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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 15:59

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

IX

        En ce qui concerne la société espagnole, la situation conflictuelle au début du XXème siècle est moins intense qu'il n'y paraît. Malgré le fossé infranchissable entre humbles et puissants ou à cause de lui, la société conserve un visage traditionnel.
    Dans l'agriculture, ceux qui avaient été déçus par l'impuissance politique des Républicains et afin d'anéantir l'intolérable injustice dénoncée par Bakounine, placent leurs espoirs dans le collectivisme agraire.
         



       Avec les années, le mouvement anarchiste acquiert un caractère plus radical qui débouchera sur les attentats individuels et le terrorisme.

        La croissance d'un mouvement ouvrier engendre nécessairement des désaccords au sujet de la tactique révolutionnaire. De part sa nature et ses origines, l'anarchisme éprouvait les pires difficultés à s'adapter au monde de la grande industrie, basé sur la concentration et la centralisation autoritaire.

      "Vouloir abolir l'autorité dans la grande industrie, c'est vouloir abolir l'industrie elle-même, c'est détruire la filature à vapeur pour retourner à la quenouille" (Friedrich Engels).

    


        Dans les conditions d'un développement industriel maximum, la classe ouvrière assimila rapidement le marxisme. Mais dans des aires économiquement arriérées, le retard de l'industrie conduisit, pour certains partisans du mouvement ouvrier, à ne défendre que certains mots d'ordre et revendications, ce qui indiquait qu'ils n'avaient assimilé le marxisme qu'en partie seulement.
        On a vu que, dans le cas de l'anarchisme, ne demeuraient en gros que la Révolution sociale, la disparition de l'Etat bureaucratique et son remplacement par la simple administration de la production et de la distribution.
       D'autre part le matérialisme dialectique considère que l'évolution sociale s'accomplit par le dépassement de ses contradictions. Par voie de conséquence, le marxisme reconnaît le côté progressiste du capitalisme, qui détruit les anciens modes de production et permet un accroissement énorme des forces productives. En même temps c'est un système prédateur et périssable car, à un certain stade de son développement, il devient une entrave à la croissance de ces mêmes forces.
     Le capitalisme organise, développe et discipline les ouvriers, il en fait une force potentielle, la classe ouvrière. En même temps, par l'oppression il conduit ses esclaves salariés à la misère totale.




         "Le capitalisme crée lui-même son propre fossoyeur, il crée lui-même les éléments d'un régime nouveau" (V.Lenine, Karl Marx et sa doctrine).





           Cependant, dans la pensée de Marx ces éléments ne peuvent attenter à la domination du capital s'ils restent isolés. Pour les intégrer dans une vision historique, il faut une théorie qui soit une véritable arme idéologique, qui analyse et relie ces éléments et qui montre leur évolution. Naturellement le matérialisme dialectique, méthode d'analyse du marxisme, se fait fort d'accomplir cette tâche-là.

      A contrario, dans le mouvement anarchiste il n'est pas rare qu'un intellectuel qui s'intéresse au mouvement ouvrier finisse par ériger sa théorie propre, unilatérale, ayant plus ou moins assimilé les traits caractéristiques du développement capitaliste, sans les relier dans leur dynamique réelle. Ainsi l'anarcho-syndicaliste et poète catalan Angel Pestaña (1888-1937) avoue dans son livre autobiographique "Lo que aprendi en la vida" :

        "Mais suivant la trajectoire de toute ma vie, je tâche d'étudier, de savoir apprendre plutôt les leçons de la vie que celles que contiennent les livres. C'est dans le choc éternel et formidable que produisent les désirs, les égoïsmes, les ambitions et les aspirations que j'essaie d'étudier".

       
(Angel Pestaña)


        Pestaña prend méthodiquement les contradictions humaines - qu'il nomme les "chocs" - comme éléments d'analyse, il ne creuse pas dans les phénomènes sociaux mais dans les passions et les désirs individuels, il introduit le sentimentalisme dans son analyse politique !

          En revanche, on ne saurait jeter la pierre à ces travailleurs anarchistes, supportant d'interminables journées de dur labeur payé au plus bas prix, vivant en permanence dans l'angoisse de ne pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. En général il ne leur restait que peu de temps et d'énergie pour l'étude, la théorie politique et l'organisation. En outre, l'absence d'une véritable concentration industrielle explicite en grande partie les difficultés d'organisation et de prise de conscience collective des ouvriers.

     


          Le mouvement anarchiste dans son ensemble traite d'ordinaire les problèmes politiques d'un point de vue individualiste et ceci, ajouté au manque de formation théorique, à l'inexistence de programme politique et à l'incompréhension du rôle d'une organisation centralisée, l'affaiblira considérablement.
         Dans les années 1930, Angel Pestaña lui-même a fini par admettre dans certaines limites le besoin vital d'un guide collectif pour lutter et détruire le régime capitaliste. Dans son livre "Por qué se constituyò el partido sindicalista" ("Pourquoi s'est constitué le parti syndicaliste"), il reconnaît que l'activité syndicale, limitée à la satisfaction des revendications économiques immédiates, n'occupe aucun rôle sur le terrain des idées :

       "Et ainsi on voit un jour le marxisme en train d'organiser syndicalement les travailleurs en leur proposant le guide tutélaire et spirituel afin qu'ils ne soient pas aveugles dans le monde".

           Même si, l'âge venant, il n'a toujours pas saisi qu'il ne s'agit pas de "spiritualité", il réalise tout de même la nécessité d'une méthode et d'un programme politiques, d'une action concertée et centralisée. Mais dans sa carrière militante, il a assez bien résumé les flottements, les imprécisions qui sont traditionnellement le fait des anarchistes.





[Tina LOBA]



  

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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