Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 00:00


(CHRONIQUE ESTIVALE)

Tour de passe-passe

     Et c'est parti pour un Tour ! Les coureurs n'avaient pas effectué 3 coup de pédale pas douce, déjà étaient annoncés une vingtaine de contrôles positifs aux diverses médicamentations officiellement prohibées par les sponsors-organisateurs-barbeaux.

     Le spectacle du spectacle surpasse en fascinatoire le spectacle lui-même, puisque, faut-il le rappeler, la société du spectacle instaurée en Mai 68 par les futurs cadres bourgeois bat son plein et n'a pas fini d'exsuder tous ses sucs gastriques, ses acides lactiques et ses selles (de vélo) bifidiques.

     Une fois n'est pas coutume, gloire aux moines télévisuels, aux shamans encravatés de l'écran plat (comme leur cervelle) et large (comme leur professionnalitude), les journalistes sportatifs. Face aux évènements, les incantations n'ont pas tardé à fuser de leurs orifices en forme de micro :

        - eh oui, on croyait enfin assister à un Tour propre, eh non c'est raté !
      - à cause de quelques coureurs malhonnêtes, qui n'ont toujours rien compris, les autres, la grande majorité, voient leur rêve brisé ;
      - pourtant, les instances du cyclisme professionnel avaient pris toutes les mesures nécessaires, en accord avec les équipes et leurs sponsors ;
        - bon, enfin, une fois que les brebis galeuses auront été écartées du peloton, espérons qu'on pourra enfin y avoir droit, à notre Tour propre.

et rabadja la moukère...

        C'est-à-dire que les gugusses ont tout de même la rouerie d'utiliser les péripéties tout-à-fait attendues du sport professionnel pour pimenter leur sauce en poudre et sachet yophilisés. Ces renardeaux domestiques et autres vieux blaireaux grisonnants du PAF (dans la gueule) savent pertinemment ce qu'il en est des rapports entre l'industrie du sport-spectacle et celle des "produits dont il faut se garder de lire l'étiquette", comparables à ceux qui unissent pour le pire et le meilleur pharmacopée et médecine. Que l'un de ceux-ci s'avise de sortir de sa cage, s'en aller fureter entre chiens et loup sous les fenêtres des équipes du Tour pro, il se retrouvera instantanément interdit de caravane, micros et caméras, proscrit, banni, "fouilleur de poubelles", "charognard" et autres jolies épithètes pour faire respecter l'omerta. Alors, avec tout le courage et la passion dont ils sont capables, les valeureux z'hérauts de la geste sportive anabolisée se replient sur les "valeurs morales" du cirque qui les nourrit : l'honnêté (rires dans la salle), l'esprit olympique (esclaffements), la valeur d'exemple pour la jeunesse (poilade générale). Au nom du Sport, du Spectacle et du Saint-Profit, amenez-vous sur le bord des routes, venez communier avec le troupeau des poly-musclés.

      Pourtant, Karpov relève une lacune - ô, si infime - dans la glorification quotidienne de ces étranges valeurs du sport, chantées sur tous les tons de la gamme chromatique par les serviteurs zélés que sont ceux-que-vous-savez. Dans cette messe, manque le constat de la démocratisation des substances "dont il faut dire que le voisin en consomme régulièrement, lui". Grâce à l'exemple diffusé avec efficacité par les médias, la pratique des soins très spéciaux pour le corps s'est diffusée et répandue à tous les étages des disciplines les plus "porteuses". Chez les amateurs, en province et dans des couches générationnelles de plus en plus précoces, on se charge comme un mulet pour la gagne, devant tonton, la famille et le ou la fiancée. C'est ça aussi, la démocratie. Quand leur production augmente, le prix de certaines marchandises baisse ; ainsi, un nombre croissant de consommateurs y accède. Et le marché du muscle qui ne fatigue plus, du coeur qui bat plus vite, du souffle qui souffle plus fort et de la performance qui déchire en est un des plus compétitifs, de marché.

     Le dopage ? Prenez l'économie capitaliste (d'ailleurs, il n'y a que ça en rayon) : que sont les dumping et autres formes excitatoires du crédit ?
     La performance ? Que sont les bilans dans les entreprises, les brain-storming, briefing-debriefing ?
     La compétition ? Qu'est-ce que la concurrence, le lobbying ou le "délit d'initié"  ?
    
     Et ces journaleux qui jouent aux bons curés du "Bien" et du "Mal", tout en lorgnant avec une avidité à peine contenue sur les stars EPO-isées de la pédale et de la ba-balle !

     Pas la peine de s'inquiéter, cette année encor, ils joueront leur bon Tour à des millions d'avides. Un petit indice cependant : le coureur suspect, c'est celui qui gagnera.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Docteur Albert 19/07/2008 13:59

Comme dit (disait) Coluche, s'ils arrêtent de se doper, ils vont être obligés de partir à Noël pour arriver le 14 juillet sur les Champs. Et l'audimat s'en ressentirait forcément...Pour être plus sérieux (un tantinet), tu peux me donner tous les produits les plus performants, c'est pas eux qui vont m'aider à monter le Ventoux. Il s'agit quand même de "forçats de la route", comme le disait je ne sais plus qui. Ricco est peut-être dopé, un tricheur selon le nabot Holtz (orthographe ?), il n'empêche que, le Galibier, c'est quand même lui qui se le tape, tout dopé qu'il est... et puis le petit peuple en redemande...

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 19/07/2008 17:38



Karpov partage ton point de vue : un cador comme Ricco est déjà phénoménal au départ. Petite taille, squelette d'oiseau, il ne grimpe pas, il vole. Le problème n'est pas "éthique" ou moral mais
bassement matériel : pour faire le spectacle TOUS LES JOURS ou, comme en athlé, le jour dit à l'heure dite, les médecins sportifs prescrivent à ces athlètes hors normes de quoi performer sans
cesse et toujours plus. Quitte à ce que le bonhomme qui se charge crève avant d'atteindre 50 ans.

Karpov n'émet aucun jugement de valeur sur ces pratiques qui se sont d'ailleurs généralisées aux amateurs. Elles sont inhérentes à cette bonne vieille société démocratico-marchande. Dans ce cadre
il n'existe aucune solution viable. Les plus hypocrites sont encor les orfraies qui poussent leurs hululements de cagotes tout en prospérant comme des sangsues collées sur la compétition
sportive.