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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 10:29

1930-1940 : L'EUROPE ANTI-SEMITE

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     Les fonctionnaires Allemands chargés d'organiser l'extermination en masse de leurs compatriotes Juifs ont réalisé dès l'instant toute la difficulté de la tâche. On ne fait pas disparaître facilement une personne, encor moins une famille. Pour ce qui est d'une population...

          La force de travail, en temps de crise ou de guerre, voit sa valeur marchande plonger jusqu'à équivaloir à presque rien. Lors l'Etat germanique s'est-il résigné à l'élimination physique des Juifs germano-Autrichiens, après avoir longuement testé diverses méthodes : l'expulsion, la spoliation, la répression organisée officielle etcetera, pour finir le regroupement, "familial" en quelque sorte, dans des camps pré-existants qui servaient déjà aux opposants de toutes sortes. N'oubliez pas cependant la leçon du Vieux Marx, à savoir qu'en régime capitaliste tout doit être rentabilisée, donc la mort. Le capitalisme sur-produit les morts. Les Nazis ne pouvaient déroger à la règle. Ils obligèrent les Juifs Allemands rentables à subvenir aux frais de leur propre extermination. En les exploitant jusqu'à la corde, l'extirpation totale de la force de travail ; ceci accompli, ils n'eurent plus qu'à les achever.

 

          L'Allemagne avait bien essayé de solutionner la question Juive par d'autres voies que la tuerie industrielle. Les planificateurs du vidage racial tentèrent - en pure perte - d'obtenir de la part des nations disposées en paroles à accueillir des Juifs expulsés, l'assurance qu'elles passeraient aux actes sitôt les immigrants à leurs frontières. Dans l'affaire les expulseurs ne voulaient pas débourser un mark.

       Le 7 novembre 1938, un ado de 17 ans loge 2 balles de revolver dans Ernst von Rath, diplomate Allemand à Paris. Il le blesse grièvement. Le tireur, Juif Allemand d'origine Polonaise, s'appelle Herszel Grynszpan. Il vient d'apprendre que ses parents ont été chassés du Reich par la Gestapo et, bloqués comme des milliers d'autres à la frontière Polonaise par les gardes-frontières de Pologne, ils errent le long des barbelés. Le soir, la presse Allemande parle à peine de l'incident mais le lendemain Hitler expédie son médecin personnel à Paris au chevet de von Rath. A midi les journalistes Allemands hurlent au loup. L'Ambassadeur Polonais en Allemagne est convoqué ; on lui signifie que le gouvernement Allemand va prendre "contre les Juifs polonais des mesures autrement plus rigoureuses que par le passé".

     Le Führer voit plus "grand" que les seuls Juifs d'origine Polonaise en Allemagne. Il trouve dans l'acte désespéré du jeune Grynszpan l'occasion trop belle de plier toute l'Europe - et plus si affinités - aux vues Allemandes à propos des Juifs. Comme le diplomate blessé commet le zèle de mourir le soir-même, le Ministre de l'Information et de la Propagande, le bon docteur (en philo) Josef Goebbels souffle à son maître l'idée d'une nuit de cristal. L'exécution de von Rath par un jeune Juif d'origine Polonaise déclenche dans les provinces Allemandes une série d'émeutes et d'exactions que le régime hitlérien couvre de sa bienveillante passivité. On s'en prend aux synagogues et aux commerces des Juifs à travers toute l'Allemagne. 30 000 hommes dans la force de l'âge et appartenant à la petite bourgeoisie sont arrêtés et expédiés en camp de concentration. La neutralité de l'Etat n'est qu'apparente. C'est bel et bien le Parti National-Socialiste qui, par l'intermédiaire de Goebbels, dirige la manoeuvre.  

 

nuit de cristal

 

                Reinhard Heydrich, fondateur de la Gestapo (qui finira abattu par les partisans Tchèques), dresse le bilan provisoire de la nuit de cristal : 100 synagogues ont déjà brûlé, 7500 magasins Juifs ont été détruits et une centaine de personnes tuées. La presse Allemande parle d'émeutes spontanées, nées de la colère du peuple germanique contre le judaïsme international. Goebbels écrit dans une feuille : "On déclare que les réactions spontanées du peuple allemand sont le fait d'équipes organisées. Quelle fausse idées ces barbouilleurs de papier se sont-ils donc encore fait de l'Allemagne ! Si cette réaction avait été organisée, elle aurait eu une tout autre envergure !"

             Le gouvernement Allemand attend les réactions du reste de l'Europe : peu de protestations officielles, une recrudescence de l'anti-sémitisme, donc un bilan globalement positif. A Oswald Pirow, ministre Sud-Africain, Hitler explique :

       "On observe déjà une progression sensible de l'antisémitisme en Amérique du Nord et du Sud, en France, en Hollande, en Scandinavie et en Grèce, partout où s'écoule le courant migratoire juif. (...)

       Je n'exporte qu'une seule idée. Ce n'est pas celle du national-socialisme. (...) J'exporte l'antisémitisme".

           Dans l'esprit du Führer, réprimer et chasser les Juifs hors d'Allemagne c'est aussi inoculer à l'Europe et au monde le virus anti-sémite mis au point dans les laboratoires du National-Socialisme. Rendre l'Europe malade de ses Juifs, cela surpasse la théorie de la race aryenne.

       Hitler pense à un "effet domino" ; la crise mondiale ayant enlisé l'Europe dans des difficultés matérielles incommensurables, le Führer s'efforce de calquer sur les nations à portée d'influence l'anti-sémitisme Austro-Allemand. Ce qui peut conduire d'autres pays, par exemple en Europe centrale, à se débarrasser de leurs Juifs. Hors d'Allemagne il en existe 10 fois plus à chasser. Qui pourrait accueillir ces centaines de milliers d'errants ? Pourtant Hitler n'a pas prévu que la méthode rend finalement insoluble la question Juive, hors la disparition physique.

        En attendant chaque chef de la famille National-Socialiste y va de sa proposition constructive. Le Maréchal aviateur Hermann Goering, n° 2 du régime : "Les Juifs riches pourraient acheter à l'intention de leurs coreligionnaires un territoire étendu en Amérique du Nord, au Canada, ou ailleurs". Concernant les Juifs Tchécoslovaques, Hitler va dans le même sens : "L'Angleterre et les Etats-Unis, par exemple, possèdent des espaces illimités qu'ils pourraient mettre à la disposition des Juifs. Les pays intéressés pourraient trouver un endroit quelconque dans le monde, y mettre les Juifs, et alors dire aux Etats anglo-saxons qui débordent d'humanité : "Tenez, les voilà ! Ou bien ils meurent de faim ou bien vous donnez suite à vos nombreux discours"."

       Le 7 février 1939 un des théoriciens du National-Socialisme, Alfred Rosenberg, tient une conférence à des diplomates et journalistes étrangers, au cours de laquelle il développe sa trouvaille : "Il est hors de question de considérer la Palestine comme une région appropriée pour une concentration dense des Juifs. La région choisie doit pouvoir absorber quelque quinze millions de Juifs. Et, étant donné que les deux plans relatifs l'un à Madagascar et l'autre à la Guyane britannique ont déjà été officiellement avancés, il y a lieu de faire porter tout le poids de la solution du problème sur ces deux territoires. Il ne s'agit pas de créer un Etat juif mais une réserve juive".

       Et Alfred de vanter notamment les mérites de Madagascar, île lointaine et isolée. Déjà au XIXème siècle Paul Lagarde, théoricien anti-sémite bien Français parlait d'exporter tous les Juifs d'Europe vers là-bas. En 1927, un certain Egon von Winghene écrit dans une brochure : "Tôt ou tard il faudra bien confiner le peuple juif tout entier dans une île. Cela permettrait de le surveiller et de réduire au minimum les risques d'infection".

       Une idée dans l'air depuis quelque temps... Le 11 mai 1937, le journal Le Petit Parisien interviewe Marius Moutet, Ministre des Colonies, qui déclare : "Le gouvernement polonais nous a demandé s'il nous paraissait possible de permettre l'installation de certains de ses nationaux - je pense qu'il sous-entendait particulièrement les Israélites - dans nos possessions d'outre-mer". Comme on savait lire aussi à Berlin, voilà qui avait suggéré à Rosenberg la possibilité d'un transfert de la population Juive d'Europe sur Madagascar, colonie Française. Les grandes idées se rencontrent.

       Le projet prend forme. Hitler demande à Goering qu'on "pousse maintenant une pointe en direction des puissances qui ont soulevé le problème juif, dans le but de régler réellement la question de Madagascar". En sus du Reich il est prêt à en faire profiter la Pologne. Il explique au Ministre Polonais des Affaires étrangères : "Si les puissances occidentales faisaient preuve de plus de compréhension pour les revendications allemandes relatives aux colonies, j'aurais peut-être assigné un territoire en Afrique pour servir non seulement à l'établissement des Juifs allemands mais aussi à celui des Juifs polonais".

       La France atermoie, ne tenant pas plus que ça à implanter des germanophones - fussent-ils Juifs ou Protestants ! - sur un territoire fransozich. Le sénateur Bérenger fait valoir à ses homologues Allemands que si le gouvernement Français ne s'oppose pas à ce qu'on pose 10 000 réfugiés sur des îles Françaises - Madagascar, Nouvelle-Calédonie, etc. - c'était à condition que, même Juifs, ils ne soient pas d'origine Allemande.

        De l'autre côté de l'océan, le Président Roosevelt qui, lui, n'a rien d'un anti-sémite obsessionnel, réfléchit pourtant à la question Juive dans des termes comparables à ceux des Européens. C'est qu'il constate la croissance exponentielle de l'anti-sémistisme en Europe, subissant à Washington les interventions intempestives d'une foule de diplomates étrangers - essentiellement Polonais, Roumains ou Hongrois - vociférant leurs ressentiments contre les Israëlites, réclamant qu'on en évacue une grosse part vers d'autres continents de préférence lointains. Comme il ne pense pas que la Palestine puisse absorber un nombre infini de réfugiés Juifs, Roosevelt demande poliment au Duce s'il n'y aurait pas moyen d'utiliser l'Ethiopie, devenu possession italienne depuis peu. Benito ? Il ne veut surtout pas de Juifs importés, fut-ce en Ethiopie "italienne".

            Le Président des Etats-Unis pense alors à une colonie Portugaise, l'Angola. En fait il y pensait depuis l'été 1938. Il écrit à un ami géographe : "Franchement parlant, je cherche plutôt de bonnes terres, se prêtant à l'agriculture, peu ou pas habitées, où l'on pourrait envoyer des Juifs."

       Myron Taylor, représentant des Etats-Unis, s'en ouvre aux Anglais : "Les chances de parvenir à une installation massive des Juifs en Angola sont si considérables que nous n'avons aucune intention d'en abandonner l'idée".

       Il prie donc les alliés Britanniques d'intercéder auprès des Portugais, dirigés par le dictateur Antonio Salazar (dont le régime durera jusqu'en 1974). Aux Anglais Salazar dit non et les Britanniques font passer ce "non" aux Etats-Unis. Pour cette fois-là, les Juifs du Grand Reich et d'Europe centrale ne seront pas déportés sur l'Afrique.

 

(à suivre)

Par Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - Publié dans : karpov - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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