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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 09:50

 

ALLOCUTION DU SOUS-LIEUTENANT PIOTR MARAT KARPOV POUR LE TRANSFERT DES CENDRES DE PPDA DANS UN INCINERATEUR A DECHETS DE JOURNALISTES RECYCLES

 

 


 


Monsieur le Président de la Raie publique, Françaises, Français,

 

Voilà donc 40 ans que Poivre d'Abord débarqua, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la télévision française, et devenir le chef de file d'un curieux cercle du soir vers 20 heures : les présentateurs de JT. Nul besoin de la cérémonie d'aujourd'hui pour que les millions d'enfants de France connaissent son nom éponyme d'une marque de chocolats surfins : Patrick Poivre d'Abord. Et depuis qu'il sévit au 20 heures, combien de millions d'autres sont nés, nourris à son lait concentré sucré?...

 

Puissent les commémorations du bonhomme s'achever aujourd'hui par la résurrection des journaux que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son crâne quelque peu dégarni d'aristocrate. 40 années de "Madame Mademoiselle Monsieur, bonsoir", l'info est devenue un monde de limbes où la légende se mêle au délire. Le sentiment profond, organique, millénaire, qu'éprouve le Sous-Lieutenant devant l'écran, le voici : ENFIN !

 

 


Comment Karpov l'a rencontré, ce Poivre ? Eh bien enfant, dans une ville-enclave de l'Union Soviétique, quand le noble personnage officiait sur "Antenne 2". Il était d'usage, à cette époque, de considérer qu'un présentateur n'était que le faire-valoir du gouvernement. Et le Poivre y parvenait tout-à-fait, avec ce ton sussureux qui était déjà sa marque de fabrique, son logo, sa patine. Ce sentiment qui appelle la légende sans lequel la réputation n'eût jamais existé et qui nous réunit aujourd'hui, c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité proverbiale des seigneurs de la TV.

 

Ce à quoi Poivre d'Abord s'est employé jour après jour, 20 heures après 20 heures, c'est à dire la messe toujours sur le même ton, mesuré à l'aune soigneusement mesurée de son aura éclairée par les projos : "Mademoiselle Monsieur bonsoir... Et maintenant, une interview en direct du leader Maximo..." Dans la réussite médiatique il y a inévitablement des problèmes d'envieux ; et bien davantage, la concurrence permanente, l'exaspérante certitude pour chaque présentateur rival d'être sous-évalué au bénéfice d'une élémentaire particule... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement au Poivre pour parler le même langage à des ministres, des chefs d'Etat, des dictateurs progressistes ou réactionnaires (selon les alliances du moment) ou des libéraux, des femmes aguicheuses et même des communistes (ou prétendus tels) retour de Moscou, tous promis à la même reconnaissance ou à la même disgrâce du fait de passer devant (ou en-dessous) le numéro un de l'interview ; ce qu'il fallut de rigueur à un ami du Prince, à un séducteur impénitent, pourchassé par ses pairs voulant recueillir quelque miette tombée du banquet prestigieux !

 

 

(alors le tout petit garçon demanda à Poivre : "s'il-te-plaît le chauve qui sourit, dessine-moi un top-model")



Poivre d'Abord n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui l'a suscitée, c'est la ménagère de moins de 50 balais qui regarde TF1 en laissant le fer brûler le marcel de son Marcel. Ce n'est pas lui qui a créé le temps de cerveau disponible, dont l'histoire reconnaîtra la paternité indiscutable à son chef de service et néanmoins copain breton bretonnant et tonnant. Comme quoi, en Bretagne, il n'y a pas que des porcs alcooliques d'extrême-droite. Ce n'est pas lui qui a fait les programmes mais c'est lui qui en a assuré le renom et l'audience. Il a été le premier bonimenteur de la télévision française. Rendons au Poivre ce qui ne doit pas aller dans la salière.




Poivre d'Abord s'en est toujours tenu à la déontologie journalistique : « Faire la guerre à la chaîne concurrente ; rendre la parole au patronat français ; rétablir les libertés républicaines d'exploitation, de licenciement et de corruption ; travailler avec les puissants à l'établissement d'une collaboration médiatique nationale, tenter de séduire tout ce qui, passant à portée de champ visuel, porte un sac à main Prada et une montre Gucci, à moins que ce ne soit l'inverse.  »


La trahison y joue son rôle - et les petits cadeaux, les machinations, les amours transcendentales finissant en coucheries horizontales. Comprenons-nous bien : pendant les années où il pourrait encore jeter l'éponge, faire sa valise, partir loin de France et de Navarro (à Monaco ou au Grand Duché du Luxembourg par exemple), cet homme préfère perdurer devant le micro et la caméra, scribouiller des bouquins édités par des potes et faire tourner sa petite entreprise de culturalisme, baisouillage chic and co.





Une Ferrari dont le Président détient la clé de contact prendra sa succession. Mais voici la récompense de cette servilité atrocement payée : le destin bascule. Ô chef de file promu "insolent" par des encor plus humbles que toi, regarde de tes yeux humides toutes ces ménagères qui, appuyées sur leur balai-brosse, ne te regarderont plus, elles, portant ton deuil, le deuil d'une certaine idée de l'info qui se mêle aux histoires du marché aux légumes. Pauvre roi supplicié des ombres télévisuelles, regarde tes disciples esquisser d'une voix que le courage éraille l'ombre d'une protestation : "Quand même c'est un scandale, ça s'est pas fait démocratiquement. Et si on faisait une pétition ? "




Comme tel ou tel qui déplut au Prince de droite ou au Cardinal de gauche gicla vite fait suite à un coup de fil venu du petit "très haut" juché sur son tabouret-talonnettes, sors de là Poivre d'Abord, avec ton misérable cortège. Avec ceux qui ont été virés pour avoir été un jour, une heure ou une phrase VRAIMENT insolents, contrairement à toi, toujours con-sensuel ; et même, ce qui est peut-être plus amusant, en ayant réussi à être encor moins insolents et plus consensuels que toi ; avec tous les ratés, les demi-sel du PAF, les traîne-lèche-bottines des couloirs des studios, avec le dernier des derniers des journaleux soumis à la voix de leur seigneur et maître enfin mis à la retraite d'office pour bons et déloyaux services. Sors de là, avec tes spectateurs-lecteurs-admirateurs - puisqu'il paraît qu'il en est de par l'Hexagone. Et le Sous-Lieutenant ajoute:

 

« Écoute un soir, engeance contrefaite de ce pays, les cloches qui sonnent un mariage, un baptême ou un enterrement de 1ère classe : puisses-tu les entendre et imaginer qu'une fois ultime, elles vont sonner pour toi. »

 

L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le silence que le Sous-Lieutenant va laisser s'élever maintenant, ce silence que le ronronnement poivrien a recouvert pendant 40 interminables années, ce silence que sa psalmodie brumeuse, mêlée aux cris perdus des usagers, a transmuté en brouhaha médiatique sans fond.


Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour toi le Chant de la Servilité et de l'Aliénation. C'est la caravane publicitaire que voici : après le Poivre vient la Ferrari, aux formes aéro-dynamiques assurant une meilleure pénétration par l'air du temps. Aux côtés des journalistes sportifs lourdement enthousiastes cheminent les chroniqueurs politiques (qui sont notamment des gros-niqueurs idéologiques), suivis par les plus misérables d'entre les misérables, les présentateurs de talk-show déguisés en journalistes VRP sortis du trou de balle prolifique d'un Président-Reine des abeilles. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre tête emperruquée, de ses lèvres refaites qui ne dégoiseront plus dans la lucarne vide ; une dernière fois, jeunesse, fais entendre à ce sire triste en cire l'hommage d'un cri unanime:

 

"DEGAGE !"

 

post-cryptum : et n'oublie pas d'emmener avec toi le petit Olivier que tu arbores à tes fixe-chaussettes. Apparemment, même à la Villa Medicis personne n'en veut.

 

 


(le Sous-Lieutenant Karpov vous remercie de votre attention)

[merci à Dédé pour le coup de de main]

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans LA TRONCONNEUSE
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