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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 09:06

        
AUJOURD'HUI LES GUY MOQUET MEURENT TOUJOURS EN TAULE

    
       Jérémy Martinez est né il y a presque 20 années. Durant son enfance, il oscille entre 2 familles d'accueil, fugue, re-fugue, entre en délinquance en même temps que dans l'adolescence. Il squatte un peu avec des copains et découvre le "Tribunal pour Enfants". Quelques bris de "biens publics", quelques faux-chèques et vols de portable, quelques bagnoles piquées ça et là l'amènent à la majorité légale vers un petit "sommet" professionnel : le braquage d'un bureau de tabac. Il ne fera pas mieux et encaisse un an de taule. Lucide en ce qui le concerne,
il a demandé auparavant par écrit au juge pour enfants d'être suivi après ses 18 ans.
        
          Un garçon qui avait aussi appris à servir dans les restaus et à séduire les filles.

        
          Enfermé à la maison d'arrêt de Valence. Comme toutes les prisons françaises, celle-là est surpeuplée : 178 et parfois 200% de concentration carcérale. Elle a commencé d'héberger des Jérémy Martinez en 1866 et depuis, elle en accueille de plus en plus. Les prisonniers sont 3 minimum par cellule de 11m carrés.

           Ce samedi 1er mars, 3 femmes viennent visiter Jérémy à la Maison d'Arrêt, sa soeur, sa mère, sa grand-mère. Elles le trouvent dans tous ses états. 3 mois qu'il croupit là mais il fait front, il a décidé de s'amender. Comme dit dans une de ses lettres : "Je vais prendre du plomb dans la tête".
      
   Mais là il ne tient pas en place. Son visage est décoré de marques, le bras droit raide. A sa soeur il montre les plaies sur son torse. Aussitôt les 3 femmes réclament un médecin. Un surveillant s'amène, il fait la sourde oreille. Elles insistent ; la grand-mère demande au cerbère de ne pas remettre son fils en cellule au vu de son état physique et mental. L'uniforme garde bouche close, sauf pour susurrer quelque chose dans le pavillon du jeune détenu.
         Surgit une bonne femme, surveillante, qui détaille la procédure nécessaire à la demande d'examen médical : il faut un papelard écrit, concis ; de toute manière, l'infirmerie est fermée pour le week-end alors basta, rentrez chez vous Mesdames, l'administration s'occupe du reste.

        3 jours plus tard, la porte de la cellule s'ouvre et Jérémy Martinez est à l'intérieur mais il ne respire plus, le corps frappé de marques sur le cou, à la pommette, dans le dos. Une côte brisée, il a un sac plastique scotché sur la tête. L'administration conclut à un suicide.
         Mais sa mère, sa grand-mère, sa soeur savent que c'est une foutaise de l'Administration pénitentiaire, une horrible foutaise. Ne pas faire de vagues, ne pas pointer la carence française à l'heure où ce pays donne des leçons d'humanisme au reste du monde. Le Parquet de Valence s'est néanmoins senti tenu d'ouvrir une information judiciaire pour "homicide volontaire". La société de la compétitivité individualisée n'a pas permis à Jérémy Martinez de devenir autre chose qu'un paria et elle désire qu'il garde ce statut après sa mort.

          Parti avant d'atteindre "le plus bel âge de la vie".
    Les Guy Moquet d'aujourd'hui, c'est le déterminisme social qui les exécute. Dès la naissance chassés par les inégalités de la société mercantile, traqués par la course au vide, la recherche d'un travail à n'importe quel prix, l'exploitation démocratique, projetés d'agence intérimaires en officines d'extinction durable de la personnalité, les Guy Moquet d'aujourd'hui voit leur nom inscrit arbitrairement sur la liste noire des parias par la serre invisible du compétitivisme capitalistique.
     Disparu seul sur la ligne de front d'une société vidée de toute présence autre que "manageuriale", sa mémoire ne pourra lui être restituée que par la réappropriation armée de l'humanité par elle-même.

Ainsi sera-t-il

Sous-Lieutenant P.M. Karpov



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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans karpov
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commentaires

d�cembre 15/04/2008 13:52

Beau titre mon Sous-Lieutenant.Quelle société de merdeux qui se contrecrisse de ses enfants. Salut.