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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 16:22

ANARCHISTES ET BOLCHEVIKS

III

      Une fois l'Etat aboli, que proposent les anarchistes ? Sur ce chapitre, leur programme est confus et discordant suivant les courants. Certes, il y a anarchistes et anarchistes mais tous éludent en bloc la question des formes politiques sous lesquelles devra s'opérer la transformation socialiste de la société.

     Si l'on s'en réfère à Mikhaïl Bakounine, le père spirituel des anarchistes espagnols, c'est la liberté sans limites qui contribuera au plein développement des forces matérielles, intellectuelles et morales qui gisent dans chaque personne. Ainsi les individus libres s'épanouiront dans les communautés. Si ces communautés ne sont pas déflorées par la propriété, l'exploitation et l'autorité, l'intérêt commun les fera aboutir à un système coopératif harmonieux et humain, une société sans Etat formée des communes libres et décentralisées que relieront des accords ou des contrats.
    Paradoxalement, l'"ordre" adpotera sa forme la plus épanouie à travers le développement spontané de l'individualité. L'Alliance, organisation secrète fondée par Bakounine pour concurrencer la Ière Internationale Communiste, précise dans son programme :

      "La terre, les instruments de travail comme tout le capital, devenant la propriété collective de la société tout entière, ne peuvent être utilisés que par les travailleurs, c'est-à-dire par les associations agricoles et industrielles".

    


      L'organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut, par la voie de la libre association est donc l'alternative proposée par l'anarchisme à la dictature du prolétariat  prônée par les communistes.

       Le schéma de la société anarchiste est le suivant :

       à la base, l'autonomie de la volonté individuelle.
      Sur ce socle, que ce soit au plan régional ou sur le plan professionnel, une infinité de contrats à caractère provisoire s'engendrant les uns les autres.

    On voit que le concept de fédéralisme se heurte au centralisme démocratique des bolcheviks. Les anarchistes voient dans la destruction de l'Etat bourgeois l'anéantissement du capitalisme honni. Lenine réagit vivement à cette conception :

      "Si le prolétariat et la paysannerie prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute liberté au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, écraser la résistance des capitalistes, remettre à toute la nation, à toute la société la propriété privée des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc...., ne sera-ce pas là du centralisme ? Ne sera-ce pas là le centralisme démocratique le plus conséquent et, qui plus est, un centralisme prolétarien ?" (Socialisme et anarchisme).

     Dans sa pensée il s'agit d'organiser "l'unité de la nation pour opposer le centralisme prolétarien conscient, démocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique" (idem).
      Il faut souligner que, si les marxistes sont parvenus à une unité doctrinale, cela ne peut être le cas de l'anarchisme, attaché à la liberté de pensée.


    
    

     
     Bakounine entrevoit une fédération internationale de plus en plus extensible des "peuples révolutionnaires". Les anarchistes défendent avec acharnement l'autonomie administrative locale, ignorant que, pour les théoriciens du marxisme, cela ne contredit pas le centralisme si les communes et les régions défendent de leur plein gré l'unité de l'Etat prolétarien.
       Cependant, cette unité, les anarchistes ne sauraient en aucun cas s'y rallier, puisqu'il s'agit de leur bête noire, l'Etat quel qu'il soit. Déjà les proudhoniens puis les bakounistes s'affirmaient "anti-autoritaires". Ils niaient toute subordination à un quelconque pouvoir, une quelconque autorité. Friedrich Engels avait élucidé la question en montrant qu'autorité et autonomie sont des notions relatives. Le domaine de leur application variant suivant les différentes phases de l'évolution sociale, il est absurde de les prendre comme valeurs absolues. D'ailleurs, Bakounine n'explique pas comment une société - fut-elle composée de deux individus - peut fonctionner plus d'une journée sans que chacun de ses membres abandonne une partie de son "autonomie".

     Selon les marxistes, deux phénomènes majeurs conditionnent la subordination à une autorité, une organisation, un Etat, etc. Tout d'abord le mode de production capitaliste a remplacé les petits ateliers de producteurs isolés par des unités plus grandes, les "fabriques" ou usines, dotées de machines perfectionnées.

      "Le mécanisme automatique d'une grande fabrique est bien plus tyrannique que ne l'ont jamais été les petits capitalistes qui emploient des ouvriers" (F.Engels, Critique de l'anarchisme).

    


     Les problèmes qui s'y posent doivent être résolus sur le champ sous peine de bloquer toute la production, et ils se résolvent par la décision d'un responsable. La volonté individuelle se subordonne souvent à un délégué, un chef, un supérieur hiérarchique, un "élu" : la plupart des questions importantes de la vie sont résolues par une "autorité" qui échappe totalement à la volonté et à l'autonomie individuelles. Si les anarchistes reconnaissent la validité de ce constat, ils se justifient en faisant la distinction entre l'autorité et la "mission" dont sont chargés certains de leurs délégués : on change les choses en changeant leur nom.
      D'autre part, la question de la subordination est déterminée par une vision différente de la Révolution. Les anti-autoritaires voient en celle-ci la solution au problème de l'Etat politique : du jour de la prise du pouvoir à son lendemain l'Etat s'abolit brutalement. Or, les conditions sociales qui ont présidé à son existence demeurent malgré ce premier acte de la Révolution sociale.
      Alors Engels demande :

     "Ces messieurs ont-ils jamais vu une révolution ? Une révolution est à coup sûr la chose la plus autoritaire qui soit. C'est un acte par lequel une partie de la population impose à l'autre partie sa volonté à coups de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en fut. Force est au parti vainqueur de maintenir sa domination par la crainte que ses armes imposent aux réactionnaires" (De l'autorité).

     Engels en conclut que des positions anti-autoritaires sur une question aussi cruciale servent surtout...les contre-révolutionnaires.




[Tina LOBA]



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