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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 17:15

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     "Dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".
    
     "Je m'étonne qu'on puisse s'offusquer qu'un président en exercice puisse dire tout simplement que l'espérance religieuse reste une question importante pour l'humanité".
    
     "Je souhaite que nos enfants aient aussi le droit de rencontrer à un moment de leur formation intellectuelle et humaine des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de dieu".
    
     "Je me suis saisi de l'immense besoin de spiritualité qui s'est fait jour dans la société".
    
     "La morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini".
    
     "Le drame du XXème siècle n'est pas né d'un excès de dieu mais de sa redoutable absence. Il n'y a pas une ligne de la Torah, de l'Evangile ou du Coran.....qui puisse . s'accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXème siècle au nom du totalitarisme et d'un monde sans dieu".

N. Sarkozy, président de la république
     
    
     Retournons donc à un monde avec "dieu", le "bien" le "mal", "la radicalité du sacrifice", "l'espérance religieuse", "la question spirituelle" et "la dimension de dieu", un monde baignant dans "la spiritualité" et l'"espérance" : l'Europe de la Renaissance, sur le départ des grandes conquêtes maritimes qui vont donner naissance au colonialisme.


DEVOIR DE MEMOIRE : 1517-1521 TENOCHTITLAN MEXIQUE

I
    
    
     En février 1517, des conquistadors débarquent au Mexique sous la houlette de Hernàn Cortés. Des émissaires de Moctezuma, l'empereur Aztèque âgé de 51 ans, demandent aux arrivants de leur donner un de leurs casques métalliques pour témoigner du débarquement de ces barbus surhumains. Cortés tend un casque puis exige qu'on le lui ramène rempli d'or.
    
moctezuma.jpg(Moctezuma, Empereur des Aztèques [1466-1520])

    
     Ces hommes venus d'Espagne conquérir les "Indes" sont 100 marins, 508 soldats et cavaliers émérites derrière un chef de troupe aguerri, Cortés.
    

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     Hernan Cortés, un archétype de l'homme civilisé. Guerrier cultivé, affairiste impitoyable, ayant fait ses armes au service du plus puissant personnage de son époque, l'Empereur Charles Quint, il en vient tout naturellement à partir à la conquête des "Indes". Sa rencontre avec le monde Aztèque constitue le choc de 2 civilisations aussi éloignées l'une de l'autre dans le temps historique que dans l'espace géographique, 2 mondes inconciliables ; tout d'abord la Civilisation Aztèque, société à la fois collective et totalitaire, basée sur l'agriculture, adoratrice d'un Empereur envoyé par les dieux gouverner les hommes sans partage, pratiquant notamment les sacrifices humains. Et l'Espagne, empire à son apogée gouverné par le commerce, la nécessité de s'étendre, l'individualisme marchand, la foi conquérante.
    
     Charles-Quint.jpg(Charles Quint, Empereur d'Espagne, de Sicile, des Pays-Bas, de Castille et d'Aragon, de Naples et de Sicile)

    
     Le caractère dominateur, la soif de richesse du Conquistador ne peuvent être dissociées de sa foi religieuse. Cette inspiration divine cimente spirituellement la conquête des terres inconnues, comme un baume sur les plaies et les souffrances occasionnées par l'existence loin du pays natal. Cortés frappe aussi l'esprit des peuples conquis : leurs temples sont détruits, les idoles mises à bas ; à leur place, la croix est plantée, puis l'église bâtie - nouveau temple de l'idole nouvelle devant laquelle les conquis sont sommés de s'agenouiller. Avant même tout affrontement armé - désespérément inégal - les Aztèques sont démoralisés, défaits, soumis d'évidence à ces "dieux" venus de la mer.


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    Quand Cortés décida-t-il d'en finir avec le monde Aztèque ? Avant d'embarquer, il a pris soin d'emporter avec lui des cargaisons de verroterie, de bimbeloterie de couleur verte, ayant appris par des voyageurs que le vert est la couleur sacrée des peuples du Nouveau Monde. Une mesure qui s'avèrera d'une redoutable efficacité.
    
     La 1ère bataille a lieu loin encor de Tenochtitlan. En quelques heures, 800 guerriers Mayas sont anéantis, eux qui n'ont pas d'arbalètes, d'épées, de lances, de chevaux ; face à ces puissants et mystérieux barbus bardés de fer et de feu, ils se sont persuadés d'avance de leur défaite. Dès le 1er affontement, l'invincibilité supposée des Conquistadors va déferler comme une vague dans tout le Mexique ; à chaque avancée elle les précède un peu plus loin comme une nuée d'oiseaux du malheur. Le combat connaît déjà son dénouement prochain.
    
     maya.gif

     Le butin de la victoire, c'est aussi Malintzin, une jeune fille Maya qui devient la compagne-interprète de Cortés, "Doña Marina" pour ses hommes. Elle permet au chef de guerre de se faire désormais comprendre sans ambiguïtés par les peuples rencontrés et soumis systématiquement. Bon prince - et soldat - Cortés distribue généreusement sa pacotille verte, exigeant de l'or en retour, but véritable de la conquête, placé bien plus haut que la christianisation des peuples païens idolâtres.
    

Compagne-de-Cort-s.gif
(Malintzin "Doña Marina)

    
     Il en faut tant et plus aux Espagnols, de ce métal magique. Afin d'apaiser l'exigence lancinante, les sujets de Charles Quint massacrent, brûlent, détruisent, supplicient... raclent les terres jusqu'au sang ; objets et bijoux, trésors destinés aux seuls dieux sont réquisitionnés, transformés en lingots, envoyés à l'Espagne pour financer de nouvelles conquêtes, destructions, massacres, rapines collectives. Cercle infernal produit par la seule idole des conquérants : le veau d'or au pied de la croix. Les Aztèques n'ont d'autre possibilité que de se soumettre à cette soif aurifère inextinguible ; ainsi contribuent-ils à alimenter la roue infernale qui, inexorable, broie leurs propres corps, leurs propres coeurs, leurs bâtisses, leurs temples, leurs cités, leur propre monde, de même en offrant à l'envahisseur tous leurs objets sâcrés, ors, turquoises ou jades, et encor tissus précieux et nourriture, les plus belles jeunes filles aussi. Le fabuleux butin qu'ils exsudent finance leur disparition prochaine.
    
     Hernan Cortés parvient à Tenochtitlan et rencontre une 1ère fois Moctezuma l'Empereur des Aztèques. Celui-ci lui enfile un collier d'or et de joyaux sculptés. Cortés répond en le décorant d'un collier en toc, mais vert. Escroquerie augurant de la suite des affaires au pays de Cocagne. Plus ils reçoivent de cadeaux somptuaires, plus les conquérants veulent aller de l'avant en ramasser toujours plus, fiévreux guerriers sans rémission.
   
     L'un après l'autre, chaque peuple allié aux Aztèques est défait : Totonaques, Tlaxcaltèques, Cholultèques,... La plus grande partie d'entre les vaincus grossissent les rangs de l'armée qui enserre Tenochtitlan.
     A première vue, la bataille qui se prépare semble impossible à emporter pour la Couronne espagnole. Les Conquistadors ne sont que quelques centaines face à des centaines de milliers d'Aztèques dans la cité et au-dehors.
     Cortés temporise, fomente un plan qui lui offre sur un plateau d'or les clés de Tenochtitlan. Il a tôt fait de constater que l'Empire Aztèque, fragilisé par sa taille, est fissuré de toutes parts. Les peuples alliés et concurrents qui le composent ont un point commun : la haine de Tenochtitlan et de l'Empereur tyrannique qui y règne.
     Le 1er affrontement important a lieu contre 50 000 Tlaxtcaltèques, un peuple resté fidèle à Moctezuma. Les soldats Espagnols, durement touchés, évoquent un repli et le retour au cher pays lointain. Cortés fait enterrer ses morts en secret, que les peuples autochtones continuent de colporter l'immortalité des Conquistadors.
     Cependant la victoire choisit le camp espagnol ; l'armée reprend sa marche vers Tenochtitlan. Chaque peuple vaincu s'allie avec ses vainqueurs, non sans avoir payé un lourd tribut d'esclaves, d'or et diverses préciosités, vivres, filles pubères. Dans leur naïveté, les Indiens conquis se figurent qu'une fois rassasiés d'objets brillants, de récoltes, de tissus somptueux, de chair humaine, les grands dieux barbus venus de la mer y retourneront. Or la soif des conquérants s'accroît avec le butin et les prisonniers mis en esclavage, marqués au fer rouge comme du bétail d'un signe qui signifie "prise de guerre".
    

esclaves-indiens---la-mine.jpg


     Que deviennent-ils, ces prisonniers dont la chair s'orne du tatouage éternel ? Ceux qui ne meurent pas de quelque maladie importée par les Conquistadors - la grippe, la variole - travaillent dans des plantations ou des mines, jusqu'à des 12 heures journalières sans salaire aucun. Les nouveaux maîtres exigent pourtant bien plus d'impôts que les anciens: part du roi (moneda forera), part de la reine (chapìn), cinquième (aljama), impôt de guerre (fonsadera), droits de transport (almojarifazgo), droits d'achat et de vente (alcabala), dîme. A quoi s'ajoutent les perceptions directes effectuées par les propriétaires des haciendas fondées par les Espagnols. Par exemple, chaque conseiller de Cortés réquisitionne 7 poules, du gibier, des perdrix, du maïs, des épices, du chocolat, 70 oeufs et tout cela quotidiennement, en plus des impôts royaux. La Conquête épuise en quelques années toutes les ressources de la "Nouvelle Espagne".
    
     Arrivée par les grands volcans qui jouxtent la cité, l'armée des Conquistadors est aux portes de Tenochtitlan. Du haut du Popocatepetl (5450 m), les conquérants embrassent Tenochtitlan, Babylone aux rues blanches flottant sur la lagune.
    

Popocatepetl.jpg
     Tenochtitlan.jpg

     Tenant sa troupe à la force du poignet, Cortés ruse tant et plus avec Moctezuma. Aux peuples qui l'ont rejoint, il a promis la délivrance du joug impérial. Mais cette "délivrance" signifie l'esclavage et le pillage au profit du "grand roi" qui vit de l'autre côté de la mer. Moctezuma hésite, tergiverse, multiplie les délégations auprès de l'Espagnol, en pure perte naturellement.
     Les soldats se remettent en route, fantassins derrière cavaliers et entrent dans l'éblouissante cité, cheminant parmi des palais minéraux, des jardins flottants, cours décorées d'arbres, tout cet écrin surplombé par de hautes pyramides et garni de temples. Une foule les accueille pacifiquement.
    
     Moctezuma se décide à venir rencontrer Cortés. Aucun Aztèque n'a le droit de regarder l'Empereur en face, sous peine de mise à mort immédiate. Au fur et à mesure qu'il marche, des serviteurs mettent devant lui des étoffes. Depuis un an, l'Espagnol et l'Aztèque parlementent, négocient. C'est leur 1ère rencontre, le face à face de 2 mondes incompatibles. Dans celui de Moctezuma règnent les dieux ; dans le monde d'Hernan Cortès, l'or, l'armée, la croix. L'entrevue symbolise la 1ère défaite des Aztèques : comment pourraient-ils entrevoir ce qu'il adviendra d'eux, comment auraient-ils pu apprendre que l'homme blanc, exclusif dans l'âme, ne partage pas son pouvoir, que sa civilisation est destructrice de toutes les autres, qu'elle est sur le point d'exterminer tous les peuples des 2 continents américains ? Comment appréhender ce que Cortés lui-même ne pouvait voir : le sang et l'or des Aztèques financeraient la Renaissance qui, 3 siècles plus tard déboucherait en Europe sur la révolution industrielle.

     Cort-s-et-Moctezuma.jpg
(d'après Jean Marie Gustave LE CLEZIO : Le Rêve Mexicain, 1988)

          [à suivre]            

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans karpov
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commentaires

Marcus du 27 05/03/2008 18:40

Excellent (je parle pas du discours du nain maléfique, mais de l'article) ! Vivement la suite. Mais est-ce le fac-similé du Rêve mexicain de Le Clézio, ou est-ce une synthèse personnelle à partir du bouquin ?Cordialement et encore bravo,Marcus du 27

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 06/03/2008 07:44

      Synthèse "personnelle". Karpov ne se permettrait pas... D'ailleurs il vous invite à vous procurer ce remarquable ouvrage.                                            Force et honneur               Sous-Lieutenant P.M. Karpov