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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 21:56

DE HEGEL A MARX

 

III. KARL MARX

 

11 Thèses sur Ludwig Feuerbach

 

    

     En 1888 (MARX est mort depuis 5 ans), Friedrich ENGELS écrit : "J'ai retrouvé ... dans un vieux cahier de Marx, les 11 thèses sur Feuerbach... Ce sont de simples notes jetées rapidement sur le papier pour être élaborées par la suite, nullement destinées à l'impression..."

 

                  

 

    













     Eh bien le vieux Friedrich (68 années, pour l'époque c'était déjà pas si mal) SE TROMPAIT. Oui, vous avez bien lu : "SE TROMPAIT" (relisez-le autant de fois qu'il vous plaira). Car les "Thèses sur Feuerbach" furent bel et bien publiées. Essayons d'examiner ce parcours initiatique de Marx / Engels.

     Un des débats fondamentaux de la philosophie fut celui du rapport entre "l'être" et la "pensée".
     L'interrogation lancinante sur ce rapport, et également celle entre "l'esprit" et la nature, a les mêmes racines que toute religion : les temps reculés où l'homme était dominé par le milieu naturel, autrement dit "l'état sauvage".

     
    

 

                                  (les ancêtres de Hegel, Feuerbach, Marx et Sarkozy)

    

     A partir du Moyen-Âge, cette question devint vitale pour l'Eglise car le thème basique avait glissé de savoir entre l'esprit et la nature, qui a la primauté à une question plus simple mais bien plus douloureuse pour la "clergeaille" : Dieu a-t-il créé le monde ou le monde existait-il avant Dieu ? Bonne question mais à ceux qui osaient la poser, l'Eglise ne dit pas merci (dans son embarras, elle en brûla même quelques-uns).

 

 

 

                               (Lequel a créé l'autre, certains se le demandent toujours)

                   

   

                          

    

 

 

 

 

    

 

 

 

 

   

 

                                                                                                        ("Dieu est miséricordieux")

(un idéaliste assermenté)

                                                                                                                                                                                                     

 

 

 
       Se formèrent ainsi 2 camps philosophiques fondamentaux :

     - d'une part, ceux qui posaient la primauté de l'esprit par rapport à la nature ; ceux-ci étaient du camp IDEALISTE et ses innombrables variétés ;

     - de l'autre, ceux qui affirmaient la pré-existence de la nature à celle de l'esprit ; ceux-là étaient des MATERIALISTES, distribués dans divers courants distincts.

     Cependant, la question du rapport de la pensée à l'être accoucha de nouvelles interrogations non moins fondamentales que leur maman-matrice : quel est le lien qui relie nos idées sur le monde et ce monde en tant que tel ? Est-ce que la pensée humaine peut rendre compte du monde réel ?
     En jargon philosophique, toutes ces obsédantes questions peuvent être regroupées sous l'étiquette "Question de l'identité de la pensée et de l'être". A ladite question, la plupart des philosophes des XVIIIème et XIXème siècles répondaient : "Que oui !!" (càd un "oui" franc, massif et absolu), notamment le Commandeur Hegel.

    

    

    

     Mais quelques esprits chagrins remettaient en cause la possibilité de connaître le monde de manière absolue: HUME et KANT furent les chefs de file de ces empêcheurs d'idéaliser en rond (ils furent bientôt dépassés à leur tour par la grande tempête hégelienne).

     Lorsqu'arriva la Révolution industrielle et scientifique, ce fut elle qui, dans sa pratique même, réfuta le plus efficacement possible l'idéalisme des idéalistes. Engels l'explique clairement :

     "Si nous pouvons prouver la justesse de notre conception d'un phénomène naturel en le créant nous-mêmes, en le produisant à l'aide de ses conditions, et, qui plus est, en le faisant servir à nos fins, c'en est fini de la "chose en soi" insaisissable de Kant" (et pan ! sur Manu).

    

                                                       ("Manu" KANT)

    

     En ce printemps de 1845 à Bruxelles, les 2 siamois politiques Marx / Engels décident de perdre leur virginité philosophique. Ils constatent que, de Descartes à Feuerbach en passant par Hegel, les philosophes ont cru certaines choses et n'en ont pas réalisé - niveau raisonnement - d'autres :

     - ils ont cru être les porte-parole de "l'Idée pure", un machin passablement évanescent et indéfinissable ;

     - ils ont surtout été poussés dans le dos malgré eux par les progrès inexorables de la science et de l'industrie ; à un point tel que même ceux d'entre eux qui étaient du camp idéaliste s'efforcèrent inconsciemment de jeter des passerelles entre l'esprit et la matière.

     "...en fin de compte, le système de Hégel ne représente qu'un matérialisme mis la tête en bas d'une manière idéaliste d'après sa méthode et son contenu." (Engels)

     Le grand accoucheur de ce dépassement de l'idéalisme hégelien est donc Ludwig Feuerbach.
    

 

 

     Hégelien de gauche au départ - tout comme les siamois - il fonce si vite vers le matérialisme qu'il est bien obligé de foutre en l'air tout l'édifice du Maître ! C'est la remise en cause radicale de la pré-existence au monde de "l'idée Absolue" de Hégel, pré-existence liée pieds et poings à la croyance divine (mais ca n'est jamais clairement formulée par les idéalistes, et pour cause...).
     Feuerbach fut le 1er - et ce n'est pas rien ! - à formuler clairement les bases du matérialisme (pas encore dialectique, mais presque...) :

     - au commencement était la nature, puis vint la chair, puis le verbe ;

     - notre conscience et nos pensées sont le produit d'un organe de chair (donc "matériel"), le cerveau ;

     - la matière n'est pas un produit de l'esprit ; l'esprit n'est que le produit le plus "subtil" de la matière.

     Mais Ludwig n'ira pas plus loin. Bon, c'était déjà énorme et décisif pour l'époque, mais le moment historique était venu pour Marx / Engels de prendre le relais pour pousser beaucoup plus loin le bouchon matérialiste, le plus loin possible en fait.

     Cela débuta par un constat feuerbachien : nous vivons parmi la nature, mais pas uniquement. Il s'est également développée une "société humaine" qui a, tout comme la nature, son histoire et son développement. Il fallait donc désormais en tirer les conséquences : développer une science de la société - comme il existait les sciences de la nature -, englobant les sciences dites historiques et la philosophie, et la développer SUR UNE BASE MATERIALISTE et rien d'autre.

     Qui s'y colla avec une passion farouche, une détermination sans faille et, il faut bien le dire aussi, des capacités exceptionnelles ? Si vous avez la réponse, c'est que vous avez tout lu jusqu'ici (sinon reprenez depuis les 2 premières parties). Et maintenant, si vous avez tenu jusque là, il est temps pour vous de lire également ou de relire les "Thèses sur Feuerbach" de Karl MARX. Allez, et bonne lecture.

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