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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 00:00

...ET DU CITOYEN DE 3ème ZONE









    

Les expériences de "camera silens" et la torture


Recherche fondamentale sur l'isolement social et la privation sensorielle dans le cadre d'un programme de recherches sur l'agressivité, faite à Hambourg-Eppendorf

     "Dans les services psychiatrique et neurologique de la clinique universitaire de Hambourg-Eppendorf, des recherches concernant la privation sensorielle ont été projetées et réalisées dans le cadre du programme spécial de recherche 115, depuis 1971. Ce projet, financé par la Société allemande de Recherches (D.F.G.) - qui lui a alloué une somme de 2,8 millions de deutschmarks -, appartient à cette série de recherches qui ont commencé il y a plus de vingt ans aux Etats-Unis dans une perspective avant tout militaire, ayant pour objet d'étudier scientifiquement les phénomènes qu'entraînent les lavages de cerveau et qui se continuent par les expériences sur l'isolement.
     Le directeur de ce programme spécial de recherches à Hambourg, le professeur de psychiatrie et spécialiste des expériences concernant l'isolement, J. Gross, a décrit ... le but de ces recherches dans un article publié dès 1967 à Prague, et dont le titre était :

"L'isolement et la privation sensorielle et leurs aspects intéressant la psychologie légale".

     Gross ..., lors de ses expériences, avait déjà constaté que l'action simultanée de la privation de tout stimulant sensoriel et de l'isolement social entraînaient comme conséquence l'apparition de sentiments de peur, d'inquiétude, de réactions dépressives et agressives. Nous pouvons à nouveau constater, à partir des expériences que nous avons conduites, que dans ces conditions de stimulation sensorielle limitée, l'élément isolement social, confronté à la possibilité d'un contact social, est un facteur particulièrement important. L'absence de possibilité d'éprouver lui-même la réalité rend celui qui est soumis à la privation sensorielle dépendant dans une très haute mesure de la personnalité de l'expérimentateur... (...)
      Sont décrits exactement ici les effets et les possibilités d'utilisation de l'isolement social et de la "
stimulation sensorielle limitée", donc d'une privation sensorielle qui n'est pas aussi totale que dans la "camera silens" - où même les propres bruits émis par le sujet peuvent être étouffés -, mais qui correspond à peu près aux conditions des sections silencieuses.
     Dans son étude, Gross écrit...:

     "
Les nazis ont utilisé dans la plupart des cas l'isolement comme moyen pour obtenir de leurs victimes l'aveu de faits cachés. De plus, nous devons parler aussi de l'emploi criminel de la force dont se sont rendues coupables les commissions chargées des enquêtes et la justice à l'époque du culte de la personnalité en Union Soviétique...qui forçaient les accusés à avouer des faits qu'ils n'avaient en vérité pas commis".

      Le rapport politique qu'établit ici clairement Gross entre la torture/les lavages de cerveau réalisés par l'isolement sous le fascisme nazi et pendant l'ère stalinienne, y compris la question de l'obtention, par anéantissement, d'aveux vrais ou faux, apparaît dans le programme 115 sous le couvert du mot "
agressivité". La garniture scientifique donnée à la thématique du projet d'ensemble "Aspects psycho-somatiques pour le diagnostic psychologique et aspects thérapeutiques de l'agressivité" sert à camoufler le véritable but de ce programme de recherches. D'après le programme, le but avoué est

     "
le développement de stratégies permettant d'éliminer les causes...des comportements agressifs interférents ou de les réduire, de les canaliser ou de les contrôler par des mesures psychothérapeutiques".

      (...) Ce qui sert d'instrument de recherche pour ces projets, c'est la "
camera silens", une pièce spécialement conçue pour l'isolement, qui permet un isolement acoustique et optique complet, et dans laquelle les réactions du sujet-témoin enfermé consécutives à l'isolement, peuvent être mesurées :

     1) production verbale (enregistrement sur magnétophone avec analyse quantitative annexe du contenu linguistique) ;

      2) motricité et comportement, par la mesure magnétique des mouvements (sonde de Förster) ;

      3) mesures polyphysiographiques : ... respiration, circulation sanguine ;

     4) mesures biochimiques : modifications hormonales dans les glandes surrénales et hormone du stress dans l'urine.

       Par la mesure de toutes ces données, il doit donc être possible d'analyser scientifiquement "
la réduction, la canalisation ou le contrôle de comportements agressifs interférents", de mesurer les réactions de résistance et de les rendre "soignables". Comme moyen utilisé pour une telle "thérapie", Gross nomme, dans son étude publiée à Prague en 1967, le caractère de "plus grande influençabilité et de plus grande suggestibilité du sujet soumis à l'expérience", produites particulièrement par l'isolement social. ...Après cette citation, il ajoute :

     "
Cet élément peut certainement jouer un rôle positif dans la "poenologie" (la science des peines), et principalement quand il s'agit de la rééducation d'un individu ou d'un groupe, et là où l'utilisation prudente de ce type de dépendance unilatéral et la manipulation de tels états peuvent influencer de manière efficace le processus de rééducation..."

      (...) Les raisons pour lesquelles cette recherche fondamentale a été si largement financée sont claires (...) :

      - "
rééducation de l'individu ou d'un groupe" ;

      - "
obtention des aveux de culpabilité"

      - "
obtention de la communication de faits cachés" et donc lavages de cerveau, torture, destruction.

      C'est ainsi que l'on retrouve les résultats de ces recherches sur l'isolement dans les dossiers du ministre Posser (Ministre de la Justice du Land de Nordhein-Westphalie), l'un des principaux responsables de la torture exercée dans les sections silencieuses de Cologne-Ossendorf. Dans un article de l'hebdomadaire
Die Zeit - du 1er mars 1974 - sous le titre "Torture en R.F.A. ?", on peut lire :

       "
Ce qu'il faut comprendre sous le terme de privation sensorielle, ou de privation des sens, a été expliqué par le médecin-chef, responsable de la prison du Land de Nordrhein-Westphalie, Petri, en note d'un dossier adressé au ministre de la Justice Diether Posser, bien avant la fin de l'année : "une privation complète et pendant une longue période de toutes les impressions sensorielles à titre expérimental. Cette expérience produit un besoin intense d'impressions sensorielles et de mouvement corporel, une forte suggestibilité, des difficultés à penser, une impossibilité à se concentrer, un état dépressif, éventuellement des hallucinations et correspond alors à l'ensemble des symptômes que l'on peut constater en cas d'isolement extrême, comme on a pu l'observer, au moins partiellement, chez les naufragés ou bien des mineurs restés ensevelis".

     Mais le médecin de l'administration n'avait certainement pas acquis sa connaissance de ce qu'est la déprivation et de ses conséquences dans la prison de Cologne-Ossendorf, où se trouvaient Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin et Astrid Proli. Il s'appuyait plutôt sur les expériences d'un centre de recherches de Hambourg, qui ont été mises au point avec des sujets-témoins volontaires dans une "camera silens", une pièce hermétiquement close et insonorisée. Déjà dans ces conditions, les phénomènes de défaillance psychique apparaissent au bout de quelques heures seulement".

     

      Les chercheurs sur l'isolement de Hambourg, travaillent en étroite collaboration avec l'armée allemande : pour les expériences...en "camera silens", les sujets qui ont été utilisés sont des soldats... En échange ... l'armée pose..., entre autres conditions, que toute publication de quelque ordre que ce soit sur ces expériences doit recevoir son autorisation.

     (...) Qu'aucun de ces chercheurs sur l'isolement n'ait pris position contre la torture par isolement pratiquée depuis des années, bien qu'ils y aient été confrontés, - au lieu de cela, tout ce que l'on trouve dans leurs déclarations, ce ne sont que des proclamations impudentes par souci de se mettre à l'abri et des mensonges -, cela confirme le caractère impérialiste de ces recherches, ne serait-ce que par le comportement de ceux qui les produisent.
      Cette science est une science de la guerre, fondement et partie de la "
counter insurgency" que la bourgeoisie développe et utilise contre les mouvements de libération anti-impérialistes."

[tiré de Textes des prisonniers de la "Fraction armée Rouge" et dernières lettres d'Ulrike Meinhof, 1977]

(merci à : Faynour.blogs.nouvelobs.com)

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Rubrique à brac
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commentaires

Faynour 15/10/2008 11:53

C'est effrayant, n'est-ce pas? Ce qu'elle raconte dans le livre, avec fort détails, c'est plus inquiétant.Bonne continuation.PS: merci pour le merci.

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 15/10/2008 13:24


Karpov ne s'effraie plus de rien. Cette réalité de la société de classes entretient la rage politique qu'il a contractée à la naissance.

Salut fraternel