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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 18:33


MARX, "L'ANTI-SEMITE"

       En ces temps où nombre d'amis d'Israël ont fait ressurgir de leur cervelle la chimère anti-sémitique, le Sous-Lieutenant leur rappelle que certains d'entre eux, dans leur chasse aux papillons nuisibles, ne se sont pas privés d'épingler Karl Marx lui-même, en tant qu'"anti-sémite" emblématique.     
       C'est que, dans sa prime jeunesse politique (25 ans et la plupart de ses dents), le Vieux avait commis un ouvrage polémique intitulé "La Question juive", polémique non pas à l'égard des Juifs mais du capitalisme et de la religion en général.      

       "La Question Juive", ce sont 50 pages qui, à travers la question de l'émancipation des Juifs, analysent le transfert idéologique capitalistique dans l'idéologie religieuse.      
       Cet opuscule fait écho à l'éponyme écrit par le théologien protestant Bruno Bauer, qui enseigna la théologie, notamment à "Marx-le-jeune". Pour le coup, l'écrit premier de Bauer s'inscrit effectivement dans la grande tradition anti-sémitique européo-chrétienne. On verra plus loin que la réponse de l'élève au maître sort complètement d'un tel cadre. Là où Bauer faisait oeuvre de théologien, Marx riposte en historien sociologue.
     
       Quelle est donc la situation des Juifs Allemands en ce milieu du XVIIIème siècle ? Dans la plupart des Etats "chrétiens", la religion étant considérée comme officielle, les Juifs vivent artificiellement séparés du reste des populations autochtones.
        Les Juifs Allemands n'ont cesse de réclamer l'abolition des mesures isolationnistes, aussi bien dans les villes qu'à la campagne. Dans l'Allemagne méridionale, nombreux sont les villages peuplés uniquement par eux. A l'instar de leurs homologues français qui les ont obtenues un demi-siècle plus tôt, les  Juifs Allemands revendiquent l'abolition du "péage corporel", la liberté du culte et l'égalité civile et religieuse. C'est que,
dans cette Allemagne du XIXème siècle, on en est encor loin. Reprenant à Bauer une de ses formules, le jeune Marx lance à la diaspora :

        "Il faut nous émanciper nous-mêmes avant de pouvoir émanciper les autres".

        Pourquoi ce "nous" ? Papa Marx (Heinrich), converti au protestantisme, est issu d'une dynastie de marchands et de rabbins. Gageons que, s'il vivait aujourd'hui, la LICRA instaurerait aussi un procès en sorcellerie au paternel, en raison de ces bien inconvenantes origines mêlant racines juives et commerce.
       Il veut dire quoi, Marx fils, en reprenant la phrase de Bauer ? Eh bien que cette émancipation des Juifs Allemands suppose une Allemagne dépassant le régime féodal qui partout l'englue, c'est-à-dire une Allemagne enfin bourgeoise (donc républicaine et démocratique). Marx, qui l'a remarqué, le dit, chez lui le compte n'y est pas :

        "Il n'y a pas de citoyens en Allemagne".

       Il n'y a que des sujets. Sans une émancipation complète des populations allemandes, la revendication spécifique de celle de la diaspora juive n'a aucune possibilité d'aboutir. L'ensemble des "Allemands", Juifs, Protestants ou Chrétiens, sans compter ceux qui ne sont rien de tout cela, vit encor sous le joug d'Etats où la religion est "officielle".

(à suivre)      

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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