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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 09:37

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

XIV

     L'anarchisme fut le dernier héritier radical de la philosophie des Lumières. Dans le progrès scientifique, les libertaires espagnols voient l'avancée de la raison face aux conceptions religieuses et ils fondent sur ce progrès la certitude de la libération des hommes.
      Anselmo Lorenzo, patriarche de l'anarchisme internationaliste en Espagne, considère le progrès comme la loi universelle de la vie, accumulant dans son cours historique le temps, l'expérience, la connaissance, la richesse et les victoires. Pour lui, science et sacrifice seront à la base de la société future, fondée sur la justice, la paix et le bonheur.
    



       Lorenzo cite un discours de l'anarchiste Marcelin Berthelot, selon lequel en l'an 2000 la chimie aura résolu tous les problèmes matériels ; quant aux questions sociales, elles seront élucidées par l'éducation populaire. Le journal anarchiste "Prospecto" exprime la croyance en une science ouvrière :

     "La science sociale, la sociologie, en se fondant sur une logique implacable et irréfutable résoudrait ces questions qui visent à atteindre l'émancipation totale des classes laborieuses".

   
(Marcelin Berthelot [1827-1907], chimiste et anarchiste)


       Dans un manifeste, un autre journal, "La Solidaridad", s'attaque à la classe moyenne - selon lui la bourgeoisie - et revendique les libertés politiques dans le cadre d'une république fédérale :

     "Liberté de pensée ! Peut-elle être donnée par une loi à celui qui est esclave de l'ignorance ? Liberté de culte ! Que signifie que l'on nous donne la liberté de culte par une loi, si on nous interdit absolument, par le biais de l'organisation sociale, l'entrée dans le temple de la science, véritable culte qui fait de chaque homme un Dieu ?"

    Ce passage nous montre la défiance des anarchistes à l'égard de la république bourgeoise et leur exaltation quasi-mystique de la science. Pourquoi cet acharnement contre la bourgeoisie (appelée "classe moyenne") ? Parce que celle-ci exerce sa domination, réprime et représente un obstacle au progrès de l'humanité. "Nous disons cela calmement, car c'est une vérité scientifique", renchérissent les internationalistes de "La Solidaridad". Les anarchistes utilisent le mot "science" pour justifier leur apolitisme. Pour eux, la science sociale trouvera son aboutissement dans l'absence de tout gouvernement, c'est-à-dire le gouvernement de chacun pour soi et par soi.

       En juin 1870 le Congrès de Barcelone affirme que, selon la science, l'idée de pouvoir signifie uniquement une autorité imposée. Cependant jamais on ne trouve de description des caractéristiques de cette fameuse "science". Elle apparaît comme une panacée, un destin que suivra le monde sans l'intervention d'un quelconque Etat ou d'un mode de production quel qu'il soit.
      Dans la vision anarchiste, la science est une donnée absolue, universelle, qui existe pour assurer le progrès au profit de l'humanité et la bourgeoisie est là pour empêcher sa réussite.
    
      Sur le sujet, rien n'est plus différent de la conception anarchiste que celle du marxisme. L'analyse marxiste pose la bourgeoisie, classe capitaliste, comme un facteur stimulant des progrès scientifiques. Car la bourgeoisie doit sans cesse augmenter les profits pour que s'accroisse le capital et pour cela, elle cherche en permanence à augmenter la productivité du travail et donc les profits. Là réside une des contradictions fondamentales du capitalisme : il développe les techniques, les sciences mais en même temps il opprime et détruit. Mise à son service, la science contribue donc au développement des forces productives. Le prolétariat n'a pas la possibilité de mettre les progrès scientifiques au service de l'humanité avant d'avoir conquis le pouvoir politique. Une fois sa victoire assurée et son pouvoir consolidé, alors il pourra dans une période transitoire utiliser les acquis scientifiques pour appliquer le programme du communisme :

       - amenuiser les différences entre travail manuel et intellectuel, entre campagne et ville pour aller vers la disparition de la division du travail.

       La dialectique marxiste applique aux sociétés humaines la théorie de l'évolution ; elle considère que le communisme commence à se développer à partir de la société capitaliste. Il est en quelque sorte son enfant naturel.
      Le discours anarchiste ne se projette jamais aussi loin dans le futur de la société. Il s'en remet à l'usage de la Raison, aux progrès vers la liberté et la justice, incompatibles, selon lui avec l'usage du pouvoir.

[Tina LOBA]


 

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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