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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 13:15


(CHRONIQUE ESTIVALE)

A LA MIAOU C'EST TELL'MENT PLUS AGREABLE

 

     En ces temps impies, on oublie trop souvent les origines de la mi-août (prononcer "miaou" comme un chat d'égout).
     Le Sous-Lieutenant Karpov, dans la droite ligne du devoir mémoriel de retour à la spiritualitude prôné par le résident de la Raie Publique va, une nouvelle fois, pallier à cette regrettable carence :

     lors de la première moitié du XIXème siècle (Second Empire) vivait aux alentours de Lourdes une fillette très pauvre de la cambrousse. Née Bernadette Soubiroute, ses parents firent modifier son patronyme en Soubirous, car ils n'avaient pas été sans remarquer les ricanements provoqués par le patronyme de leur fille.
     Un jour que Bernadette se rendait aux champs de course, elle rencontra sur les bords du Gavé de Pau une espèce de grande Madame d'environ 50 ans, fort richement vêtue. La fillette, pauvre, ignorante et illettrée s'exclama : 
     
     - Ah ben c'qu'vous zêt' bell' vindju !      

     La Dame blanche lui répondit :

     - Yé m'appell' Concepciòn, pequeñita, Inmacoulata Concepciòn.

     Ensuite, elles se rencardèrent régulièrement au même endroit jusqu'à l’aube du XXème siècle et, tout aussi régulièrement, Bernadette reçut de la Madame riche différents messages d'agit-prop' l'incitant à se convertir pour devenir elle aussi une "crémière cousue d'or". Les apparitions de la Dame blanche s'étalent en effet sur des dizaines et des dizaines d'années, car ce n'est pas si souvent qu'il se rencontre sur les bords d'un fleuve une créature aussi pauvre de corps et d'esprit que la Bernadette, d'où l'assiduité de la messagère de Mr Jéhovah, domicilié dans la stratosphère comme chacun sait.


L'eau de source des Pyrénées...

 

     De fait les apparitions à la Soubirous de la VRP du nom de dieu commencent précisément en 1858 à Lourdes. A cette époque, il n'existe pas encor TF1 ou CNN pour répercuter l'info. Celle qui, en prime, se prétend "la mère encor vierge du petit Jésus soviétique" ne rendra pas moins de 18 visites à la fillette un peu juste de la comprenette. C'est depuis lors que l'eau de Lourdes est commercialisée à 50 € le litron jusqu'en Chine.

     Mais qui est Bernadette ? Une bien malheureuse née de la transsubtantiation opérationnelle entre François Soubiroute, meunier de son état et une certaine Louise Castro (d'après certains historiens, la Louise tiendrait une lointaine parenté avec Fidel). Sur la lancée 8 frères et soeurs suivront le rustique coup de reins inaugural.

     Meussieu et Mâme Soubiroute ont-ils jamais su ce que leur patronyme signifiait ? Ce qui frappe en tout cas à travers les épreuves d’humiliation et de pauvreté qui vont être le lot de la famille, c’est une soumission constante à la misère matérielle et morale qui constitue leur pain (c'est le cas de le dire) quotidien. Bref, de bons clients pour l'épicerie du Pape.

     Plus aucun commerçant de la vallée ne voulant faire crédit à l'indigent meunier, celui-ci doit se résoudre à laisser tomber son moulin à poivre pour aller se prostituer à la demi-journée à Lourdes, aux abords du stade de rugby. Toute la maisonnée s’installe alors dans une seule pièce mal aérée que des Lourdais particulièrement lourdauds baptisent "la boîte à biroute". Plusieurs des rejetons Soubiroute en affecteront une santé plus que précaire. Norbert, l’un des frères de Bernadette, claquera à 7 ans et demi d'une simple narine obstruée. La Bernadette en personne est bronchitique, asthmatique, tuberculeuse et arthritique depuis sa naissance. Faut vous dire, Meussieu, que chez ces gens-là (dans la boîte à biroute), on ne mange pas tous les jours meussieu, on ne mange pas, non, on suce des arètes d'un de ces gardons qui, parfois, s'échouent stupidement sur les rives du Gavé.

        
     - Ben si l'bon Dieu l'a voulu qu'j'sois dans la mouise vind'ju y'a rien à mouf'ter, se dit Bernadette dans sa sagesse campagnarde.

    

     Heureusement règne chez la famille Soubiroute une ambiance de franche gaieté. Chaque jour à table (sur laquelle il n'y a rien à manger, hormis des écorces de bouleaux), le père Soubiroute raconte des blagues, malheureusement intranscriptibles ici car politiquement incorrectes. Lors des séjours de Bernadette en cure à Aix-Les-Bains, le paternel trouve toujours un moment pour poursuivre sa petite fille (qui redoute les histoires drôles de son père plus que le diable) de ses trop affectueuses assiduités.

     L'aînée des Soubiroute décroche bientôt un job de bergère à moutons, comme l'une de ses idoles, Jeanne d'Arc. Elle ose à peine rêver qu'elle aussi, à l'instar de son modèle, elle va enfin entendre "des voix" tant qu'elle est encore pucelle (car son père se fait de plus en plus insistant).

     Comme pour tout le reste, elle essaie de bien faire sans jamais y parvenir. Un jour, inquiète des taches roses ornant la laine des ovins, qui sont en fait la marque de leur propriétaire, elle fait repeindre en blanc l'ensemble du troupeau. Son employeur la vire aussitôt.

     Elle en pleurera jusqu'au nouvel an et se réfugie dans la prière, apprenant par coeur "Pater", "Ave", "Credo" et autres recettes. Sans arrêt elle les récite à sa famille qui n'en peut plus. Cependant elle voudrait bien en savoir plus sur "l'autre là-haut" qu’elle prie si souvent, à en rendre fou toutes les Pyrénées. Le curé de Camaret a bien promis de lui faire le catéchisme (et d'autres douceurs) ; cependant,
face au cerveau déficient de la Bernadette il rompt sa promesse. Alors la fillette répète comme un talisman :

    

     - Ben si l'bon Dieu l'a voulu qu'j'sois dans la mouise vind'ju y'a rien à mouf'ter !

      Malgré une obéissance qui lui fait accomplir avec docilité les travaux qu’on peut lui confier, comme nettoyer les vespasiennes ou récurer la porcherie, elle a très tôt le désir d'aller plus loin dans sa carrière. Les senteurs de la campagne, bouses, écuries et autres boucs en rut l'inspirent au plus haut du mysticisme. Pour ses 14 ans elle découvre soudain ce qu’elle veut devenir : la nouvelle bergère connectée sur la Toile divine. Ayant mis le père Soubiroute au fait de son projet, elle ré-intègre la boîte à biroute et besogneusement, entre 2 poussées d’arthrite, planche sur la Bible et le catéch' comme si sa vie en dépendait, au grand désespoir d'ailleurs du reste de la dynastie Soubiroute.


     11 février 1858, Masse-bielle, un trou de rocher, une Dame cossue d'un certain âge...


     Début 1858, Bernadette organise sa première communion. Elle ne sait pas lire, elle n'y arrive pas, alors pour ce qui est d'écrire... Ce 11 février, on se gèle les miches de blé noir. Bernadette a contracté la grippe espagnole, normal, l'Espagne est juste derrière les cimes.  Malgré ses 45° de fièvre, elle accompagne sa sœur Priscilla qui est de "corvée de bois". Rébecca, une amie, participe à l'expédition. Au lieu où le Gavé de Pau longe une grotte que l’on surnomme en argot local « Masse-bielle » (ce qui signifie littéralement branle-bas), les 3 fillettes freinent net : tout autour de la grotte Masse-bielle il y a des fagots de bois secs bien rangés. Rébecca et Priscilla ôtent leurs sabots, franchissent la cascade. Bernadette, malgré la bronchite aigue qui la tourmente depuis 6 mois, se décide à les suivre dans le jus de glacier.

      Mais, à peine a-t-elle fini d'arracher ses chaussettes en cuir de bélier qu'un vent puissant et sonore surgit de la grotte Masse-bielle. La tête de l'aînée des Soubiroute pivote à 180° (comme dans L'Exorciste) et elle aperçoît dans un coin de rocher une Madame très mûre, certains historiens diront même "à point" (50 ou 60 balais), assez bien conservée, qui se signe à une vitesse telle qu'elle produit ce vent force 15. Et en prime, la Madame lui fait un sourire comme pour dire : "Sans forcer".

     D’abord pétrifiée, Bernadette fronce les sourcils (elle est en train de réfléchir), puis s'agenouille devant le ventilateur humain. Elle se met à réciter tout son répertoire de prières, ponctué de "vindju !" et de "macarel !". Plus tard elle déclarera à la presse :

     - « Quand j’t'eus fini d'dégoiser, la bourgeoise a m'a fait sign' qu'j'approch' ma j'a pas osé. Et alors pfout ! a l'a parti d’un coup vindju ! ».


     Asticotée par la frangine qui l’a vue se poser sur les rotules, Bernadette finit par manger le morceau. Elle exige de Priscilla qu'elle garde son clapet fermé. Résultat, le lendemain toute la vallée est au courant.

      25 mars 1858 La Dame Blanche déclare à Bernadette :


     - « Yé m'appel' Concepciòn, Inmacoulata Concepciòn et yé souis encorrr vierdge". 


     Entre le 11 février et le 25 mars se produisent une quinzaine de happenings, qui vont finir par révéler définitivement l’identité réelle de la « Madame riche ». Cependant, comme ils en ont marre des sarcasmes du voisinage, les parents Soubiroute tentent d'enfermer leur fille qui passe pour complètement à la masse. Le procureur l'inculpe même d'incitation à l'émeute ; quant au curé de Camaret, il ne décolère pas, vu que depuis les apparitions, il a dû renoncer à initier la fillette à la conception terrestre. En outre, le 25 mars la Dame Blanche serait apparu un soir à l'ecclésiastique au chevet de son plumard miteux, et lui aurait soufflé dans l'oreille : "Viejo jamòn".

     Déjà afflue à Lourdes une foule venue de toute la France et d’au-delà des frontières, pour recevoir le message de la Mère à Djiseuss. Il consiste en deux requêtes essentielles, que Bernadette a pour mission de colporter dans le monde rural gascon : la prière pour les pêcheurs à la mouche et la conversion des anciens francs en nouveaux. La Marie revient inlassablement sur cette double demande : pêche au leurre et parité monétaire. Lorsque l’on sait que la plus grande des victoires de Satan est de faire perdre patience au pêcheur d'eau douce, on mesurera mieux la portée du message de la Marie, sans cesse à rappeler la complexité de la pêche à la ligne, au seuil d’un XXème siècle qui verra l'apparition du poisson pané.

 

      Dernière apparition fantômatique le 16 juillet 1858 : comme à la 1ère fois, la Madame riche ne prononce pas un traître mot, se contentant de tracer dans le vide le "V" de la victoire. Aux alentours de Masse-bielle se sont déjà produits nombre de miracles proprement miraculeux. Un mouton sourd-muet retrouve l'usage de la parole, une vieille femme accouche d'un ragondin de Camargue et un dimanche à l'homélie, le curé de Camaret a soudain les ce-que-vous-savez qui pendouillent.

     Chez les Soubiroute, le quotidien devient carrément invivable : des visiteurs malintentionnés font le forcing pour démarcher qui un balai-brosse, qui une batterie de casseroles, qui l'Encyclopédie Universaelis. Pour avoir contracté un crédit de 45 ans afin d'acquérir une cuisinière à induction avec extension de garantie, la mère Soubiroute se prend un aller-retour sur sa face boursouflée avec prière de résilier le contrat subito.


Si on lui disait de se pendre, elle le ferait !

 

     Bernadette devient extrêmement célèbre dans sa région, pondant pratiquement un édito par jour dans Le pâté de campagne, journal de la paroisse, pour rapporter tout ce que lui raconte la bonne Mère (et dieu sait que la rombière friquée est devenue fort diserte avec la jeune et naïve péquenaude). Elle restera toujours modeste et humble, même sous contrat avec l'évêché. Une fois, après qu'elle ait subi debout avec une lampe dans la gueule 4 heures d’interrogatoires, en garde à vue pour "vente illégale de statues de la Vierge", le commissaire Bourret, goguenard, l'invite à s'asseoir. Elle ne peut s'empêcher de répondre :

« Ah bê non vindju ! J'm'a pissé d'sus ! », faisant s'esclaffer tous les pensionnaires de la maison poulaga.

    

     Devenue apprentie-bonne soeur en CDI, elle écrira un mémoire intitulé « Ben si l'Bon Dieu  l'a voulu qu'j'sois dans la mouise vind'ju y'a rien à moufter ! », aux éditions Marabout. Malheureusement, les 1ers exemplaires en seront saisis dès leur exposition en vitrine. En effet, la Bernadette se verra assignée en procès pour plagiat par Mgr Lustinier, évêque de Lourdes, qui a des vues sur la mère Soubiroute et postule au ministère du Culte. Cette affaire tuera dans l'oeuf une prometteuse carrière littéraire. Au lieu de quoi, Bernadette finira comme modèle dans une entreprise de bustes religieux en plâtre de Paris et, vers ses 75 années, poinçonneuse devant la fameuse grotte où pour la 1ère fois quelques années auparavant, elle avait aperçu etcetera etcetera.

     Telle fut la vie trépidante et trop ignorée de Bernadette Soubiroute, surnommée affectueusement "la grotte vide" par quelques amoureux éconduits.

 

     Qu'ici soit observées quelques secondes de mutisme à sa mémoire... (merci pour elle).

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Sous le soleil du profit
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