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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 10:57

6. "CE QUI NE NOUS TUE PAS NOUS REND PLUS FORTS"

SI LA CRISE NE TUE PAS LE CAPITALISME CETTE FOIS-CI...

    
     La crise économique mondiale qui frappe banquiers et spéculateurs n'a pas tardé à se muer en crise sociale, dont la houle tsunamique va atteindre des centaines de millions de personnes de par le monde et aggraver leur situation déjà précaire.


     C'est dans cet oeil du cyclone que se mesure mieux l'efficacité redoutable d'un demi-siècle de collaboration de classe, de petites pratiques vénales, de négociations complices et de cirque électoral. Le réformisme démocratique, bien que pourri jusqu'à la moëlle, s'avère encor précieux pour les dirigeants secoués par le krach comme des feuilles de salade dans le panier. La crise fait aussi prendre la mesure du  travail  de sape démoralisateur suscitant  la désunion systématique à chaque mouvement social, sabotage orchestré par un PCF contre-révolutionnaire et son croupion cégétiste, tous 2 désormais moribonds et remplacés par l'ex-ennemi mortel trotskiste. Entretemps, la "gauche au pouvoir" a achevé de discréditer à tout jamais la politique, le socialisme, la révolution, etc., se vautrant dans l'économie du Marché comme un porc dans sa bauge.
     La classe bourgeoise fait feu de tout bois, assure le spectacle chaque jour que fait le dieu du Profit, entretient ses gigolos pour les dispatcher ensuite à tous les vents médiatiques, invités assommant consciencieusement les spectateurs et télespectateurs engourdis à coups de faux débats, bruissements pipolesques, gaz philosophiques foireux et pensées profondes comme une fosse à purin. Armés de "bons mots" et "petites phrases", sociologues, penseurs assermentés par l'Etat, philo-sophistes rebelles en charentaises fourrées et consultants polyvalents sortis de leur cage pour l'occasion dégurgitent leur petit laïus, se crèvent mutuellement les yeux, s'apostrophent tels des perroquets autour d'un sac de cacahuètes et se crottent les pompes griffées pour le plus grand plaisir des bonimenteurs et montreurs d'ours télévisuels.

      La démocratie, relique moisie, érodée par la corruption, fossilisée, impuissante et non opérationnelle, est maintenue en coma léger par moult perfusions ôtées de la poche des "citoyens". On l'a parée de nouvelles nippes aux couleurs criardes : démocratie associative, de proximité, familiale, démocratie à l'école, dans la rue, la région, le département, bref, partout où on pouvait la fourrer en toute inoffensivité, ineffectivité, "inefficiencitude".
    C'est l'individu qu'on glorifie, souverain et indivisible, l'individu-citoyen responsable écolo équitable humaniste démocrate républicain électeur consommateur usager protestataire pétitionneur et finalement dépressif chronique. Dans le même temps cet individu factuel virtuel fictif est relié à des millions d'autres par la concentration du capital. Cherchez l'erreur.
        Cet individu, figure mortifère du crypto-idéalisme bourgeois, il faut bien lui fournir quelques hochets, quelques yoyos afin qu'il oublie qu'au bout de sa misérable existence d'individu il y a la boîte en sapin individuelle. Alors on fourbit tout un attirail, dont un patriotisme assez à "contre-courant" de la "globalisation" économico-politique, à base d'hymne national qu'on le somme de brâmer
avec ses congénères main sur le coeur et pieds joints. Sans oublier le drapeau, infâme symbole impérialiste flottant qu'il est tenu d'embrasser sous peine d'amende et d'entaulement. A côté de ce renouveau tout occasionnel du chauvinisme et du complexe de supériorité nationaliste, le capitalisme, lui, n'a ni patrie ni frontières et ses coursiers sont internationalistes en diable. L'idéologie bourgeoise tend donc à faire de l'individu-salarié un réactionnaire superstitieux, passif, soumis et conformiste, paradoxalement incapable de penser par lui-même.

     Pas une organisation syndicale, pas un parti dit "de gauche" qui ait véritablement tiré les enseignements de l'après-2ème guerre mondiale :

     - la "paix sociale" signifie le report des conflits à la périphérie des pays "développés";

     - la classe dirigeante est devenue impuissante à appliquer toute réforme de son système qui allège un tant soit peu le sort des salariés et des chômeurs. En vertu de quoi, ce qui s'appelle désormais "réforme" représente exactement le contraire : une aggravation constante et officielle du sort des travailleurs.

      En revanche, il existe une loi récurrente de l'acceptation de l'inacceptable par les masses, c'est celle du rôle déterminant joué par l'opportunisme. Aujourd'hui, face à l'essoufflement de la vieille gauche, discréditée par ses volte-face et sa participation notable à la gestion du capitalisme ("victoires" électorales obligent), est venu se greffer sur la souche réformiste un courant "alter-mondialiste" - c'est-à-dire alter-capitaliste - agitant devant l'assistance de petits chiffons rouges : commerce "équitable", développement durable et légumes bio constituant quelques thèmes-fétiches de ces avatars petits-bourgeois de Mai 68. On doit leur reconnaître une certaine efficacité à semer de nouvelles illusions dans les jeunes générations, car l'idéologie humaniste non-violente reste - pour l'instant historique - un thème "porteur" parmi la population. Le vernis qui tient l'ensemble de ce montage, c'est toujours la sempiternelle rengaine que "tout est question de bonne volonté" et que si chacun y met "du sien", y va de sa petite b.a., alors le monde de demain ira un peu mieux, enfin peut-être. Pas très difficile d'identifier dans ce gimmick de change-toi et le monde changera, le re-surgissement de l'
antique fond de cuve  judéo-"christien" baignant la gauche aussi bien (et peut-être mieux) que la droite.
     Seule une crise  aussi intense que celle que connaît actuellement le mode de production peut faire craqueler cet enduit consensuel et oecuménique. Mais il faudra d'autres crises encor plus profondes  pour que, de ce vacillement, se dresse à nouveau la proposition collective d'un "autre monde", possible qu'à la condition d'un affrontement à la vie à la mort entre les 2 classes antagoniques fondamentales du capitalisme, la classe de l'avenir contre celle du passé.
     
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