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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 20:39

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     "Dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".

    
     "Je m'étonne qu'on puisse s'offusquer qu'un président en exercice puisse dire tout simplement que l'espérance religieuse reste une question importante pour l'humanité".

    
     "Je souhaite que nos enfants aient aussi le droit de rencontrer à un moment de leur formation intellectuelle et humaine des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de dieu".

    
     "Je me suis saisi de l'immense besoin de spiritualité qui s'est fait jour dans la société".

    
     "La morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini".

    
     "Le drame du XXème siècle n'est pas né d'un excès de dieu mais de sa redoutable absence. Il n'y a pas une ligne de la Torah, de l'Evangile ou du Coran...qui puisse . s'accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXème siècle au nom du totalitarisme et d'un monde sans dieu".


N. Sarkozy, président de la république

     
    
     Les "drames" du XXème siècle plongent leurs racines dans l'essor de la Civilisation occidentale et son extension à la totalité de la planète.
     Les Conquistadors espagnols et portugais étaient les éclaireurs de cette civilisation-là, grâce auxquels elle produisit la "Renaissance", aussi bien économique que "spirituelle". Dans cet essor fulgurant, l'Eglise joua pleinement son rôle moral et spirituel, utilisant ses savants théologiens afin que l'extermination des peuples Indiens et la destruction totale de leur monde s'accordent avec le livre saint et l'esprit religieux.

     Sous cet angle, les déclarations du Président montrent clairement que, sous couvert de "devoir mémoriel" et de "spiritualité", il souhaite de toute son âme un rinascimiento religieux en ce début du IIIème millénaire. 



DEVOIR DE MEMOIRE : 1517-1521 TENOCHTITLAN MEXIQUE
 
   
III
     
    
     10 juillet 1520 : Hernan Cortés et son armée sont chassés de Tenochtitlan et coursés par l'armée des insurgés Aztèques. Dans la débâcle, ils oublient nombre de chevaux, laissent en plan le trésor de guerre qu'ils ont ponctionné sans limite ; leurs pertes en hommes sont considérables. Tout au long de cette Noche Triste, la situation des Conquistadors semble fortement compromise.
     

noche-triste-2.jpg

     Cortés réagit immédiatement à appelant les peuples rivaux à faire alliance avec lui. Son armée se renforce à nouveau des nombreux Indiens hostiles aux Aztèques. De toute manière, lorsque les conquérants essuient un refus, ils répondent par la mise à sac des villages séditieux. Pas une maison qui ne soit brûlée pour terroriser les rebelles éventuels. Ceux des Indiens n'ayant pas été tués sont marqués au fer rouge sur la face : "prise de guerre", et répartis "équitablement" entre les Conquistadors, qui emportent également les femmes indiennes susceptibles de les "distraire". Ainsi naîtront les métis.
    
     conquistadors-III.jpg

     La situation des populations autour de Tenochtitlan est catastrophique : la guerre et les maladies ont provoqué une famine qui entraîne une hécatombe. Pour les Indiens, cela ne peut signifier qu'une chose : les dieux barbus sont venus de la mer pour anéantir leur monde. Désormais, ils se battent avec une férocité d'autant plus grande qu'elle est la marque d'une certitude : la fin du monde est proche.
    
      Les soldats Espagnols capturés sont sacrifiés à Huitzilopochtli, dieu du Soleil et de la Guerre ; la peau de leur visage est envoyée aux autres peuples rebelles pour les exciter davantage - si besoin était - contre l'occupant.
    

Huitzilopochtli.jpg(Huitzilopochtli)

    
     Le 13 mai 1521, Hernan Cortés porte son attaque sur Tenochtitlan. Sa troupe s'est renforcée de 25 000 Indiens. La ville est coupée du reste du pays ; le canal qui amenait l'eau à la cité est rompu ainsi que l'approvisionnement. Pourtant, la cité Aztèque tiendra 3 mois ; bataille après bataille les Conquérants sont bloqués devant les digues posées sur la lagune.
    
     Siege-of-Tenochtitlan.jpg

     Après la mort de Moctezuma et de son frère Cuitlàhuac, le nouvel Empereur Aztèque se nomme Cuauhtemoc ("Aigle Tombant"). Neveu de Moctezuma, il n'a que 24 ans mais à cette âme bien née, la valeur n'a pas attendu le nombre des ans. Cortés propose au jeune Empereur de faire la paix au prix du pardon des Espagnols. Pas de réponse autre de la part de Cuauhtemoc qu'un silence méprisant.
Plus tard, l'envahisseur lui fera payer cet affront.
    
     cuauhtemoc.gif(l'Aztèque Cuauhtemoc, le dernier Empereur)

    
     Cuauhtemoc sait que le combat est perdu d'avance. Lors d'une énième offre de paix de Cortés, il se décide à parler :
    
     "Il vaut mieux que nous mourions tous dans cette ville que de nous voir à la merci de ceux qui feront de nous leurs esclaves et qui nous tortureront pour de l'or".
    
         Après, ce sera à nouveau le silence.
    
     Chaque nuit les cris des prisonniers Espagnols suppliciés vrillent les oreilles des assiégeants : amenés devant l'autel du sacrifice, les Aztèques les coiffent avec des plumes et les font danser. Puis, à l'aide d'un long couteau en silex, ils leur ouvrent la poitrine, leur arrachent le coeur pour l'offrir encor palpitant aux dieux. Les corps des malheureux sont ensuite jetés à bas des marches du Temple. Là, des bouchers leurs coupent les membres, prélèvent la peau du visage, qu'ils tannent et conservent ainsi que les barbes.
Les entrailles données aux pumas, ce qui reste est cuit avec du piment et consommé lors de beuveries cannibales. Les murs de Tenochtitlan résonnent chaque nuit de ces ripailles anthropophagiques.
    

sacrifice-Azt-que.jpg

     Il n'y a pas suffisamment de prisonniers pour nourrir tous les assiégés. La faim, la soif, les maladies déciment les Aztèques. Cortés réussit une percée dans le centre de la cité, que finit par lui abandonner Cuauhtemoc. Les assiégeants brûlent furieusement temples et idoles.
    
     L'Empereur fuit à bord d'une pirogue ; cependant un petit voilier espagnol lui bloque toute issue. Cuauhtemoc est capturé. On l'amène à Cortés et il lui dit :
    
     "Seigneur Malinche, j'ai fait ce que je devais faire pour défendre ma ville, et je ne puis plus rien. Et comme je viens devant toi de force et prisonnier, prends ce poignard que tu portes à ta ceinture et tue-moi".
    
     Cortés ne s'exécute pas. La mort serait trop douce au redoutable ennemi. En outre, les envahisseurs veulent connaître à tout prix la cachette où son oncle Moctezuma a dissimulé le trésor volé aux Aztèques. Dans ce but, Cuauhtemoc sera torturé durant 4 années, sans jamais céder à ses tortionnaires. En désespoir de cause, Cortés le fait pendre en compagnie de son cousin. Cette exécution éteint la dynastie des Aztèques et leur civilisation.
    
     capture-de-Cuauhtemoc.jpg(Cortés et Cuauhtemoc)

    
     La fin de Tenochtitlan, c'est celle des Aztèques. Au moins 300 000 d'entre eux sont morts, dont 40 000 dans la seule bataille de la reconquête.
Assistant à la chute de la cité Aztèque, Bernal Dìaz del Castillo écrira un demi-siècle plus tard dans "Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne" :
    
     "Je le dis, et je le jure, amen, toutes les maisons et les terres de cette lagune étaient jonchées de têtes coupées et de cadavres, et je ne sais comment l'écrire. ... J'ai lu la destruction de Jérusalem. Mais je ne peux dire en vérité si ce fut un plus grand carnage que celui-ci, car ont disparu de cette ville tant de gens, guerriers venus de toutes les provinces et de toutes les villes assujetties à Mexico, et tous sont morts ; et, comme je l'ai dit, tout le sol et la lagune et les terrains étaient recouverts de cadavres, et cela sentait si mauvais qu'aucun homme n'aurait pu le supporter".
    
     undefined(Bernal Dìaz del Castillo

    
     Le silence de la mort, de la destruction et de la calcination s'est abattu sur Tenochtitlan et sur le Nouveau Monde en général. Tout a été emporté dans le flot de sang ;
peuples, légendes, mythes, divinités, rien n'y survivra.
     Ainsi fleurit la Renaissance et perdura la Civilisation "judéo-chrétienne".

undefined(Tenochtitlan)


(d'après Jean Marie Gustave LE CLEZIO : Le Rêve Mexicain, 1988)

          [à suivre]


   
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