Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 00:00


5. Y A-T-IL UNE CLASSE POUR RESOUDRE LA CRISE ?



     Face à une crise économique planétaire à laquelle la Bourgeoisie mondiale fait face en se mobilisant avec fébrilité, qu'en est-il de la classe salariée, du prolétariat ? Eh bien celui-ci se retrouve atomisé, au point mort, sans organisation ni direction pouvant concentrer sa force potentielle et lui redonner un but historique grandiose qui le fasse aller de l'avant.

     L'énorme majorité des salariés ploie sous le joug quotidien de conditions d'existence et de travail dégradantes,
inhumaines. Parmi des myriades urbaines d'individus esseulés la concurrence fait des ravages. "Pétages de plomb", superstitions et suicides prospèrent, faisant la part belle aux sociologues, aux psychologues, aux idéologues et autres "consultologues" venant squatter les médias pour mettre du beurre surfin dans les blettes bio.

      La politique de classe en est au point mort. Il est vrai que, jusqu'à nouvel ordre, elle ne se fait ni dans les bureaux de vote, les parlements ou les "commissions" en tous genres, ni dans les "manifs" pacifiques, encadrées de concert par les vigiles des syndicats opportunistes et la flicaille. Elle ne commence à s'accomplir que dans la lutte ouverte pour résister à la pression grandissante des patrons, la baisse diffuse des salaires, l'
aggravation constante des conditions de travail.
      Certains, ne connaissant de l'oeuvre marxienne que sa soi-disant "réalisation" en URSS, seront tentés d'évoquer un décalage entre la marche forcée auquel le Marché soumet l'ensemble de la société et l'absence de réponse sociale de la part de ceux qui subissent le plus cet assujettissement. Existe-t-il là une contradiction ?

     En 1919, Lev Trotski écrit :

     "Si le marxisme nous enseigne que les rapports de classe naissent du processus de production, et que ces rapports correspondent à un certain niveau de développement des forces productives ; s'il enseigne encore que toutes les formes d'idéologie, et en premier lieu la politique, correspondent à des rapports de classe donnés, cela ne signifie absolument pas qu'entre la politique, l'alignement des classes et la production il y ait de simples rapports mécaniques que l'on pourrait calculer au moyen des quatre opérations arithmétiques. Leurs rapports réciproques sont au contraire extrêmement complexes. On ne peut interpréter dialectiquement le cours du développement d'un pays, y compris son développement révolutionnaire, qu'en partant de l'action, de la réaction et de l'interaction de tous les facteurs matériels et superstructurels, tant nationaux que mondiaux, et non pas au moyen de juxtapositions superficielles et d'analogies formelles".

      Voilà une piste de travail pour les militants en chambre : étudier "l'action, la réaction, l'interaction de tous les facteurs matériels..." qui président aux rapports de classe.

     Mais Trotski ne s'arrête pas là :

     "Dans son développement "naturel", la production capitaliste est une reproduction constamment élargie. (...) La production capitaliste élargie approfondit les contradictions du capitalisme. Le prolétariat croît numériquement ..., devient organisé et instruit, et constitue ainsi une puissance de plus en plus forte. Mais cela ne signifie pas le moins du monde que la classe ennemie, la bourgeoisie, demeure immobile. La production capitaliste élargie implique au contraire une croissance simultanée de la puissance économique et politique de la grande bourgeoisie. Celle-ci ne se contente pas d'accumuler des richesses colossales, elle concentre dans ses mains l'appareil administratif de l'Etat, qu'elle subordonne à ses propres fins. Avec un art toujours plus raffiné, elle atteint ses buts en faisant alterner la férocité impitoyable avec l'opportunisme démocratique. Le capitalisme impérialiste peut exploiter les formes de la démocratie d'autant plus à fond que la dépendance des couches petites-bourgeoises de la population à l'égard du grand capital se fait plus dure et insurmontable. Grâce au suffrage universel, la bourgeoisie est capable de transformer cette dépendance économique en dépendance politique".

       Il écrivait ça en 1919. Nos petits-bourgeois d'aujourd'hui, en particulier ceux qui s'affirment "de gauche" ou "d'extrême-gauche" sont plus que jamais "dépendants" du système électoraliste qui, d'échéances en échéances, insuffle à leurs officines un semblant de vie et d'"action".
      
Les lignes suivantes, on pourrait les appliquer telles quelles au facteur trotskiste Besancenot, qui vient tout juste de transmuter la LCR en NPA ("Nouveau Parti Anticapitaliste") :

     "Une conception mécanique de la révolution sociale réduit le processus à une augmentation ininterrompue et à un renforcement organisatif continu du prolétariat, jusqu'au moment où, embrassant "l'énorme majorité de la population", il prend en main, sans combat ni même une escarmouche, la machine économique bourgeoise et l'appareil d'Etat, comme un fruit mûr qui ne demandait qu'à être cueilli. Mais en réalité l'accroissement du rôle productif du prolétariat va de pair avec l'accroissement de la puissance de la bourgeoisie. Au fur et à mesure que le prolétariat s'unifie sur le plan de l'organisation et s'éduque sur le plan politique, la bourgeoisie est obligée à son tour de perfectionner son appareil de domination et de dresser contre le prolétariat de nouvelles couches de la population, y compris les soi-disant nouvelles classes moyennes, c'est-à-dire les intellectuels de profession, qui jouent un rôle très important dans la machine économique capitaliste".

      
Cela n'est plus un problème, et depuis longtemps, pour les épigones du trotskisme, qui ont piétiné allègrement les précieux enseignements du leader bolchevik dont il revendiquent
(quoique de moins en moins) par usurpation l'oeuvre et l'action. Raison de plus pour remettre en lumière des positions invariantes discréditant quelque peu les petits-bourgeois "révolutionnaires" :

     "Plus un pays est puissant du point de vue capitaliste..., plus l'inertie des rapports de classe "pacifiques" y est forte, et plus la poussée nécessaire pour arracher les deux classes ennemies, le prolétariat et la bourgeoisie, à l'état d'équilibre relatif, ...doit être forte. Une fois allumée, la guerre civile sera...d'autant plus dure et acharnée que le niveau de développement capitaliste atteint par le pays en question est élevé. Plus les ennemis sont forts et organisés, plus le volume de ressource matérielles et idéologiques dont chacun dispose est important".

      Ce que la crise mondiale met en valeur, entre autres enseignements, il ne faut pas se le cacher : la classe capitaliste est forte, organisée, internationaliste ; la classe salariée, elle, est atomisée, engluée dans des organisations opportunistes collaborationnistes, défendant bec et ongles l'économie de Marché, poussée à un patriotisme vulgaire par les fonctionnaires de l'idéologie dominante, éparpillée par la concurrence individualiste, balladée dans des organisations "alternatives", charitables et totalement impuissantes.

     Pour s'extirper de cette gangue, il faudra à nouveau aux salariés parcourir un chemin long et périlleux dont les petits-bourgeois humanistes croient pouvoir faire l'économie, soit par ignorance, soit par frousse de perdre leur statut, soit les 2.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
commenter cet article

commentaires