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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 10:10

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

VIII

      


          
            Les conditions dans lesquelles se constitua l'industrie russe, la structure même de cette industrie déterminèrent le caractère social et la physionomie politique de la bourgeoisie du pays.
      La très forte concentration industrielle impliquait déjà par elle-même l'absence de hiérarchie intermédiaire entre sphères dirigeantes et masses populaires. Les entreprises et les banques les plus importantes étaient la propriété de capitalistes étrangers qui, loin d'appuyer la lutte pour un régime parlementaire, s'y opposèrent souvent, préférant garder le statu quo du tsarisme.
      La toute nouvelle bourgeoisie russe se retrouva donc isolée et adopta une attitude distante à l'égard des classes populaires et surtout du prolétariat, ce qui la rendit politiquement impuissante. Les ouvriers ne tardèrent pas à s'opposer à elle et à élargir leurs revendications économiques à des revendications politiques radicales.
       Etant donné ses intérêts communs avec les propriétaires fonciers, la bourgeoisie ne fut pas plus capable de s'allier la paysannerie. Les possédants, qu'ils soient industriels ou agricoles, redoutaient l'ébranlement de la propriété privée. Ils ne constituèrent donc pas une classe capable et désireuse de mener à bien une révolution nationale.
      Après l'abolition du servage et les réformes qui en découlaient, la bourgeoisie russe chercha protection auprès du régime tsariste, de son appareil bureaucratique, de sa police et de son armée comme barrières face aux secousses sociales. Ailleurs étaient les forces révolutionnaires.


(Alexandre II, le Tsar qui abolit le servage en 1861)

      
         De 1840 à 1890, soumise à la féroce répression d'un tsarisme coincé entre réformes et conservatisme, ce qu'on appela "l'intelligentsia" navigua entre diverses théories plus ou moins révolutionnaires, en en cherchant une qui soit l'expression des luttes incessantes.
     En la matière, tout ce qui venait d'Occident était avidement  repris et diffusé, notamment, venue de l'Europe, une théorie qui se voulait scientifique : le marxisme.
       Issus de la petite bourgeoisie aisée pour la plupart, comme Plekhanov, Lenine, Trotski, les révolutionnaires russes mirent toute leur énergie à acquérir une base de connaissances universelles, avant de la mettre au service de la cause prolétarienne. Du fait de l'émigration imposé par le tsarisme à ses leaders, la Russie révolutionnaire fut enrichie par cette confrontation avec les différentes formes du mouvement révolutionnaire international.


(l'introducteur du marxisme en Russie : Plekhanov)


       Si le marxisme s'impose alors en Russie, c'est aussi à cause du développement accéléré de l'industrie, qui entraîne une croissance rapide des effectifs ouvriers. Car la théorie introduite dans le pays par Georgui Plekhanov en 1881, se veut, entre autres, théorie et méthode de la lutte des classes, que le prolétariat est amené à affronter et à diriger. Cette toute jeune classe ouvrière ne vient pas de l'artisanat corporatif ; elle est issue du milieu rural, du village isolé, de la campagne immense. Léon Trotski insiste sur le fait qu'elle ne s'est pas formée petit à petit au cours des siècles, traînant le fardeau du passé et des traditions comme en Angleterre, mais que son histoire a procédé par bonds, par changements brutaux de situation et ruptures violentes avec ce qui existait la veille encore. Ces circonstances s'ajoutèrent à l'impitoyable répression tsariste :

        "...les ouvriers russes devinrent accessibles aux déductions les plus osées de la pensée révolutionnaire, de même que l'industrie russe retardataire se trouvait capable d'entendre le dernier mot de l'organisation capitaliste" (L.Trotski, Histoire de la Révolution russe).

    



          En effet l'organisation centralisée et disciplinée du système capitaliste amène les prolétaires à s'organiser sur le même mode, afin de retourner contre lui ses propres moyens d'oppression. La concentration des ouvriers dans de gigantesques entreprises favorise la propagation des idées marxistes. L'extrême dureté de leurs conditions de travail, la misère quotidienne qui est leur lot les font aspirer à un changement radical du mode de production. Le prolétariat russe, jeune et encore naïf, fait ses premiers pas politiques dans un Etat réactionnaire. La combinaison du despotisme tsariste avec le développement rapide du capitalisme est la meilleure école de formation politique : la loi interdit la grève, les réunions et les proclamations, les manifestations, amenant les ouvriers à s'organiser clandestinement et à s'affronter violemment contre les forces de répression. Pas à pas le tsarisme fut amené à céder du terrain.

          Forte d'une expérience des luttes de plus en plus riche, la classe ouvrière est amenée à se doter consciemment d'une théorie, le marxisme, dont elle va faire l'arme idéologique et politique pour mener à bien les combats décisifs à venir. Lenine, se référant à la période entre 1903 et 1917, écrit :

       "Aucun autre pays n'a connu une vie aussi intense quant à l'expérience révolutionnaire, à la rapidité avec laquelle se sont succédées les formes diverses du mouvement, légal ou orageux, clandestin ou avéré, parlementaire ou terroriste, de cercles ou de mouvement de masse" (La Maladie infantile du communisme).




[Tina LOBA]



 

     
         

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans Politik
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