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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 11:17



RETURN OF THE LOOSING MACHINE
(Pièce en 376 actes)

[extrait]

  



ACTE 258, scène 412


(Le Congrès de Reims, une grande salle bruyante remplie de gens déguisés en lapins roses, coiffés de chapeaux de clowns, armés de langues de belles-mères et de sifflets. Une femme ronde et de petite taille à la mine triste arrive à la tribune et prend la parole.)


MERE AUBRY : - Je dépose ma  candidature au poste de premier secrétaire (protestations). Maire Bertrand, me soutiendras-tu ?

MAIRE BERTRAND (assis à côté de la tribune il tient un godemichet, en fait un micro sans fil) : - Il n'en est pas question ma chérie. Je t'aime bien, mais on n'a pas gardé les Ch'tis ensemble !

(Maire Aubry retourne s'asseoir tête basse. Un militant de base la remplace au micro. On dirait un professeur d'histoire-géo : barbu, il porte des lunettes et une fausse rose à la boutonnière.)

LE MILITANT DE BASE : - Eh bien camarades, voici le point de la situation : 
jeudi, les militants devront donc choisir parmi 3 postulants, qui sont Ségolène Royal pour la motion "Fra-ter-ni-té, é-ga-li-té, li-ber-té, vo-tez-pour-moi", Benoît Hamon et son groupe "Mais qu'est-ce qu'on fout là ?" et Martine Aubry, motion "Les militants préfèrent les pots-à-tabac tristes et ronds".


MAIRE BERTRAND : - Peuh ! Il n'y en a pas une pour rattraper l'autre. Il nous faudrait choisir entre une pétainiste allumée sur le retour, un jeunot mal rasé qui se la joue Besancenot modéré avec la voix plus grave (qu'on dirait la pub pour un parfum) et un thon rose en exil migratoire. Quel choix exceptionnel ! Une véritable aubaine, je vous le dis.

 

LE MILITANT DE BASE : - Camarades ! Je pose ici même et dès l'instant une motion aux voix pour qu'on fasse une pause casse-dalle. Que ceux qui approuvent cette motion lèvent la main gauche. (Protestations, cris : "Ca n'est pas démocratique !")


MERE ROYALE : - C'est au contraire une motion cons-truc-ti-ve et je la soutiens (elle lève la main droite puis, se ravisant, la gauche ; aussitôt, une forêt de mains gauche l'imite). Ceux qui rejettent la motion casse-dalle du camarade... (elle se penche vers le militant de base qui lui chuchote quelque chose à l'oreille) ...Georges n'ont qu'à retourner d'où ils viennent. Autrement dit : ceux qui ne m'aiment pas prendront le train, ce qui est tout-à-fait dé-mo-cra-ti-que, dé-mo-cra-ti-que, dé-mo-cra-ti-que. (applaudissements)


CAMARADE GEORGES : - Les discussions sont officiellement closes. J'ai ici le chrométrage officiel des bravos, je vous en livre le résultat sous contrôle d'huissier (apparaît un nain en queue de pie qui hoche la tête). Maître Etalon, je vous en prie.


(Le nain sort un papier de sa poche et lit d'une voix de baryton.)


MAÎTRE ETALON : - Chronométré par Festina, Martine Aubry : 36 secondes de bravos ; Benoît Hamon 35 secondes ("Oooh !") ; Mère Royale : 1 mn et 95 secondes ! (Applaudissements fournis)


(La Mère Royale revient à la tribune, sourire aux lèvres, cheveux ondulés teints en rose.)


MERE ROYALE : - J'en appelle immédiatement aux militants ! Nos règlements électoraux sont trop compliqués, débarrassons nous-en. Après le vote, si je suis choisie jeudi tout le monde, et j'en fais ma règle, devra se ranger derrière moi en rang par 2. Si je suis choisie, j'aurai besoin de toi Maire Bertrand et même de tes amies les plus bizarres. Nous aurons besoin de toi Père François, tous les militants savent ce qu'ils te doivent et toi aussi, tu sais combien tu me dois. Il y a tant de belles choses à faire, inventer le socialisme du XXIème siècle, rallumer le soleil thermostat 3, dénombrer toute nue et décoiffée les étoiles au ciel et les brins d'herbe au sol ("Qu'est-ce qu'elle raconte ?") et reprendre la barre des affaires. Nous manquons à nos amis financiers, ils me le disent tous les jours : so-cia-lis-me fi-nan-cier, so-cia-lis-me fi-nan-cier, so-cia-lis-me fi-nan-cier. (Elle essaie de faire répéter à l'assistance, en vain.)


(Arrive un jeune homme qui est le parfait sosie d'Olivier Besancenot. Certains s'écrient : "Ca alors ! Il est venu...impossible !" Emoustillée, Mère Royale fait les présentations.)


MERE ROYALE : - Je laisse maintenant la parole au chef de file de la motion "Mais qu'est-ce qu'on fout là ?". Camarades ! Je vous prie d'applaudir un peu Da-moi-seau Be-noît, Da-moi-seau Be-noît, Da-moi-seau Be-noît... (Réalisant soudain qu'elle est la seule à ânonner, elle cesse et retourne s'asseoir sourire aux lèvres en faisant "la-la-la". Père François, son ex, lève les yeux au Ciel en soupirant bruyamment.)


DAMOISEAU BENOÎT : - Merci, Royale Mère.  Chers camarades, aimer ce parti ne suffit pas. Certes, c'est important de l'aimer, ce parti, mais j'estime que nous devons reconnaître qu'il est dans la panade et nous avec. (Il se tourne vers la Mère Royale). Qu'as-tu fait ? Avec tes délires télévangéliques, tu as semé le trouble parmi les plus faibles d'esprit, et dieu sait qu'il y en a aussi bien chez les Eléphants que chez les militants de base. Sans parler du conflit des générations...


MAIRE BERTRAND (soupir langoureux) : - Ca c'est pas faux. Il est fort ce petit...


DAMOISEAU BENOÎT : - Tu permets Maire Bertrand ? (Maire Bertrand rougit.) Je te disais donc, Royale Mère, qu'en plus de ton cinéma alambiquée et de tes élans monomaniaques, tu prétends faire alliance avec les centristes. Or, les centristes, faut-il te le rappeler, Royale Mère, sont des libéraux, des li-bé-raux (il imite les poses extatiques de la Mère Royale ; une bonne partie du public s'esclaffe bruyamment.) Regardez ce qui est passé dans l'Empire américain ; chez nous, un Obama aurait dû, pour gagner ses galons, être âgé d'une quinzaine d'années de plus, avoir la peau rose et être enveloppé puisque en politique, il faut montrer patte blanche et avoir du ventre (rires des minces et des pâles).


MERE AUBRY : - Eh bien j'ai, moi, toutes mes chances ! Je suis une femme ("Ah bon?"), je ne suis pas blanche mais couperosée et je n'ai aucun ventre (elle le rentre, faisant s'esclaffer Maire Bertrand et le 1er rang. Soudain une énorme araignée velue traverse le pupitre. Martine Aubry la montre du doigt.) Encor une militante qui nous fait défection ! (rires) Trève de plaisanteries, nous ne faisons plus rêver personne, à commencer par nous-mêmes.


DAMOISEAU BERTRAND (sur un ton théâtral) : - "...dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort ?" ("Shakespeare ? Non, Le gendarme de Saint-Tropez".) 


SAL' AL'MALEK : - En tant que membre de l'exécutif et représentant de la minorité Nord-Africaine, je vous demande de ne pas oublier que la France nous regarde, en particulier la France des cités et des banl... (Huées : "Ouououh...on s'en branle !")


MERE AUBRY : - Eh bien une fois encor je dénonce fermement la motion de la camarade Mère Royale, avec sa tentation centriste permanente et sa vision d'un parti de masse, noir comme un combat de nègres dans un tunnel à minuit. Lorsque cette absence de gôchitude a été actée, restait une position possible, comme l'a dit Maire Bertrand tout à l'heure. (Elle se tourne vers lui avec le sourire, mais il fait semblant de regarder ailleurs.) Or la camarade MR n'a pas pris cette position. L'officialisation de ma candidature a été accueillie par un  formidable soutien ! (silence dans les rangées) Rassemblons-nous !


(Dans l'audience, une voix s'écrie : « Père François, tu peux te réveiller ! Tes 2 ex ont fini de nous les briser... »)


MAIRE BERTRAND (tout sourire) : - J'en vois qui bâillent aux corneilles. Vous n'avez pas dormi camarades ? Mais allez-y, continuez, ne vous gênez, les débats si passionnants ne s'interrompront pas durant votre sommeil.


(Aussitôt après, il descend de la tribune et file à l'Anglaise).


RIDEAU !




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