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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 00:00

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XV

     C'est la philosophie rationaliste du XVIIème siècle (Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche) qui érige les notions de liberté, justice, égalité avant qu'au XVIIIème la philosophie des Lumières ne les reprenne à son tour. Le rationalisme établit que quelles que soient ses origines, sa situation, ses capacités, l'homme détient par sa naissance certains droits face aux abus de pouvoir des sociétés d'Ancien régime, absolutistes, rigides, basées sur des "états" comme on appelait alors les classes sociales. La Déclaration des Droits de l'Homme (1789) repose sur cette conception du droit naturel, égalitaire et universel. Un demi-siècle plus tard, ces idées imprègneront la pensée anarchiste naissante :







    












                                                                                                                      (Baruch Spinoza [1632-1677])

               (Descartes [1596-1650])








    











                                                                                         (Nicolas Malebranche [1638-1715])
(Leibniz [1646-1716])




     "Les droits individuels sont inhérents à la nature humaine, antérieurs et supérieurs à toute loi, et l'homme ne doit en aucun cas attendre qu'on les lui donne ou qu'on les lui reconnaisse" (journal "La Solidaridad").

       Et encore :

      "L'absurdité d'hier et la vérité de demain sont une évidence. Il suffit de le démontrer autrement. Au moyen de la signification, la relation et la déduction des trois mots qui doivent être la loi unique et exclusive du gouvernement des hommes : liberté, égalité, fraternité. En effet, il n'y a pas de liberté là où les égaux et les frères n'existent pas. Il n'y a pas d'égalité là où les frères et les hommes libres n'existent pas. Il n'y a pas de fraternité là où manquent les hommes libres et les égaux" (J.L. Montenegro).





     Tout en reconnaissant ce qu'ils peuvent avoir de progressistes dans une société où survivent des vestiges du féodalisme, les marxistes, en revanche, ne se font aucune illusion sur les slogans républicains bourgeois.
      "Constatons avant tout le fait, écrit Marx, que les "droits de l'homme"...ne sont rien d'autre que les droits des membres de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté" (La question juive).
       Marx définit la liberté comme un droit individuel limité, car ce droit ne repose pas sur les relations de l'homme avec l'homme mais sur des rapports de classe, donc de séparation des hommes : "l'application pratique du droit de liberté, c'est le droit de propriété privée" (idem).
      Entre la définition générale de liberté "qui ne nuit pas à autrui" (Déclaration des Droits de l'homme) et le principe de propriété privée consacrant le droit de l'individu à jouir de ses revenus, rentes et produits de ses biens sans se soucier des préjudices infligés à d'autres, Marx dénonce l'illusion de la bonne conscience bourgeoise. Celle-ci, tout en commettant perpétuellement des injustices, invoque solennellement la liberté. Concernant l'égalité, les communistes rejettent le principe inhérent à la "nature des choses" consacré par les anarchistes espagnols. Il critique les positions du philosophe et économiste allemand Ferdinand Lassalle, qui parle de "partage équitable" et de "droit égal de chacun au produit égal du travail". Selon Marx, le droit égal c'est le "droit bourgeois, qui comme tout droit, présuppose l'inégalité" (Critique du Programme de Gotha).
     

(Ferdinand Lassalle [1825-1864], socialiste allemand)


     Tout droit consiste dans l'application d'une règle unique à des gens qui, en réalité, n'ont rien d'égal. En fait le droit égal équivaut à une injustice, à une violation de l'égalité car pour les communistes, l'égalité sociale est avant tout l'égalité du travail et de la répartition des produits de celui-ci. Elle est irréalisable dans le capitalisme et ne pourra effectivement être établie que dans la phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu la division du travail, entre autres l'opposition entre travail manuel et intellectuel. Cette égalité effective est résumée dans la devise des marxistes :

      "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins" (idem).
   



      Revenons à la pensée anarchiste qui, tant bien que mal, essaie de naviguer parmi les notions de justice, égalité, liberté. Les libertaires refusent en bloc la nécessité d'une République bourgeoise, car elle représente pour eux l'autorité de l'Etat, l'ennemie du progrès qui empêche un changement immédiat et radical de société :

     "On doit être prudent à l'égard de tous ceux, qu'ils soient républicains ou socialistes qui, ne désirant pas la transformation complète et radicale de la société actuelle, cherchent à retarder l'avènement de la Justice" (Résolution du Congrès de Cordoue).

      Cependant, ils utilisent des concepts hérités des XVIIème et XVIIIème siècles. Les droits civils accordés par la République bourgeoise ne sont pour les anarchistes que des palliatifs à l'intention des travailleurs, afin qu'ils ne s'engagent pas vers une voie révolutionnaire.
       Sur ce point-là, ils ne diffèrent guère des marxistes. Mais la différence entre les deux points de vue se révèle quand les anarchistes insistent sur les droits naturels, antérieurs à toute organisation sociale. Les marxistes considèrent que les droits bourgeois, bornés et limités au cadre de la société capitaliste, n'ont pas été acquis du fait d'une volonté providentielle et ne relèvent pas plus de vérités éternelles. Ils ont été conquis au cours de l'évolution de l'organisation sociale, lors du passage d'une société à une autre supérieure dans son mode de production. Les marxistes tiennent l'égalité, la justice et la liberté pour des valeurs relatives quand, pour les anarchistes, elles sont absolues. Ces derniers concèdent que ces valeurs peuvent être remises en question par un Etat politique manipulateur. Mais elles ne cessent pas pour autant de représenter l'idéal libertaire, l'émancipation et la liberté. Cette vision fait écho à l'idéalisme hégélien et à sa contradiction interne, soulignée notamment par Engels.

[Tina LOBA]



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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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commentaires

leo nemo 28/05/2008 21:46

rien à dire ...juste un peu de pub...

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 29/05/2008 16:47


Une petite mousse ou un ballon de rouge ?