique, eurent maille à partir avec l'Etat, l'Eglise, les institutions. Il leur fallut parfois faire imprimer leurs travaux à l'étranger, s'exiler. Ils eurent occasionnellement à choisir entre le silence et la Bastille.
     A l'inverse, un siècle plus tard en Allemagne, les "nouveaux" philosophes (Hegel, Heine) ont pignon sur Université, certains sont rétribués par l'Etat ; leurs ouvrages sont reconnus et enseignés à la jeunesse estudiantine germanique.
     Et le plus reconnu d'entre les reconnus, c'est Georg Wilhelm Friedrich Hegel, dont le système philosophique est "élevé en quelque sorte au rang de philosophie d'Etat de la monarchie prussienne !" (re-Engels). On est loin du "contrat social" de Jean-Jacques.

     La base de sa philosophie de l'histoire, Georg Hegel la pose ainsi :

     "Ce qui est rationnel est réel ; et ce qui est réel est rationnel".

     Autrement dit, tout ce qui existe a la nécessité d'exister et ne saurait être contesté. "La réalité dans son déploiement s'avère être la nécessité" indique le Commandeur de la philosophie allemande.
     (Par exemple, dans la réalité "rationnelle" d'aujourd'hui, ça donne : l'élection de Sarkozy à la présidence de la Raie publique est une nécessité puisqu'elle s'est produite. Avec Segolène Royal, ça passe mieux : la défaite de Madame Hollande était nécessaire puisqu'elle était la machine-à-perdre du PS.)
    

     Est-ce que pour autant, Hegel tamponnait du sceau "rationnel" toutes les décisions, toutes les mesures gouvernementales ? C'est plus subtil que ça : si l'Etat germanique peut apparaître comme contestable aux yeux des "administrés", s'il s'avère effectivement que cet Etat est nullissime, c'est qu'il reflète la "nullissimitude" de ces mêmes administrés mécontents dont il est le reflet. Selon Hegel, "les Prussiens d'alors avaient le gouvernement qu'ils méritaient" (Engels).

     Cependant, la réalité hégélienne n'est pas forcément "rationnelle" en tous temps historiques. Elle "meut" (comme dirait la Tarine de Savoie). Hegel, fan absolu de la Révolution Française, considère que celle-ci a vaincu parce que, face à une monarchie devenue "irrationnelle", elle a fait preuve sans le savoir de rationnalité hégélienne. Au cours du développement historique hégélien, "rationnalité" et "irrationnalité" se distribuent de part et d'autres, changeant de camp et modifiant la donne historique.
    

     Ici, autant laisser la parole au très pédagogique Engels :

    

     "Et ainsi la thèse de Hégel se tourne, par le jeu de la dialectique hégélienne elle-même, en son contraire: tout ce qui est réel dans le domaine de l'histoire humaine devient, avec le temps, irrationnel, est donc déjà par destination irrationnel, entaché d'avance d'irrationnalité. Et tout ce qui est rationnel dans la tête des hommes est destiné à devenir réel, aussi en contradiction que cela puisse paraître avec la réalité apparemment existante".

    

     Pourtant, l'"hégélianisme" a au moins un mérite : il remet en cause "l'absolutisme" qui frappait auparavant la pensée humaine (en particulier religieuse). A partir de Hegel (cela avait sans doute un peu commencé déjà avec Emmanuel Kant un siècle auparavant), le dogme est brisé. La pensée philosophique relève désormais d'un processus, celui de la connaissance, connaissance elle-même en mouvement parce que liée aux autres savoirs et à "l'activité pratique" (Engels dixit, merci fidèle Friedrich).

     C'est la raison pour laquelle Marx et Engels furent, dans leur jeunesse politique, "hégéliens de gauche". Ils avaient intégré le côté révolutionnaire de la philosophie du Commandeur : il n'a pas existé, n'existe ni n'existera jamais de "société parfaite". Chaque situation historique représente une étape nécessaire, reliée à l'étape suivante par un mouvement de l'histoire. Ce qui a été révolutionnaire devient contre-révolutionnaire. La philosophie hégélienne, malgré sa face temporelle "conservatrice", recèle la dissolution des vérités absolues.
     Cependant, cet aspect dont vont se saisir les siamois idéologiques Marx / Engels, ne se trouve pas formulé chez le Commandeur. Comme tout individu, si "exceptionnel" qu'il soit, Georg Hegel avait ses limites humaines. La parole, en l'occurrence, est encor à Engels :

    

     "...le côté révolutionnaire de la doctrine de Hegel est étouffé sous le foisonnement de son aspect conservateur".

     
     Hegel lui-même est un exemple illustrant sa philosophie. Logique. Il décida que "l'Idée absolue" se réalisait dans la monarchie de Frédéric-Guillaume III de Prusse, ni plus ni moins.

     Touchez du doigt, allez, touchez du doigt tout ce que ces quelques modestes considérations ont de vivant et d'actuel : nos "philosophes" d'aujourd'hui, les Finkelkraut, Debray, BHL, Onfray, Glucksmann (pour les plus médiatisés) ont toujours ce besoin incongru de surmonter les contradictions du monde (qui sont aussi les leurs). Mais, alors qu'ils croient pouvoir y parvenir, les perroquets savants et prétentieux, ils finissent par la lâcher, la soi-disant "vérité absolue" dont ils pensent être les 1ers découvreurs, polichinelles de salon médiatique, leur dérisoire vérité c'est : la fin de l'histoire. "...nouvelle contradiction impossible à résoudre" leur lâche Engels.
    

     Allez Friedrich, parle-leur un peu à ces "penseurs" assermentés :

    

     "Dès que nous avons compris - et personne, en définitive, ne nous a mieux aidés à le comprendre que Hegel lui-même - que, ainsi posée, la tâche de la philosophie ne signifie pas autre chose que de DEMANDER A UN PHILOSOPHE PARTICULIER DE REALISER CE QUE SEULE PEUT FAIRE L'HUMANITE ENTIERE DANS SON DEVELOPPEMENT PROGRESSIF - dès que nous comprenons cela, c'en est fini également de toute la philosophie, au sens donné jusqu'ici à ce mot".

    

     Karpov va vous le formuler autrement : Messieurs les philo-sophistes du début du IIIème millénaire, vous êtes des zombies.

 

     

                                      
                                                                               (Friedriech ENGELS)

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 18:15

ALLEGORIE

      "Le Radeau du PS" (2007) de Théodore Jerrycan

 

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 12:57

LE SOUS-LIEUTENANT P.M. KARPOV PRESENTE SES CHALEUREUSES FELICITATIONS A NOTRE NOUVEAU 1ER MINISTRE ET A SON EPOUSE LEGITIME :

                                                         

 

 

                                                                                                                                                                                              

                                                                                (la Galloise du Nord, une variété délicate)

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 08:05

A LA UNE DE L'"HUMA"

 

 

L'Huma est devenu "journal communiste". Le 16 mars 1922, elle titre :

    

"PLUTÔT L'INSURRECTION QUE LA GUERRE".


On y parle d'anti-militarisme, de "haine à la guerre", d'anti-patriotisme... un certain Renaud (peut-être le grand-père du chanteur mort) interpelle la Chambre des députés : "Votre patrie c'est le dividende !".

Le 12 août 1923, le PCF mène campagne contre l'occupation de la Ruhr par l'armée française. L'Huma prône la fraternisation entre ouvriers, soldats français et ouvriers allemands qui sont en grève :

 

 "LE PROLETARIAT FRANCAIS AUX CÔTES DU PROLETARIAT ALLEMAND"


Le 8 janvier 1924, un article titre :


"L'ABSURDITE DU REFORMISME"


Un autre :


"L'ABOMINABLE VENALITE DE LA PRESSE : COMMENT ON PREPARE UNE GUERRE !"

 


Le 12 novembre 1935, changement brusque de ton à l'occasion de la commémoration de l'armistice de la 1ère boucherie industrielle mondiale :


"L'INCONNU [le soldat] A RETROUVE SES CAMARADES !"

"Fraternellement unis, anciens combattants, aviateurs illustres, officiers et sous-officiers de réserve, prêtres même, défilent à l'Etoile, 60 hommes de front, sous les ovations d'une foule innombrable".

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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 16:22

DEVINETTE HEDONISTE

 

 

 

 

Mgr Onfray est sur un bateau. Mgr Onfray tombe à l'eau. Il reste qui ?

 

                                          ("L'Hédoniste", le bateau à Mgr Onfray)

 

Réponse : Sénèque, Nietzsche, Proudhon et Ségolène Royal (c'était fastoche).


 

                              

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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 15:40


              LES GRANDES PAGES DE "L'HUMANITE"

                                     (A l'époque, c'est le "journal socialiste quotidien")

    

     En 1912, Jaurès - l'idole de notre nouveau Président de la Raie Publique - est le directeur politique du journal, qu'il a fondé en 1904. Le 25 novembre, "L'Humanité" titre :

        

     "L'INTERNATIONALE EST UNANIME"

    

     Il est question d'internationalisme et de lutte contre la guerre qui menace.

    

       2 ans plus tard, exactement le 8 août 1914 :

                                  

     "LES FRANCAIS A MULHOUSE"

    

     Il est question de guerre patriotique et de soldats sous les drapeaux :

    

      "DEPUIS HIER LES FRANCAIS SONT A MULHOUSE. Cette nouvelle aura un immense retentissement dans les coeurs de tous les soldats, dans les coeurs de tous les Français. (...) Et maintenant, si la victoire sourit à nos armes, une fois de plus nous supplions nos chefs militaires, ..." etc. jusqu'à écoeurement.

 


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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 15:05

commentaires de (Vieux) Thierry

Message commenté :  Commémoration du 8 mai 1945 par Karpov

à Charles-Edouard

A Charles-Edouard, donc, qui n'est plus là mais qui est quand même là sans être là, ce n'est pas une transsubstantiation que l'on se rassure, mais une simple évanescence.

Flou que l'on retrouve dans votre argumentation, Charles-Edouard. A ceux, nombreux, qui pensent que l'attitude du PCF de 1938 à 1940 mérite au mieux le manteau de Noé et si l'on est moins charitable une critique sévère, vous assénez trente pages de l'inénarrable Annie Lacroix-Riz. C'est parce que je suis un garçon fondamentalement bien élevé que je la qualifie ainsi, d'autres plus expéditifs mais en somme plus exacts useraient du terme clownesque.

Mandarin à Paris VII, symptomatiquement membre du fantômatique Pôle de renaissance communiste en France, propagandiste plus qu'historienne, Annie Lacroix-Riz est de ces personnes à qui on peut libéralement appliquer le terme stalinien puisqu'elle s'est livré tout au long de sa carrière à une apologie effrénée du bandit géorgien et à une remise en perspective proprement outrageante de ses hauts faits.

Je ne pourrai bien sûr pas relever toutes les inexactitudes qui émaillent ces trente pages de fichaises, d'autant qu'un certain nombre d'entre elles m'échappent sans doute, mais notons par exemple qu'imputer l'assassinat de Barthou aux nazis relève de ce genre de fantaisies complotistes qui attribuent aux martiens l'assassinat du président Kennedy.

Soucieuse tel un artiste de music-hall de souligner l'effet pour ajouter au comique par exagération, Annie Lacroix-Riz poursuit incontinent qu'ils agirent ainsi pour le remplacer par Laval, plus acquis à leur cause. Précisons pour ceux qui ont un peu perdu de vue ces péripéties lointaines que l'épisode se déroule non sous Vichy mais en 1934, ce que la petite Annie semble oublier: si les nazis avaient eu alors les moyens de choisir un ministre français, on peut penser qu'ils n'auraient pas jeté leur dévolu sur un homme qui souhaitait ouvertement un rapprochement avec l'Italie mussolinienne pour contrer un péril nazi qu'il dénonçait tout aussi ouvertement. Quant à Barthou, rappelons qu'il fut une victime collatérale comme on dit aujourd'hui de l'assassinat du Roi serbe de Yougoslavie Alexandre Ier par un exalté croate.

Plus largement et pour en éviter la lecture à ceux qui sont pressés, résumons le papier d'Annie Lacroix-Riz: en fait, les élites de la troisième république et les polices nazies étaient peuplées
d'anti-communistes. Etonnant, non ?
Bien à vous.
  (Vieux) Thierry 10/05/07 - 14:57

 

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 22:23
  "LA MOUCHE"

 

(de Jean Paul Tartre)

                              

Tragédie en un acte d'une scène
                                         
Acte I

                                         

  Scène I

    

       MOUCHERONFR : - Hé bonnes femmes ! Pourriez-vous nous dire...

     (les bonnes femmes lui crachent dessus)

    PROUDHONFR : - Ecoutez les bonnes femmes, nous tout c'qu'on veut, c'est un renseignement.                                                                                                      
      (les bonnes femmes s'enfuient en laissant tomber une urne électorale à grand fracas)

                  

                         (Moucheronfr)                                                                  (Proudhonfr)

    

    PROUDHONFR : - Ces bonnes femmes ! On dirait qu'elles croient qu'on veut les entreprendre ! Ah MOUCHERONFR, quelle riche idée j'ai eue de t'accompagner !
       MOUCHERONFR : - Merci pour la solidarité ! Il se trouve que moi MOUCHERONFR j'suis d'ici.

      PROUDHONFR : - Ouais, bê y'a pas de quoi le crier dans l'urne.

      MOUCHERONFR : - J'suis d'ici mais c'est la 1ère fois que j'vote dans le quartier et il me faut trouver le chemin. Frappe à cette porte !

     PROUDHONFR : - C'est comme tu veux, MOUCHERONFR.

     (il frappe, la porte s'entrouve)

      UNE VOIX : - Ouais c'est quoi, le calendrier des postes ? J'ai pas d'fric pour les fainéants !

     PROUDHONFR : - Un simple renseignement. Savez-vous où se trouve le bur...

     (la porte se referme brusquement)

     PROUDHONFR : - Ah le fils de... Ca te convient, MOUCHERONFR ? Tu veux qu'on se cogne toutes les portes de tous les pékins de cette rue ?

     MOUCHERONFR : - Non, laisse.

     PROUDHONFR : - Tiens ! Mais y'a quelqu'un ici. Il a d'ailleurs l'air d'être complètement idiot. Hé toi !

     L'IDIOT : - Heu !    

(l'idiot)

    
     PROUDHONFR : - C'est vrai qu'à ta naissance, ta mère t'a mis en consigne à la gare ?

     L'IDIOT : - Heu !

     PROUDHONFR : - Mais qu'est-ce qu'on fout ici ? Bon, toi, tu vas nous dire comment aller au bureau de vote le plus proche.

     L'IDIOT : - Heu !

     PROUDHONFR : - Un bureau de vote, bordel de merde ! T'as pourtant une allure à savoir au moins ça ?

     L'IDIOT : - Heu ! Heu !

     (Le fantôme de SCENIQUE, philosophe à mi-temps, passe derrière eux)

     (PROUDHONFR se retourne et l'aperçoit)

     PROUDHONFR : - Ah juste ciel ! C'est quoi ça ?

     MOUCHERONFR : - Qui ça ?

     PROUDHONFR : - Fais pas ton Johnny ! Ce fantôme barbu, là !

     MOUCHERONFR : - Tu rêves.

     PROUDHONFR : - Je viens de le voir passer dans notre dos.

     MOUCHERONFR : - Tu te seras trompé.

     PROUDHONFR : - Que non. De ma vie je n'avais vu un fantôme de barbu pareil. Tiens, le voilà qui repasse en nous faisant le "V" de la victoire. Y veut quoi c't'ectoplasme ?

     MOUCHERONFR : - Ca doit être que tu plais aux fantômes de barbu.

     PROUDHONFR : - C'est ça, fous-toi de moi. On n'est pas suffisamment dans la panade, on peut mieux faire.

     (Soudain, une énorme mouche noire tourne autour de PROUDHONFR)

     PROUDHONFR : Ah ! Salop'rie ! Je plais pas qu'aux barbus, aux mouches à merde aussi!

     (il chasse la mouche de la main)

     PROUDHONFR : - Regarde-là donc qui me regarde, MOUCHERONFR.

     (il chasse la mouche mais elle revient)

     PROUDHONFR : - D'où qu'elle sort, cette bestiole-là ? Elle fait autant de bruit qu'un hélicoptère et est plus grosse qu'un oeuf.

     (le fantôme de SCENIQUE s'approche)

     SCENIQUE : - C'est une Onfraya Muscae. Il y a 26 ans, à l'occasion d'une élection pestilentielle, cette espèce particulière a déferlé sur la ville. Depuis, elle prospère. A la prochaine élection, elle risque de muter et de donner des spécimens de la taille d'un crapaud.    

        

                      (Scénique)                                                                      (Onfrayia Muscae)

    

     (PROUDHONFR et MOUCHERONFR se tournent vers le fantôme)

     PROUDHONFR : - Nous n'avons pas gardé les urnes ensemble, que je sache.

     SCENIQUE : - Mon nom c'est "Silvio" et je viens de Rome.

     MOUCHERONFR : - Je crois vous avoir vu il y 26 ans, lors de la première élection pestilentielle de Sa Majesté des Mouches.

     SCENIQUE : - Je vous ai vu aussi.

     (d'horribles cris retentissent derrière le pâté de maison)

     PROUDHONFR : - Hé MOUCHERONFR ! Pourquoi hurlent-ils "a voté ! a voté !" ? Ca sent pas bon ici. On calte ?

     MOUCHERONFR : - Ecrase.

     SCENIQUE : - Vous n'avez rien à craindre. C'est aujourd'hui jour de vote. Ces cris marquent le commencement de la cérémonie.

     MOUCHERONFR : - Z'avez l'air au parfum de cet' affaire-là.

     SCENIQUE : - Je viens souvent ici depuis la 1ère élection de Sa Majesté des Mouches. A l'époque, ce n'était qu'un patelin de rien du tout. Mais Sa Majesté des Mouches en a fait une cité prospère. Vous semblez fatigué ?
     MOUCHERONFR : - C'est à cause qu'il y a d'la rumba dans l'air. Mais vous m'intéressez.
     SCENIQUE : - Sa Majesté des Mouches, autrement appelé "Mytherrant", était bonhomme, mais il eut un grand tort, voyez-vous. Il n'avait pas voulu que soit connu son passé. C'est dommage. Une confession publique, cela distrait en province, et cela blase un peu les gens concernant la vie démocratique. Les gens d'ici n'ont rien dit, rien réclamé. Ils n'ont rien dit quand ils ont vu leur nouveau souverain Mytherrant paraître aux portes de la ville. Et quand ils ont vu pointer ses 2 filles adultérines, Mazette-la-roupette et Ségole-la-cagolle, ils ont fait des "oh !" d'admiration.

                                                         (Mytherrant)

    

     MOUCHERONFR : - Vous, vous avez fait mieux peut-être ?

     SCENIQUE : - Cela vous fache, jeune homme ? Tant mieux ; cela prouve qu'il vous reste un fond de cuve de bonhommie. Eh bien non, je n'ai pas fait mieux. Je ne suis pas d'ici et ce n'étaient pas mes échalottes, pardon, mes oignons. Quant aux autochtones, quant ils ont entendu leur souverain Mytherrant coasser à cause d'une maladie honteuse contractée pendant la guerre, ils n'ont rien dit encore, ils ont baissé le rideau de fer et sont allés fumer de l'herbe-à-chat, leurs yeux révulsés de béatitude, et la ville tout entière était comme une femme en rut de chez rut.
     MOUCHERONFR : - Le Mytherrant, il aura connu 14 ans de bonheur. Je croyais les philosophes plus capables d'aider la racaille à comprendre.
     SCENIQUE : - Hé là ! On se calme. N'incriminez pas les philosophes si vite. Faut-il donc mâcher le travail en permanence ?

     MOUCHERONFR : - Servez à quoi alors vous autres ?

     SCENIQUE : - A rien et je vous dirai qu'on en est très fier !

     MOUCHERONFR : - Je sais pas comment vous faîtes.

     SCENIQUE : - Oh ! C'est très facile. Vous voyez la jeune fille là-bas, qui trottine sur ses petites pattes roses chaussées d'escarpins, en ne quittant pas des yeux son reflet dans les vitrines ; c'est un beau spécimen de cette faune rose et plate qui grouille dans le coin. Je vous la ramène.
     (SCENIQUE bondit sur la jeune fille et la ramène par le sac à main marqué "my heart belongs to daddy")
     SCENIQUE : - Voilà ma petite chérie. Regardez-moi le lot ! Youh ! Dis-moi, coquinette, il faut que tu soies complètement décérébrée pour afficher pareille apparence de la tête aux pieds. Allons, cause et je le lâcherai peut-être, ton sac à main joli.

     LA FILLE : - Je m'appelle Mazalène.  

 

                                                         (Mazalène)

     

     SCENIQUE : - Mazalène ! Ah ! Je comprends. Tu es une production du testicule droit d'un certain Monarque absolu...

     LA FILLE : - Tais-toi ! Pour l'amour de Dieu, tais-toi !

     SCENIQUE : - Où t'en allais-tu à l'instant ?

     LA FILLE : - Je m'en allais au bureau de vote.

     SCENIQUE : - Ca, cela va intéresser mes 2 lascars que tu vois ici. Et qu'allais-tu faire au bureau de vote, te prostituer comme d'habitude ?

     LA FILLE : - Tais-toi !

     SCENIQUE : - c'est bon, va-t'en, petite mijorée et tâche de ne pas avoir d'enfants. C'est leur seule chance de ne pas devenir des blaireaux, ces enfants que tu n'auras pas.

     MOUCHERONFR : - Z'êtes gonflé tout d'même !

     SCENIQUE : - Qui se soucie de moi ? Nous parlions des philosophes. Eh bien, croyez-vous donc que j'en sois un ?

     MOUCHERONFR : - Ah ! Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

     PROUDHONFR : - Fais comme l'oiseau.

     SCENIQUE : - Et ce bureau de vote, cela ne vous intéresse plus de le trouver ? N'avez qu'à filer l'arrière-train à la petite. Elle n'a pas encor tourné au coin de la rue.

     MOUCHERONFR : Ah ! Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

     PROUDHONFR : - Ca vit d'air pur et d'eau fraîche, un oiseau.

     SCENIQUE : - Ne vous inquiétez pas ainsi, jeune homme. La plupart du temps je parle pour moi seul.
     MOUCHERONFR : - Vraiment ? Des murs pourris, une mouche bizarre, une odeur de boucherie, une chaleur de cloporte, des rues désertes, un fantôme barbu, un idiot sorti de nulle part, des blaireaux invisibles qui gueulent "a voté !" - et cette fille, cette fille qui prend peur et s'enfuit sans raison : est-ce là tout ce qui mouille ta couche ? 
     SCENIQUE : - Ah ! Ne jugez point les barbus, jeune homme, ils ont des secrets douloureux.

     (un silence)

     MOUCHERONFR : - Le Mytherrant avait 2 filles adultérines, je crois ? La 2ème du nom de..., de... j'ai oublié.

     SCENIQUE : - Oui. Elle vit ici. Et postule à l'élection de "Miss Présidente seins nus".

    

                                          (Ségole-la-Cagolle, soeur de Mazalène)

    

     MOUCHERONFR : - Ah ! Elle aussi ça l'a pris ? Et que pense sa soeur de tout ce bin's?

     SCENIQUE : - Bah ! c'est une enfant. Il y avait un fils aussi, un certain "Léon roi de Bayonne". On le dit enfui ou mort ou réfugié chez sa mère.

     MOUCHERONFR : - Chez sa mère ! Parbleu...

     PROUDHONFR : - Mais oui, mon pote, tu sais bien que ce genre de fils retourne toujours là d'où il vient : entre les jambes de Maman. Il se raconte que son père le tenait en très basse estime et avait donné l'ordre de le lobotomiser en douce.   

                                                              (Léon le roi de Bayonne)

    

   SCENIQUE : - Certains ont prétendu qu'au vu du Q.I. à Léon-roi-de-Bayonne, l'opération s'est avérée parfaitement inutile. Les chirurgiens, pris de pitié, l'auraient abandonné dans un parking souterrain. Il aurait été recueilli et élevé par de riches bourgeois, ce qui ne le changea guère de sa pré-puberté. Pour moi, je souhaite qu'il soit mort.

     MOUCHERONFR : - Pourquoi s'te plaît ?

      SCENIQUE : - Imaginez qu'il se présente un jour lui aussi à "Miss Présidente seins nus"...

     MOUCHERONFR : - Eh bien ?

     SCENIQUE : - Bah ! Tenez, si je le rencontrais alors, je lui dirais... je lui dirais ceci : "Léon, toi le roi de Bayonne, le roi des..." A propos, M'sieu, me direz-vous votre nom ?
     MOUCHERONFR : - Je m'appelle Rico, Rico, mon nom c'est Rico et je suis le roi de la vraie frite. Je voyage pour m'instructionner, avec un gugusse qui fut mon Parrain.
     SCENIQUE : - Parfait. Je dirais donc : "Léon, toi le roi de Bayonne, t'aurais dû y rester. On devrait jamais quitter Montaub... Bayonne. Que cherches-tu ici ? Tu veux faire valoir tes droits d'aînesse ? Eh ! Tu tiens ta queue de cheval avec un catogan, tu ferais un petit souteneur tout-à-fait présentable. Mais ta place n'est pas ici, loin de Bayonne et de ses habitants si bons, "les gens bons de Bayonne". Les gens d'ici n'ont pas cette bonhommie. Eloigne-toi, Léon, laisse tomber, enfuis-toi à toute berzingue, tu ne fais pas le poids (surtout contre tes soeurs). Bon voyage de retour, Léon, bon voyage de retour : la famille c'est comme la nitro, si tu y touches, tu provoques une catastrophe".

     (il regarde MOUCHERONFR dans les oeils)

     SCENIQUE : - Une terrible catastrophe.

     MOUCHERONFR : - Oh ? Tu lui dirais ça ? Eh bien si j'étais, moi, Léon-roi-de-Bayonne, je te répondrais...
     (ils se mesurent des oeils ; PROUDHONFR tousse)

     MOUCHERONFR : - Et je te répondrais... euh, je te répondrais : "Oh ! Pomponnette..." Bof ! Je sais plus ce que je te répondrais. P'têt bien que c'est pas mes échalottes.

     SCENIQUE : - A la bonne heure. Je souhaiterais que notre Léon fût aussi raisonnable. Allons, que la paix soit avec vous. Bon, il va falloir que j'y aille, j'ai un sanglier au bain-Marie.

     MOUCHERONFR : - Ciao ! On s'appelle hein ?

   SCENIQUE : - A propos, si cette "Onfraya Muscae" t'ennuie, voici le moyen de t'en débarrasser ; regarde-là qui vrombit autour de toi : je fais un mouvement du poignet, un geste du bras, et je dis : "Abraxas, nietzchgalla, nietzschgalla, tsé, tsé". Et mate : la voilà qui dégringole, qui se met à ramper comme une chenille puis à danser le rigodon.

     (la mouche dégringole, se met à ramper et danse le rigodon)

     MOUCHERONFR : - Que le cul me pèle !

     SCENIQUE : - Ce n'est rien. Un petit talent de société. Je suis charmeur de mouche célibataire, à mes heures. Bonjour chez vous et à la revoyure.
     (il sort ; la mouche fonce derrière lui, en faisant un bruit de mobylette trafiquée)         

                                                     RIDEAU !

                                

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 12:12
LE PETIT ARNO EST DEMANDE PAR SA MAMAN 
(qui commence à en avoir marre de ses conneries)

 


    

     Le petit Arno n'a pas, à proprement parler une tête de baroudeur, ni de mercenaire, ni de commando-marine, encor moins de légionnaire. Observez la figure du petit Arno : même sali artificiellement (pour la photo), elle est glabre, juvénile, pour ne pas dire "innocente".
     Et pourtant, le petit Arno est un va-t-en guerre. Il est pour toutes les guerres actuelles, il ne sait plus où donner du soutien là où ça crame au lance-flammes, ça pilonne au mortier, ça bombe et ça bombarde, ça éradique (de préférence des populations plutôt musulmanes). 
     Le petit Arno est un vindicatif, à Noël il a demandé à sa maman la panoplie de soldat (plutôt israélien).
     Quand il a eu sa panoplie, le petit Arno s'est aussitôt engagé dans l'armée israélienne pour l'étrenner. On l'a vu devant le mur qu'Israël érige entre le territoire militairement conquis et la Palestine. Ce ne fut pas "Rambo IV", non... ce fut "Le petit Arno chez les bidasses".
     Comme la maîtresse d'école lui avait appris à lire et à écrire, le petit Arno en a profité pour écrire ce qu'il avait sur le coeur : "il est de l'intérêt vital des démocraties d'imposer la démocratisation au monde arabe par la force, comme les Alliés ont réussi à le faire en Allemagne et au Japon".
     Alors, petite leçon d'histoire donc. Effectivement les Alliés ont imposé la "démocratisation par la force" de l'Allemagne : les bombardements ont proprement vitrifié Dresde et Hambourg, faisant des centaines de milliers de victimes...civiles. Au Japon, 2 bombes atomiques alliés ont passé au méga-micro-ondes-radio-actives 2 villes, faisant des centaines de milliers de victimes...civiles. Au fait, après l'explosion atomique d'Hiroshima, le Japon avait demandé l'Armistice mais les Etats-Uniens n'allaient tout de même pas déprogrammer la 2ème bombe pour si peu.

    


     Le petit Arno est pour la guerre MAIS c'est un démocrate. Il veut qu'au bout du massacre, il  y ait la démocratie. Aaah la dé-mo-cra-tie... comme aux "States", quoi.
     Parfois le petit Arno est maladroit, ou s'exprime mal. Par exemple, il dit, pour fustiger les horribles dictatures Arabes : "...les dictatures agressives et expansionnistes ... règlent leurs conflits externes comme elles règlent leurs conflits internes : par la violence".
     Il ne se rend pas compte que dans ce cas, il pourrait tout aussi bien s'agir des "States".
     Et comme il les aime bien, les "States", le petit Arno, il joue au G'ie comme autrefois au cow-boy, sous l'oeil de moins en moins attendri de sa maman.

     Mais il y a tout de même "un testicule dans le consommé", pour parler poliment.

     Passque quand il y a eu la guerre entre Israël et le Liban (la dernière en date), le petit Arno n'y fut pas. Où était-il donc passé ? Eh bien, tout les jours que dura cette guerre - qui aurait bien plu au petit Arno: des quartiers entiers rasés, des bombes chimiques, des interrogatoires façon démocratie états-unienne, qu'est-ce qu'il se serait éclaté ! - on l'a vu dans le bureau non pas de Jacques Mellick mais de son copaingue le petit Nicolas, qui lui aussi aime la guerre, les "States" et la démocratie.

     Cela pose 2 questions essentielles :

     1) Le petit Arno est-il français ou israélien ? Peut-il produire des documents pour prouver l'un ou l'autre ?
     2) Quelle est la sanction que l'armée israélienne inflige habituellement contre un déserteur en temps de guerre ?


     Ces questions anodines, le Sous-Lieutenant Karpov les pose directement à la maman du petit Arno, qu'il tient en estime en raison de ce qu'elle a fait - elle et son compagnon - avant de faire le petit Arno.
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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 09:05

Au théâtre de Lenche à Marseille (cong !), le Sous-Lieutenant a vu :

pièce tirée du livre éponyme de Howard Zinn (éditions Agone).

     Le "pitch" : Karl Marx revient avant le Messie, en ce début de 3ème millénaire. Il "atterrit" dans la capitale de l'impérialisme mondial, qui n'est plus Londres, mais New York.

     Le "Vieux" constate avec une humble satisfaction et un étonnement certain que, non seulement ses prévisions sur le cours du capitalisme se sont effectivement réalisées, mais qu'elles sont allées bien au delà de qu'il aurait pu imaginer, malgré la puissance de son cerveau  : centralisation de la production, prépondérance du secteur financier, impossibilité pour la classe dirigeante de résorber le chômage et la misère, mondialisation, déshumanisation de l'humanité...

     Pendant une heure et demi, Marx évoque sa vie à Londres (dans un Soho apocalyptique), sa vie tulmultueuse avec sa compagne et ses filles, ses disputes homériques avec Bakounine (dont il trace un portrait rabelaisien formidable) et ironise sur ce que sont devenus les pays "communistes" et le marxisme (ça, ça l'amuse beaucoup ; en son temps, il avait déjà déclaré à un de ses fans : "Pour ma part, je ne suis pas marxiste"). En même temps, tout au long de ses observations sur notre époque, il constate que le capitalisme continue de creuser les inégalités sociales et par là même sa propre tombe (à condition que le fossoyeur, la classe salariée, se réveille tôt ou tard). L'humour qui parsème la pièce et sa clarté d'écriture lui permettent de maintenir un intérêt constant. L'unique acteur tient bon la rampe.

     Voilà, la salle était comble : au moins 150 personnes ! (les issues de secours étaient même occupées, il aurait pas fallu un début d'incendie contre-révolutionnaire). Le "Vieux" a fait un tabac sur Marseille, juste en face de la Bonne Mère. 

 

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