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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 11:32

DE HEGEL A MARX

 

I. HEGEL

                                 

       Vie, mort et ressuscitation du Commandeur     

                     


     
     Friedrich Engels constata un jour que les philosophes du "siècle des Lumières", (Voltaire, Rousseau, Diderot et d'autres) qui annonçaient (sans qu'ils l'aient jamais réalisée) une Révolution anti-monarchique, eurent maille à partir avec l'Etat, l'Eglise, les institutions. Il leur fallut parfois faire imprimer leurs travaux à l'étranger, s'exiler. Ils eurent occasionnellement à choisir entre le silence et la Bastille.
     A l'inverse, un siècle plus tard en Allemagne, les "nouveaux" philosophes (Hegel, Heine) ont pignon sur Université, certains sont rétribués par l'Etat ; leurs ouvrages sont reconnus et enseignés à la jeunesse estudiantine germanique.
     Et le plus reconnu d'entre les reconnus, c'est Georg Wilhelm Friedrich Hegel, dont le système philosophique est "élevé en quelque sorte au rang de philosophie d'Etat de la monarchie prussienne !" (re-Engels). On est loin du "contrat social" de Jean-Jacques.

     La base de sa philosophie de l'histoire, Georg Hegel la pose ainsi :

     "Ce qui est rationnel est réel ; et ce qui est réel est rationnel".

     Autrement dit, tout ce qui existe a la nécessité d'exister et ne saurait être contesté. "La réalité dans son déploiement s'avère être la nécessité" indique le Commandeur de la philosophie allemande.
     (Par exemple, dans la réalité "rationnelle" d'aujourd'hui, ça donne : l'élection de Sarkozy à la présidence de la Raie publique est une nécessité puisqu'elle s'est produite. Avec Segolène Royal, ça passe mieux : la défaite de Madame Hollande était nécessaire puisqu'elle était la machine-à-perdre du PS.)
    

     Est-ce que pour autant, Hegel tamponnait du sceau "rationnel" toutes les décisions, toutes les mesures gouvernementales ? C'est plus subtil que ça : si l'Etat germanique peut apparaître comme contestable aux yeux des "administrés", s'il s'avère effectivement que cet Etat est nullissime, c'est qu'il reflète la "nullissimitude" de ces mêmes administrés mécontents dont il est le reflet. Selon Hegel, "les Prussiens d'alors avaient le gouvernement qu'ils méritaient" (Engels).

     Cependant, la réalité hégélienne n'est pas forcément "rationnelle" en tous temps historiques. Elle "meut" (comme dirait la Tarine de Savoie). Hegel, fan absolu de la Révolution Française, considère que celle-ci a vaincu parce que, face à une monarchie devenue "irrationnelle", elle a fait preuve sans le savoir de rationnalité hégélienne. Au cours du développement historique hégélien, "rationnalité" et "irrationnalité" se distribuent de part et d'autres, changeant de camp et modifiant la donne historique.
    

     Ici, autant laisser la parole au très pédagogique Engels :

    

     "Et ainsi la thèse de Hégel se tourne, par le jeu de la dialectique hégélienne elle-même, en son contraire: tout ce qui est réel dans le domaine de l'histoire humaine devient, avec le temps, irrationnel, est donc déjà par destination irrationnel, entaché d'avance d'irrationnalité. Et tout ce qui est rationnel dans la tête des hommes est destiné à devenir réel, aussi en contradiction que cela puisse paraître avec la réalité apparemment existante".

    

     Pourtant, l'"hégélianisme" a au moins un mérite : il remet en cause "l'absolutisme" qui frappait auparavant la pensée humaine (en particulier religieuse). A partir de Hegel (cela avait sans doute un peu commencé déjà avec Emmanuel Kant un siècle auparavant), le dogme est brisé. La pensée philosophique relève désormais d'un processus, celui de la connaissance, connaissance elle-même en mouvement parce que liée aux autres savoirs et à "l'activité pratique" (Engels dixit, merci fidèle Friedrich).

     C'est la raison pour laquelle Marx et Engels furent, dans leur jeunesse politique, "hégéliens de gauche". Ils avaient intégré le côté révolutionnaire de la philosophie du Commandeur : il n'a pas existé, n'existe ni n'existera jamais de "société parfaite". Chaque situation historique représente une étape nécessaire, reliée à l'étape suivante par un mouvement de l'histoire. Ce qui a été révolutionnaire devient contre-révolutionnaire. La philosophie hégélienne, malgré sa face temporelle "conservatrice", recèle la dissolution des vérités absolues.
     Cependant, cet aspect dont vont se saisir les siamois idéologiques Marx / Engels, ne se trouve pas formulé chez le Commandeur. Comme tout individu, si "exceptionnel" qu'il soit, Georg Hegel avait ses limites humaines. La parole, en l'occurrence, est encor à Engels :

    

     "...le côté révolutionnaire de la doctrine de Hegel est étouffé sous le foisonnement de son aspect conservateur".

     
     Hegel lui-même est un exemple illustrant sa philosophie. Logique. Il décida que "l'Idée absolue" se réalisait dans la monarchie de Frédéric-Guillaume III de Prusse, ni plus ni moins.

     Touchez du doigt, allez, touchez du doigt tout ce que ces quelques modestes considérations ont de vivant et d'actuel : nos "philosophes" d'aujourd'hui, les Finkelkraut, Debray, BHL, Onfray, Glucksmann (pour les plus médiatisés) ont toujours ce besoin incongru de surmonter les contradictions du monde (qui sont aussi les leurs). Mais, alors qu'ils croient pouvoir y parvenir, les perroquets savants et prétentieux, ils finissent par la lâcher, la soi-disant "vérité absolue" dont ils pensent être les 1ers découvreurs, polichinelles de salon médiatique, leur dérisoire vérité c'est : la fin de l'histoire. "...nouvelle contradiction impossible à résoudre" leur lâche Engels.
    

     Allez Friedrich, parle-leur un peu à ces "penseurs" assermentés :

    

     "Dès que nous avons compris - et personne, en définitive, ne nous a mieux aidés à le comprendre que Hegel lui-même - que, ainsi posée, la tâche de la philosophie ne signifie pas autre chose que de DEMANDER A UN PHILOSOPHE PARTICULIER DE REALISER CE QUE SEULE PEUT FAIRE L'HUMANITE ENTIERE DANS SON DEVELOPPEMENT PROGRESSIF - dès que nous comprenons cela, c'en est fini également de toute la philosophie, au sens donné jusqu'ici à ce mot".

    

     Karpov va vous le formuler autrement : Messieurs les philo-sophistes du début du IIIème millénaire, vous êtes des zombies.

 

     

                                      
                                                                               (Friedriech ENGELS)

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