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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 15:36







UNE NATION DE LUNATIQUES (7)

"Parmi tous les peuples civilisés, je considère l'Américain comme le plus fatigué"

      J'ai mentionné tout à l'heure la "galerie de brigands" que constituent nos Vice-Présidents. Leurs épouses sont pires encore. A part Jacqueline Kennedy, la seule femme de Président renommée pour son charme et sa beauté... On s'interroge sérieusement pour savoir comment ces gens ont pu faire l'amour. On se demande si, leur langue ayant fourchée, ils ont jamais pu prononcer ces paroles grossières désignant les organes sexuels. Pouvez-vous imaginer un petit dialogue de ce style survenant entre le Président de notre pays et son épouse légitime ?




      LUI : Bonjour, Jenny, en forme ce matin ? Tu ne veux pas tirer un coup en vitesse avant que j'aille signer la paperasse ? J'ai le feu au cul.
   
      ELLE : S'il te plaît, ne parle pas ainsi. - C'est sale. Tu me fais rougir.

      LUI : - Qu'est-ce qui ne va pas cette fois ? - mes blasphèmes, ta migraine, tes hémorroïdes ? Baiser un bon coup te remettra sur pieds.

      ELLE : Ton vocabulaire est abominable. J'aime bien avoir des relations, de temps à autre, mais de façon polie et discrète. Après tout, tu es le Président des Etats-Unis.

       LUI : Fais pas chier avec tes conneries... Couche-toi et écarte les jambes. Je vais te baiser ferme, que ça te chante ou non.

      Pareil entretien est-il concevable ? Si oui, pourquoi ? Parce qu'il est le Président et, elle, la Première Dame ? Cela les rend-il inhumains ? Si la Tsarine de Russie, la Sainte Russie, était capable de baiser tous les hommes à la ronde et finir ses jours avec un étalon, pourquoi sommes-nous incapables de concevoir notre Président et sa femme en train de faire comme le reste de l'humanité ? Toutefois, en regardant la tronche de ces épouses de Président, vous arrêtez de vous poser des questions. C'est écrit en gros caractères sur leurs gueules. Pour elles, baiser est passé de mode. On se demande comment elles ont fait pour avoir des gosses. (Elles auraient tout aussi bien couver des canards ou des belettes.)


       Nos livres d'histoire glissent sur les détails aussi intimes. Même la démence est un sujet plein de tendresse. J'ai mis longtemps à découvrir la triste condition de Lincoln. (...)

        Il y a des milliers de façon d'empêcher la vérité de faire son chemin. Ainsi qu'on "paye son dû", comme on dit, pour devenir une star de cinéma, de même l'écrivain hardi et téméraire paie-t-il le sien, d'une façon ou d'une autre. J'ai payé en ayant faim, en étant censuré, attendant jusqu'à l'âge de soixante ans d'avoir les moyens d'ouvrir un compte en banque. Le fait que j'aurais été torturé et fusillé sous Hitler n'adoucit pas pour autant la pilule. D'une certaine façon, la censure sévit toujours ici. Les hommes au pouvoir savent comment se protéger. L'homme qui a fait ce qu'il a voulu ainsi que je l'ai dit plus haut, c'est Nixon. Et, pour être honnête, je ne vois pas comment empêcher un autre Nixon de prendre le pouvoir demain. Nous ne nous sommes pas améliorés ; la politique est le jeu louche qu'elle a toujours été. (...) Un millier de Billy Graham ne changeront rien avec leurs chevelures. Parmi les occultistes circule la croyance qui si un changement dans le bon sens se produisait, ce serait en Amérique. Rien ne me ferait autant plaisir si ça se réalisait. Aussi amères et désagréables mes paroles puissent-elles paraître, je ne hais pas l'Amérique et les Américains. Si je considère notre histoire comme un fiasco complet, je pourrais en dire autant de la plupart des pays civilisés. Comme je l'ai dit quelque part, je ne peux penser à aucun individu d'un grand pays pouvant déclarer ainsi que les Pygmées : "Nous sommes contents tels que nous sommes. Nous ne voyons pas pourquoi nous devrions changer !" En fait, cette pensée est impensable pour tout homme civilisé. Et parmi tous les peuples civilisés, je considère l'Américain comme le plus fatigué et le plus insatisfait, comme un idiot qui croit qu'il est capable de transformer le monde à l'image qu'il s'en fait. Pendant qu'il transforme le monde pour l'améliorer, comme il le croit stupidement, il l'empoisonne, il le détruit. Walt Whitman observa ce phénomène il y a plus de cent ans. Il se référait à nous en tant que nation de lunatiques. Il se pourrait bien que Walt Whitman soit le plus grand Américain qui ait jamais existé !



      Voici les mots exacts de Walt Whitman, tels qu'il les écrivit il y a près de cent ans : "Continuez, mes Chers Américains, fouettez vos chevaux jusqu'au bout - La surexcitation ! L'argent ! La politique ! - Ouvrez toutes les vannes et libérez-la - dansez, que le reste tournoie - bientôt vous l'atteindrez cette vitesse folle et vous ne pourrez plus ralentir. Au moins munissez-vous sans tarder, Vieux et Nouveaux Etats, de plusieurs milliers d'asiles d'aliénés. Vous êtes en bonne voie de créer une nation de purs lunatiques."





The end




HENRY MILLER
(1978) 


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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Rubrique à brac
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commentaires

Abou 09/05/2009 03:09

Ayant erré lamentablement de blogs creux en blogs infatués, je passe chez le Sous-Lieutenant prendre un petit coup d'oxygène. Miller était également un bon soldat de la vraie vie, l'autre vie.

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 09/05/2009 14:04


Un bon p'tit coup alors, à la tienne Abou.


Yacedjaz 05/05/2009 21:34

‘‘Pendant qu’il [le Yankee] transforme le monde pour l’améliorer, comme il le croit stupidement, il l’empoisonne, il le détruit.’’Excellente référence à l’inestimable H.M.Salutations, camarade !

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 06/05/2009 11:26


Henry pointait du doigt un des travers "naturels" de la classe dominante, où qu'elle soit, quelle qu'elle soit : croire que sa position de force implique une supériorité universelle. "Civilisé" est
devenu un terme d'excellence !

Fraternellement