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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:22

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XVII

     Anselmo Lorenzo a compris l'impossibilité de la liberté sans limites prêchée par Bakounine :

       "Une fois de plus l'évidence a montré que les résolutions adoptées par les hommes et qu'ils croient le produit de leur libre arbitre, sont déterminées par des circonstances qui impulsent leur volonté ; et c'est lorsqu'ils se vantent le plus d'être libres qu'ils se retrouvent au contraire le plus assujettis aux circonstances et au milieu" (A. Lorenzo, El proletariado militante).

     Par son analyse, Lorenzo remet involontairement en question les principes de l'anarchisme.






    













        L'unité d'action suppose une autorité et une centralisation. Il n'y a plus de place pour une voix discordante, ce qui anéantit le libre arbitre anarchiste. Lorenzo va plus loin. Il n'hésite pas à dénoncer le mensonge de la liberté totale dans les rangs de la Fédération Anarchiste Espagnole. Il constate lucidement l'existence d'une organisation capable de décevoir les travailleurs qui luttent pour elle.
     Dans ses observations critiques, il va jusqu'à remettre en cause les structures de l'organisation. En fait de complexité, il s'agit d'un enchevêtrement mécanique de sections, de fédérations et d'unions dirigés par des conseils et des commissions. Le fonctionnement d'une telle organisation n'est qu'apparent, sans réelle efficacité. Selon Lorenzo le Congrès se chargeait de discuter et de résoudre les problèmes qui auraient dû incomber aux différents secteurs mentionnés ci-dessus. Mais, par indolence, par incompétence ou par simple blocage bureaucratique, il avait manqué à sa tâche. Malgré ce constat d'inefficacité, Lorenzo est loin d'en conclure à la nécessité de la centralisation. Il cherche à trouver un juste milieu qui en fait n'existe pas. L'organisation souffre soit d'une absence d'adhésion, soit d'un excès d'adhésion au "Pacte" anarchiste.
     Qu'est-ce donc que ce Pacte ? Les anarchistes le doivent à Pierre Proudhon, le théoricien français du fédéralisme dont A. Lorenzo a connu les thèses. Proudhon a donné son aperçu d'une société libre :

      petits paysans, artisans et entrepreneurs des industries collectivisées négocient et conviennent de la meilleure manière de satisfaire les besoins matériels. L'exploitation du travail n'existe plus et chacun exige simplement la rétribution de sa tâche, en travaillant librement ou, si besoin est, en échangeant sa production, sans entrer dans une compétition ou la recherche de bénéfices.



     Lorenzo considère que cela reste du mutualisme et qu'il faut dépasser ce stade. Sa notion du Pacte se rapproche de celle de Kropotkine et reprend la formule marxiste :

     "De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins" (K. Marx/F. Engels, Le Manifeste du Parti communiste).







   









     En revanche, Bakounine prêche la distribution selon le travail, en juste proportion avec l'apport de chacun. Les anarchistes veulent définir la distribution des biens de production dans la société future et ils mélangent à cela des bribes de Contrat Social qu'ils ont emprunté à Rousseau. Ils y apportent simplement leur variante d'une organisation collective. L'homme y est libre de se retirer à tout moment, s'il estime que la nouvelle organisation du travail le frustre d'un droit sans lui offrir la contrepartie équivalente. Le Pacte ou le contrat qu'il a conclu avec la société est provisoire,  conditionnel et révocable en permanence.
    
(Jean-Jacques [1712-1778])


     A défaut d'être plus approfondi, ce Pacte propose au travailleur une régénération morale et sociale. Le Pacte et la solidarité constituent l'énergie bénéfique qui abattra l'Etat.

       L'Etat apparaît dans la vision critique des anarchistes comme un mal absolu, détaché de tout contexte historique et social, en quelque sorte le produit d'un "Esprit" malfaisant. A. Lorenzo qualifie lucidement cette approche d'"idéalisme révolutionnaire", parce qu'elle dénie à toute institution la capacité d'exercer son pouvoir dans un sens bénéfique. L'Etat n'est pas l'expression de la classe dominante, il est l'idée en soi. Illustration de cette conception métaphysique :

     "Ce n'est pas aux hommes de faire que l'Etat soit différent de ce qu'il est, ni aux principes de tel ou tel mouvment politique de remplacer son immobilisme par le progrès. C'est précisément à son antithèse, à la révolution sociale de s'en charger et c'est celle-ci que nous voulons réaliser" (Congrès de Barcelone).

       L'Etat apparaît indépendant de la réalité du mouvement social, en tant que reflet d'une idée caduque qui fera place à une vérité absolue, la révolution sociale. Il est à remarquer que cette dernière n'est jamais explicitée. Elle fait partie d'un large champ synonymique pour désigner les Idéaux de la nouvelle société : émancipation et liberté, Egalité et Justice, collectivisme. Le mot d'ordre est de faire de l'organisation le propre objet d'elle-même :

        "C'était le moment du dernier appel, lancé en mots-symboles immenses et vagues, qui emportaient tout : solidarité, justice, république, travail, avenir" (Victor Serge, Naissance de notre force).

     L'organisation tient le rôle de moyen en soi. C'est d'ailleurs en ces termes que l'expriment les participants au Congrès de Barcelone :

        "El objeto de la organizaciòn es la organizaciòn misma".

        Il existe deux attitudes libertaires par rapport à l'organisation :

        - se rapprocher du fonctionnement des partis politiques ;
      
      - considérer que les institutions de l'Internationale peuvent se transformer après la victoire du prolétariat ou bien que l'Internationale, après une courte transition, peut passer de son état révolutionnaire à un fonctionnement organique définitif.

     Lorsque la répression oblige à la clandestinité, l'extension de l'organisation reste cependant l'objectif essentiel. Il ne s'agit pas encore de s'attaquer à la vieille société.

       Les révolutionnaires russes d'obédience marxiste voient les choses autrement. Pour eux, le parti communiste représente l'avant-garde de la classe révolutionnaire et donc se pose en organisation dirigeante du prolétariat dans la lutte à mort contre le tsarisme, vers la conquête du pouvoir politique.
    



     Les anarchistes ont plutôt pour objectif de mettre en place, à côté de la société basée sur l'exploitation, une autre société, égalitaire, qui attirera par son respect du principe de justice tous les exploités rêvant d'émancipation.

    [Tina LOBA]



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commentaires

K
Je t'ai dis Karpovpour une femme comme Tina, je m'engage demain matin ...et je lui envoie tout un régiment ...des neuronnes et une bouche pulpeuse ...elle a tout pour avoir un empire comme une reine abeille dont on serait les soldats dont je serais volontier un martyre ...car pourir pour une femme comme cela c'est comme mourir pour le paradis des sens ... salut a toi ...
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S

ça sera transmis à l'intéressée.