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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 00:00
     Le Sous-Lieutenant vous présente un article qui reprend de manière précise certaines positions axiales de l'anti-sionisme.
     Le mythe du "Juif errant" y est mis à mal, en tant que légende inventée
récemment (fin du XIXème siècle) de toutes pièces, d'un peuple exilé qui serait retourné officiellement à sa terre natale à partir de 1948. Cela vaut notamment pour les Juifs d'Europe centrale, dont l'article ci-dessous lève le voile sur les origines turco-slaves.
     Autre cheval de Troie du sionisme : les Juifs, en tant que "peuple et nation", sont un montage idéologique contemporain. Il n'existe pas de "race pure", il n'est aucun "peuple élu". Sous cet angle, l'idéologie sioniste fait écho aux échaffaudages colonialistes qui ont, au passage, alimenté le fascisme allemand. L'histoire des peuples de la Terre est l'histoire des migrations humaines et des "accouplements" entre différents groupes ethniques.
     Enfin, le Sous-Lieutenant soumet à votre attention aiguisée que l'historien israëlien dont il est question  reprend une  thèse déjà défendue sur ce blog : les descendants - à supposer qu'il y en ait - du peuple mythique de l'Ancien Testament, les Hébreux, ne peuvent être entre autres que les Palestiniens qui, au fil des millénaires, sont passés par diverses conversions religieuses : du christianisme au judaïsme et du judaïsme à l'Islam, par exemple.






"Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe
(17 mai 2008)

     L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.




(image d'Epinal)


[Par Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008]


     Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le VIème siècle.

      D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling - en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

      Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au VIIIème siècle).

     A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (...) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).





     D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

      Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du XIXème siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »



     Shlomo Sand, historien du Xème siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.


En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.


     « Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »


Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.


     « Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »

      « Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

      « Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le XXème siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

 

 

 

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.


     « Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »




Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?


     « Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au IVème siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »


Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?


     « Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »




      Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au VIIIème siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du Xème siècle, le royaume s’est affaibli et au XIIIème siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

      Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du XIXème et du XXème siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du XXème siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

 

 

 

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?


     « Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »


Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?


     « Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

 

 

 

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?


     « Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »


En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.


     « Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

      « Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

 

 

 

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?


     « Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

      « Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

 

 

 

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.


     « Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

 

 

 

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?


     « Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »"


Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXème siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)
.

 


[merci à Yacedjaz, o2soudubalcon.canalblog.com]

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 10:12

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XVI

     Pour les anarchistes, il n'y a pas d'acquis politiques ; il faut donner libre cours à la force universelle de la nature, pour détruire toutes les entraves jetées par ce que l'anarcho-syndicaliste Anselmo Lorenzo nomme "le génie maléfique usurpateur" incarné dans les institutions.

 

    "Nous ne devons pas perdre de vue que s'il subsiste encore parmi nous misère et ignorance, cela est dû aux institutions et aux vieilles idées, non pas aux hommes" (Résolution du Congrès de Cordoue).

     Cette approche critique et morale du pouvoir émane d'un apolitisme qui croit au spontanéisme des masses et au spontanéisme tactique et qui refuse le parlementarisme, l'alliance avec d'autres partis politiques et  la participation aux élections.

      "Que personne ne craigne le fait que les socialistes se présentent à la Municipalité, au Conseil Général et à l'Assemblée, parce ce que nous, nous n'acceptons rien de cet arbre vermoulu appelé Etat, nous désirons uniquement le couper. Abstention signifie Révolution" (Journal "El Obrero", 1870).

      Les anarchistes partagent ici avec les socialistes la critique de l'Etat bourgeois comme expression d'une duperie politique, servant à justifier l'oppression et l'exploitation capitalistes. Mais les tenants du socialisme scientifique n'ont pas cette foi libertaire dans la spontanéité des classes laborieuses, dans la justesse de toute revendication et dans la tactique empirique des masses en action, sans organisation préalable.
     Quant aux anarchistes, ils dénoncent toute tentative de leadership sur le mouvement ouvrier dont la seule justification, selon eux, est de satisfaire l'ambition des théoriciens et des chefs révolutionnaires. C'est dans cette optique qu'Anselmo Lorenzo a perçu la querelle entre les deux courants. En effet il attribue à Marx un sentiment de supériorité intellectuelle et la volonté d'imposer son autorité politique à l'Internationale. Lorenzo retrouve ce sentiment chez les partisans de Marx, qui se considèrent, selon lui, comme plus intelligents et efficaces que les travailleurs. Face à eux se tient Bakounine, impuissant à créer une force comparable à celle que représente l'A.I.T., uniquement confiant dans sa propre énergie. Ceux qui le suivent s'éloignent en général de l'application pratique du concept de liberté et excellent plutôt à imposer leur point de vue aux autres.





    














      Lorenzo insiste sur ce "Mal universel qui va de pair avec le génie maléfique", "el personalismo". Il va jusqu'à élever sa trouvaille "philosophique" au rang de concept absolu. Lui-même adhère à la vision idéaliste de l'homme en tant qu'abstraction universelle, qui s'oppose à la notion du matérialisme historique. En effet, celui-ci voit l'être humain comme un produit de l'ensemble de tous les rapports sociaux et confronté au choc des phénomènes sociaux d'une société donnée.
      Mais pour Lorenzo, la véritable raison du conflit entre anarchisme et marxisme est dans ce personnalisme qu'il a découvert, à savoir :

       "cette passion qui pour les uns est similaire ou concomitante à l'égoïsme et à la vanité, et qui participe du sentiment très naturel poussant l'individu à revendiquer la propriété de son être et la liberté de sa conscience, de sa volonté et de son activité dans lesquelles ces facultés sont indépendantes du milieu ; et qui pour les autres représente le sectarisme servile, l'obéissance aveugle".

      On trouve ainsi couramment dans les discours anarchistes l'analyse des conflits par la passion et le tempérament humains. Elargie à l'espèce humaine, cela va jusqu'à expliquer la diversité des races et des nations comme base des divergences politiques.
     Anselmo Lorenzo n'accepte pas que Marx, déniant aux idées un caractère absolu, considère qu'elles ne sont que "l'expression générale des conditions réelles d'une lutte des classes existantes, d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux" (Le Manifeste du Parti communiste) et le résultat de l'évolution de la société. Du point de vue individuel, le marxisme constate que les idées relèvent de l'égoïsme naturel de chacun et que cet égoïsme pousse l'être humain à lutter pour améliorer ses conditions de vie.
     Le mot "altruisme" est absent du discours marxiste tandis qu'on le retrouve fréquemment dans les écrits et discours anarchistes. Ainsi Anselmo Lorenzo parle de "sentiment altruiste" et d'"égoïsme fratricide".
     D'autre part Marx soutient que "à l'immaturité de la production capitaliste, à l'immaturité de la situation des classes, répondit l'immaturité des théories" (F.Engels, Critique de l'anarchisme). Si l'on s'appuie sur cette analyse, cela éclaire singulièrement les errements de la Fédération anarchiste espagnole. Là où Lorenzo constate des inimitiés au sein de celle-ci, il ne voit pas en filigrane le manque de cohérence théorique de l'anarchisme.







[Tina LOBA]



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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 16:05

 

 

LES MEGERES

(pièce en 1 acte d'1 scène)


Personnages :


 

 

 


 









(la Maire Bertrand, ici en compagnie de Gnafron)



                                                                                                              (la Mère Royale)



Acte I (final)

Scène I (finale)

 

(Une loge de concierge, typiquement parisienne. Devant la loge un panneau : "PARTI SOCIALISTE". A l'intérieur, la Mère Royale et la Maire Bertrand se toisent.)

 

MAIRE BERTRAND : - Eh bien la Mère Royale, l'avez-vous dit ou ne l'avez-vous point dit ?

 

MERE ROYALE (elle crache parterre) : - De quoi qu'tu causes la Maire Bertrand ?

 

MAIRE BERTRAND : - Oh hein tiens donc, jouer les saintes nitouches ! Ca vous va bien, saperlipopette !

 

MERE ROYALE : - Ouais la Maire Bertrand, j'l'ai dit j'l'ai dit. Toi t'as dit : "Je n'ai pas envie du pouvoir", moi j'ai dit qu'c'était exactement le contraire p'tit gars !

 

MAIRE BERTRAND (elle se cabre) : - Mais, la Mère Royale, vous n'avez pas dit que ça !

 

MERE ROYALE (prenant l'air de s'ennuyer mortellement) : - Quoi encore la Maire Bertrand, qu'est-ce qu'y t'arrive, t'as un pet de travers ? Pousse un peu sur les adducteurs, ça va gazer.


MAIRE BERTRAND (offusquée) : - Vous m'avez traité de..."libérale", en public !

 

MERE ROYALE (le teint soudain rosi par la colère) : - Nom de dieu de bordel de merde ! C'est toi, la Maire Bertrand, c'est toi qu'a dit [elle imite grossièrement les manières de la Maire Bertrand] : "je suis libéral". Alors qu'est-ce que tu viens me criser les bourses ?

 

MAIRE BERTRAND (en sanglots) : - Non non non ce n'est pas vrai, je n'ai point dit cela, j'ai dit que le libéralisme n'était pas incompatible avec le socialisme. Ce n'est tout de même point pareil et vous le savez parfaitement, la Maire Royale !

 

MERE ROYALE : - Je le sais, O.K. la Maire Bertrand. Mais toi, ce qu't'aurais dû savoir, c'est que quand t'as baissé la culotte, j'étais juste derrièr' toi !

 

MAIRE BERTRAND (elle essaie de ricaner à travers ses larmes mais n'y arrive pas) : - Oh quelle comédie, la Mère Royale ! Je vous entends encore devant ces maudits journalistes : "J'ai envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme et tout ceci n'a rien de libéral. Ma conviction, c'est qu'au XXIème siècle, être libéral et socialiste, c'est totalement incompatible". Vous n'avez point honte de profiter ainsi de la stupidité de nos adhérents ?


MERE ROYALE : - Eh ho la Maire Bertrand, tu baisses d'un ton où il t'en part une direct dans les ovaires. Si les adhérents étaient pas si cons, tu crois qu'ça serait toi la "Merde Paris" ?


MAIRE BERTRAND : - Honte sur vous qui avez osé enfreindre notre code d'honneur !

 

MERE ROYALE (elle tombe parterre et se tord de rire) - Ah ! Oh ! Pitié la Maire Bertrand, là j'en peux plus ! Tu vas m'achever toi ! [elle imite encor la Maire Bertrand de manière caricaturale] "Notre côôôde d'honneur" ! Mais c'est qu'elle arriverait presque à y croire en prime ! Oh la buse ! [soudain calmée] Bon, si t'as fini le caca nerveux, j'vais y'aller là, j'ai un sanglier sur la broche... [elle tourne le dos à la Maire Bertrand et se dirige vers la sortie de la loge]

 

MAIRE BERTRAND : -  Lâche lâche ! Vous vous enfuyez ! Vous me craignez n'est-ce pas, la Maire Royale, vous m'avez toujours craint, allons avouez ! [la maire Royale se retourne d'un coup et fait mine de lui mettre une gifle ; la Maire Bertrand tombe à genoux et sanglote] Euheuheu beuheu.

 

MERE ROYALE (elle décroche le panneau "PARTI SOCIALISTE", le lance à travers la pièce et part en claquant la porte) : - T'as l'bonjour de Jaurès ! [elle éclate de rire]

 

(Derrière la porte de la conciergerie, on entend  la Maire Bertrand marmonner puis se moucher bruyamment).

 

RIDEAU !        

 


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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 10:53

 

 I' HAD A NIGHTMARE OF "HARMONIE SOCIALE"

 

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 00:00

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XV

     C'est la philosophie rationaliste du XVIIème siècle (Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche) qui érige les notions de liberté, justice, égalité avant qu'au XVIIIème la philosophie des Lumières ne les reprenne à son tour. Le rationalisme établit que quelles que soient ses origines, sa situation, ses capacités, l'homme détient par sa naissance certains droits face aux abus de pouvoir des sociétés d'Ancien régime, absolutistes, rigides, basées sur des "états" comme on appelait alors les classes sociales. La Déclaration des Droits de l'Homme (1789) repose sur cette conception du droit naturel, égalitaire et universel. Un demi-siècle plus tard, ces idées imprègneront la pensée anarchiste naissante :







    












                                                                                                                      (Baruch Spinoza [1632-1677])

               (Descartes [1596-1650])








    











                                                                                         (Nicolas Malebranche [1638-1715])
(Leibniz [1646-1716])




     "Les droits individuels sont inhérents à la nature humaine, antérieurs et supérieurs à toute loi, et l'homme ne doit en aucun cas attendre qu'on les lui donne ou qu'on les lui reconnaisse" (journal "La Solidaridad").

       Et encore :

      "L'absurdité d'hier et la vérité de demain sont une évidence. Il suffit de le démontrer autrement. Au moyen de la signification, la relation et la déduction des trois mots qui doivent être la loi unique et exclusive du gouvernement des hommes : liberté, égalité, fraternité. En effet, il n'y a pas de liberté là où les égaux et les frères n'existent pas. Il n'y a pas d'égalité là où les frères et les hommes libres n'existent pas. Il n'y a pas de fraternité là où manquent les hommes libres et les égaux" (J.L. Montenegro).





     Tout en reconnaissant ce qu'ils peuvent avoir de progressistes dans une société où survivent des vestiges du féodalisme, les marxistes, en revanche, ne se font aucune illusion sur les slogans républicains bourgeois.
      "Constatons avant tout le fait, écrit Marx, que les "droits de l'homme"...ne sont rien d'autre que les droits des membres de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté" (La question juive).
       Marx définit la liberté comme un droit individuel limité, car ce droit ne repose pas sur les relations de l'homme avec l'homme mais sur des rapports de classe, donc de séparation des hommes : "l'application pratique du droit de liberté, c'est le droit de propriété privée" (idem).
      Entre la définition générale de liberté "qui ne nuit pas à autrui" (Déclaration des Droits de l'homme) et le principe de propriété privée consacrant le droit de l'individu à jouir de ses revenus, rentes et produits de ses biens sans se soucier des préjudices infligés à d'autres, Marx dénonce l'illusion de la bonne conscience bourgeoise. Celle-ci, tout en commettant perpétuellement des injustices, invoque solennellement la liberté. Concernant l'égalité, les communistes rejettent le principe inhérent à la "nature des choses" consacré par les anarchistes espagnols. Il critique les positions du philosophe et économiste allemand Ferdinand Lassalle, qui parle de "partage équitable" et de "droit égal de chacun au produit égal du travail". Selon Marx, le droit égal c'est le "droit bourgeois, qui comme tout droit, présuppose l'inégalité" (Critique du Programme de Gotha).
     

(Ferdinand Lassalle [1825-1864], socialiste allemand)


     Tout droit consiste dans l'application d'une règle unique à des gens qui, en réalité, n'ont rien d'égal. En fait le droit égal équivaut à une injustice, à une violation de l'égalité car pour les communistes, l'égalité sociale est avant tout l'égalité du travail et de la répartition des produits de celui-ci. Elle est irréalisable dans le capitalisme et ne pourra effectivement être établie que dans la phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu la division du travail, entre autres l'opposition entre travail manuel et intellectuel. Cette égalité effective est résumée dans la devise des marxistes :

      "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins" (idem).
   



      Revenons à la pensée anarchiste qui, tant bien que mal, essaie de naviguer parmi les notions de justice, égalité, liberté. Les libertaires refusent en bloc la nécessité d'une République bourgeoise, car elle représente pour eux l'autorité de l'Etat, l'ennemie du progrès qui empêche un changement immédiat et radical de société :

     "On doit être prudent à l'égard de tous ceux, qu'ils soient républicains ou socialistes qui, ne désirant pas la transformation complète et radicale de la société actuelle, cherchent à retarder l'avènement de la Justice" (Résolution du Congrès de Cordoue).

      Cependant, ils utilisent des concepts hérités des XVIIème et XVIIIème siècles. Les droits civils accordés par la République bourgeoise ne sont pour les anarchistes que des palliatifs à l'intention des travailleurs, afin qu'ils ne s'engagent pas vers une voie révolutionnaire.
       Sur ce point-là, ils ne diffèrent guère des marxistes. Mais la différence entre les deux points de vue se révèle quand les anarchistes insistent sur les droits naturels, antérieurs à toute organisation sociale. Les marxistes considèrent que les droits bourgeois, bornés et limités au cadre de la société capitaliste, n'ont pas été acquis du fait d'une volonté providentielle et ne relèvent pas plus de vérités éternelles. Ils ont été conquis au cours de l'évolution de l'organisation sociale, lors du passage d'une société à une autre supérieure dans son mode de production. Les marxistes tiennent l'égalité, la justice et la liberté pour des valeurs relatives quand, pour les anarchistes, elles sont absolues. Ces derniers concèdent que ces valeurs peuvent être remises en question par un Etat politique manipulateur. Mais elles ne cessent pas pour autant de représenter l'idéal libertaire, l'émancipation et la liberté. Cette vision fait écho à l'idéalisme hégélien et à sa contradiction interne, soulignée notamment par Engels.

[Tina LOBA]



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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 00:00



ARRIVER A PIED PAR LA CHINE


 




 
Les relations diplomatiques avec l'Empire du Milieu tendent à la normalisation...

 

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 10:11


CHECK-POINT SUR LE TIBET, LA CHINE ET LES J.O.


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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 09:37

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XIV

     L'anarchisme fut le dernier héritier radical de la philosophie des Lumières. Dans le progrès scientifique, les libertaires espagnols voient l'avancée de la raison face aux conceptions religieuses et ils fondent sur ce progrès la certitude de la libération des hommes.
      Anselmo Lorenzo, patriarche de l'anarchisme internationaliste en Espagne, considère le progrès comme la loi universelle de la vie, accumulant dans son cours historique le temps, l'expérience, la connaissance, la richesse et les victoires. Pour lui, science et sacrifice seront à la base de la société future, fondée sur la justice, la paix et le bonheur.
    



       Lorenzo cite un discours de l'anarchiste Marcelin Berthelot, selon lequel en l'an 2000 la chimie aura résolu tous les problèmes matériels ; quant aux questions sociales, elles seront élucidées par l'éducation populaire. Le journal anarchiste "Prospecto" exprime la croyance en une science ouvrière :

     "La science sociale, la sociologie, en se fondant sur une logique implacable et irréfutable résoudrait ces questions qui visent à atteindre l'émancipation totale des classes laborieuses".

   
(Marcelin Berthelot [1827-1907], chimiste et anarchiste)


       Dans un manifeste, un autre journal, "La Solidaridad", s'attaque à la classe moyenne - selon lui la bourgeoisie - et revendique les libertés politiques dans le cadre d'une république fédérale :

     "Liberté de pensée ! Peut-elle être donnée par une loi à celui qui est esclave de l'ignorance ? Liberté de culte ! Que signifie que l'on nous donne la liberté de culte par une loi, si on nous interdit absolument, par le biais de l'organisation sociale, l'entrée dans le temple de la science, véritable culte qui fait de chaque homme un Dieu ?"

    Ce passage nous montre la défiance des anarchistes à l'égard de la république bourgeoise et leur exaltation quasi-mystique de la science. Pourquoi cet acharnement contre la bourgeoisie (appelée "classe moyenne") ? Parce que celle-ci exerce sa domination, réprime et représente un obstacle au progrès de l'humanité. "Nous disons cela calmement, car c'est une vérité scientifique", renchérissent les internationalistes de "La Solidaridad". Les anarchistes utilisent le mot "science" pour justifier leur apolitisme. Pour eux, la science sociale trouvera son aboutissement dans l'absence de tout gouvernement, c'est-à-dire le gouvernement de chacun pour soi et par soi.

       En juin 1870 le Congrès de Barcelone affirme que, selon la science, l'idée de pouvoir signifie uniquement une autorité imposée. Cependant jamais on ne trouve de description des caractéristiques de cette fameuse "science". Elle apparaît comme une panacée, un destin que suivra le monde sans l'intervention d'un quelconque Etat ou d'un mode de production quel qu'il soit.
      Dans la vision anarchiste, la science est une donnée absolue, universelle, qui existe pour assurer le progrès au profit de l'humanité et la bourgeoisie est là pour empêcher sa réussite.
    
      Sur le sujet, rien n'est plus différent de la conception anarchiste que celle du marxisme. L'analyse marxiste pose la bourgeoisie, classe capitaliste, comme un facteur stimulant des progrès scientifiques. Car la bourgeoisie doit sans cesse augmenter les profits pour que s'accroisse le capital et pour cela, elle cherche en permanence à augmenter la productivité du travail et donc les profits. Là réside une des contradictions fondamentales du capitalisme : il développe les techniques, les sciences mais en même temps il opprime et détruit. Mise à son service, la science contribue donc au développement des forces productives. Le prolétariat n'a pas la possibilité de mettre les progrès scientifiques au service de l'humanité avant d'avoir conquis le pouvoir politique. Une fois sa victoire assurée et son pouvoir consolidé, alors il pourra dans une période transitoire utiliser les acquis scientifiques pour appliquer le programme du communisme :

       - amenuiser les différences entre travail manuel et intellectuel, entre campagne et ville pour aller vers la disparition de la division du travail.

       La dialectique marxiste applique aux sociétés humaines la théorie de l'évolution ; elle considère que le communisme commence à se développer à partir de la société capitaliste. Il est en quelque sorte son enfant naturel.
      Le discours anarchiste ne se projette jamais aussi loin dans le futur de la société. Il s'en remet à l'usage de la Raison, aux progrès vers la liberté et la justice, incompatibles, selon lui avec l'usage du pouvoir.

[Tina LOBA]


 

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 00:00

 

                FRANCAIS ! SI VOUS SAVIEZ...A QUOI VOUS AVEZ ECHAPPE 

 

 

     (la Mère Royal, du Couvent des Pétainistes Bourgeoises de Charentes-Poitou)




      FLASH-INFO

     La
Mère Royal a assigné en référé la semaine dernière pour atteinte à sa vie privée de plaisirs et à son droit à l'image fausse le torchon hebdomadaire "Paris-Match", qui a publié des clichés de l'ancienne candidate socialiste pris dans une église en Italie, a indiqué vendredi à l'AFP son avocat marron.

     Vendredi, cette requête n'était pas encore passée en audience, selon une source judiciaire.
"Cela devrait se faire dans le courant du mois de mai", selon Maître Bakchich, l'avocat .

     Dans son édition du 30 avril, la feuille pourrie avait publié 2 photos de la Présidente pétainiste de la région Poitou-Charentes, prises alors qu'elle était agenouillée dans une église à Florence et qu'elle priait comme une malade pour les prochaines présidentielles. Selon Maître Bakchich,
"ces photos ont été faites sans le consentement de ma cliente et dès lors nous attaquons, dans le souci que personne ne sache que c'est une sâcrée bigotte".

    Dans les milieux huppés de la gauche socialiste et cultivée, la tendance était à l'apaisement des esprits, alors que l'affaire des employées non payées était juste en train de refroidir. Une entrevue avec le Pape Panzer Ier a notamment été évoquée, dans un souci pédagogique à l'égard de la base du PS. Il s'agit de rassurer les militants : oui, la Mère Royale est
vraiment croyante, oui elle paie l'impôt sur les bourgeoises pleines de blé, non elle ne paie pas les malheureuses qui travaillent pour elle. Au quartier général de la gauche socialiste et raffinée, on s'est dit rasséréné de cette confirmation. Cependant, cette sérénité retrouvée des éléphants a été quelque peu gâchée par l'annonce de la Mère Royale : elle postule à prendre la tête du PS. Seule la Mère Delanoé (Soeur Bertrand des Branchées de la Capitale) peut désormais lui barrer la route.

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 13:55







LA JAUNISSE DU PRESIDENT

     Il aura suffi que, depuis plus d'un mois, les lycéens-collégiens battent le pavé, maintiennent leur mouvement avec tenacité, bloquent les lycées avec des réussites diverses et joignent leur action à celle des profs pour que le nabot raie-publicain refourbisse à nouveau son arsenal de briseur de grèves élu par la nation des coyotes à foie jaune.

     Cela a débuté par un appel du pied aux fédérations de "parents d'élèves", version des "usagers" côté Education Nationale. Les médias leur ont généreusement ouvert micros et caméras, afin qu'ils accourent et se lamentent sur leurs "pauvres enfants" délaissés par les profs
nantis. Sans oublier les examens qui approchent ("passe ton bac d'abord"). Aussi sec le Hongrois chétif a embrayé sur le fameux "service minimum" obligatoire, équivalant à ôter à toute action une quelconque efficacité. Jusqu'à Santini, un politicard parasitaire retournant sa veste à chaque changement de saison qui, invoquant l'obsolescence des grèves, a proposé de faire comme au Japon : les grévistes n'auraient qu'à se mettre un brassard "en grève" et à aller travailler, naturellement sans être payés puisque grévistes. En d'autres époques, un tel cynisme vaudra un prompt retour social de flamme. Mais les futurs Santinis auront alors la sagesse d'écraser leur morgue sous un talon prudent. Profites-en bien maintenant, "honorable" Santini.

      A cette jaunisse présidentielle, la meilleure réponse est l'action des jeunes qui perdure. En un mois, en fait d'instruction civique, ils ont appris
plus que depuis le début de leur existence précoce. On les a vus mener des actions, subir la répression policière la plus brutale (tabassages, garde-à-vue arbitraires de mineurs assorties d'interrogatoires humiliants, fichage ADN, etc.), former spontanément au niveau local des coordinations empêchant les syndicats de faire leur sale boulot de division ; ils se sont réunis en A.G., ont tracté dans les rues, polémiqué avec les usagers usagés, les citoyens arriérés de tout poil, les bons français qui forment l'écume réactionnaire de la petite-bourgeoisie pourrissant sur pied dans les belles provinces. Mais aussi, ils ont suscité un élan de solidarité de toutes les générations derrière leur belle énergie.

     Qui dit que ces jeunes ne sont pas "sérieux" ? Les leaders naturels de ce mouvement se sont tapés nuit blanche sur nuit blanche pour bloquer les grilles, enchaîner les portails, être présents avant l'arrivée des jaunes et des flics...oui ! Cette génération spontanée, on la doit également au Président rabougri. La voilà, la "génération Sarko" ! Le Sous-Lieutenant Karpov lui souhaite une longue vie de lutte et de victoires.




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