Dimanche 5 octobre 2008


     Pour avoir déclaré à propos de
l'exécution du patron de Renault, Georges Besse, le 17 novembre 1986 :

     
"Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan. ll faut clarifier les choses : le processus de lutte armée tel qu'il est né dans l'après-68, dans ce formidable élan d'émancipation, n'existe plus. Mais, en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée est nécessaire à un moment du processus révolutionnaire."
 
      Jean-Marc Rouillan co-fondateur de l'organisation armée Action Directe, qui avait obtenu un régime de semi-liberté après avoir croupi 20 ans en taule, s'est fait remettre au trou par le Parquet de Paris.




       Ce n'est pas seulement la Justice bourgeoise qui s'acharne ainsi à briser le guerillero urbain - alors qu'elle n'y est nullement parvenu jusqu'à présent. Une des tristes figures de l'"opposition", François Hollande, aussi "socialiste" que Sarkozy, sachant que l'ancien chef d'Action Directe évoquait la possibilité de faire désormais de la politique sagement et qu'il avait opté pour l'organisation du facteur Besancenot, a sommé ce dernier de prendre position contre l'horrible "terroriste" et autres salades aigres à la social-démocrate, avec à la clé une injonction fondamentale au leader trotskiste de se positionner contre "la violence" en général et la violence politique en particulier. Piètre revanche d'un PS écartelé, qui a vu nombre d'ouailles déserter le magasin pour aller voir chez le facteur, mieux achalandé en termes de radicalisme purement verbal.






       









    




      
     Une fois de plus, le Sous-Lieutenant Karpov vous invite à méditer avec quelle célérité réagissent les politiciens bourgeois vautrés dans l'économie de marché, tout en prétendant en combattre les aspérités les plus voyantes. Dès qu'il s'agit de se mettre au garde-à-vous républicain et jeter l'anathème sur ceux qui ne mangent pas de cette soupe, il n'y a plus de "socialisme" qui tienne. Il faut avoir la dose surconcentrée de cynisme d'un Hollande ou d'un Strauss-Kahn (PDG "de gôche" du FMI !) pour venir aboyer sur quelqu'un qui vient tout juste de purger 20 années de geôle et inciter les chiens de garde du Capital à le ré-enfermer illico parce qu'il ne se renie pas. Il est vrai qu'à gauche, tous les anciens "68-tards" ont fait plus que se renier, ils se sont quasiment couchés aux pieds de leurs maîtres bourgeois. Autant dire qu'ils braillent ferme après tout ce qui leur paraît menacer "l'ordre et la justice" qui les a transformés en ce qu'ils sont aujourd'hui, et plus particulièrement après une personne esseulée dont le courage et l'incorruptibilité leur font honte.
    
     Cependant, une crise économique mondiale vient tout juste d'ériger son champignon atomique sur la société civile avec, en perspective, transfusion de richesses de la classe salariée vers ses exploiteurs, chômage et misère accrus en attendant que le Capital rebondisse vers d'autres sommets de croissance et d'autres abîmes destructeurs. Mais selon les très démocratiques défenseurs du Marché, il ne s'agit pas de "terrorisme", voyez-vous, seulement la marche ordinaire du système, faisant beaucoup de morts au travail, et de victimes sans travail quoique, parmi ces millions de cadavres, aucun grand patron, "créateur de richesses", mécène culturel ou philo-sophiste pérorant sur l'argent qui "ne fait pas le bonheur", aucun "élu du peuple", aucun sénateur obèse, aucune escort-girl télévisualisée à outrance.
     

     Action Directe a exécuté un PDG - esclavagiste - au nom de la justice de classe et en a assumé les lourdes conséquences. Le Sous-Lieutenant Karpov ne partage pas avec les membres d'Action Directe une conception de la violence comme un acte isolé, pratiqué par un groupe lui-même isolé du reste de la société. Mais il dénonce la répression qui s'est abattue sur eux et se déclare totalement solidaire de leur volonté de ne pas plier face à l'écrasante idéologie dominante. Comme le dit Rouillan, la société du spectacle aurait préféré, et de loin, qu'il se renie, qu'il crache sur ce qu'il a fait, qu'il fasse acte de contrition larmoyant et écrive un livre sur son "expérience", qu'il se produise comme un ouistiti enchaîné sur les plateaux télé des bonimenteurs de foire, bref qu'il devienne la énième marchandise humaine qu'on brade à "l'opinion publique".
 
       C'est bien pour ces différentes raisons qu'aujourd'hui un petit juge, n'écoutant que la voix de ses maîtres parlant à l'unisson de sa "conscience" a décidé  (parce que son supérieur hiérarchique lui avait passé un coup de fil) de ré-enfermer le "terroriste". La violence de classe, c'est comme l'or, l'argent, le pétrole, la plus-value : la Bourgeoisie en détient le monopole et entend bien défendre ce privilège par le fer et par le feu.





Par Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - Publié dans : karpov - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
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