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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 13:27

DEVOIR DE MEMOIRE
:

PARIS AU MOIS DE  MAI


     barricade-1871.jpg

     LE SANG COULAIT A GROS BOUILLONS    
    
     "Près de 3000 Fédérés, pris la nuit précédente au Père-Lachaise, avaient été amenés dans la prison de la Roquette. Aucun n'en sortit. (...) ...on distinguait très nettement le grincement des mitrailleuses. Des artilleurs qui sortirent nous confirmèrent l'affreuse vérité. On expédiait des prisonniers par troupeaux de 50 et de 100 hommes. Les pelotons d'exécution étant harassés de fatigue, et ajustant mal, les officiers, par humanité, disaient-ils, avaient fait avancer des mitrailleuses. (...) ...tous les prisonniers faits au cimetière étaient marqués pour la mort et parqués à part comme des moutons. Les artilleurs, qui parlèrent devant nous, secouaient sur le trottoir leurs souliers dégouttant de sang ; ...Le sang coulait à gros bouillons dans les ruisseaux intérieurs de la prison. (...) De ces tas humains il sortait des râles, car tous n'étaient pas tués du coup ; on n'avait pas le temps de leur donner le coup de grâce. On jeta bien encore quelques paquets de balles à travers ces monceaux sanglants, mais malgré tout, les soldats entendirent pendant la nuit des agonies désespérées".

    
     LES RUES SEMBLAIENT COUVERTES DE NEIGE

     "De temps en temps, les soldats contraignaient les habitants à jeter du chlore sur les cadavres. Leur nombre était si considérable que, dans certains quartiers, les rues semblaient couvertes de neige. Plusieurs étaient là depuis 2 jours. Défense avait été faite de les enlever. Au risque d'infecter les quartiers, M.Thiers avait voulu par ce spectacle frapper les esprits d'une salutaire terreur".

    
     fusill-s-1871.jpg

       ON LIVRAIT
LES CLASSES AUX SOLDATS

     "Il n'y eut ni registre ni procès-verbal. Les accusés défilaient par rang devant la Cour, assemblage de 4 ou 5 officiers échauffés et sales, ...quelquefois le cigare aux dents. On commençait par le 1er de la file ; l'interrogatoire durait en moyenne un quart de minute. ...A la moindre hésitation, ou si l'allure de l'accusé trahissait un combattant, ou si sa figure répugnait aux honorables magistrats, ...sans lui demander ni son âge, ni sa profession, ni même son nom, on le déclarait classé. "Vous ?" disait-on au voisin ; et ainsi de suite jusqu'au bout de la file, sans laisser quelquefois aux malheureux le temps de répondre. (...)

     On livrait les classés aux soldats qui les emmenaient à côté. Du Châtelet, par exemple, ils étaient conduits à la caserne Lobau. Là, à peine entrés dans la cour et les portes refermées, on les tirait sans même prendre le temps de les aligner devant un peloton d'exécution. Quelques-uns de ces malheureux s'échappaient, couraient le long des murs comme des fauves tournant autour de leur cage ; les soldats leur faisaient la chasse et les canardaient des croisées au risque de se blesser entre eux".
    
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     LE MARQUIS DE GALLIFET

    
     "Au champ des Navets d'Ivry, 800 prisonniers condamnés par la Cour qui siégeait au fort de Bicêtre furent exécutés à coups de mitrailleuse. (...)

     Le Marquis de Gallifet...faisait arrêter de temps en temps pour les éclaircir les colonnes de prisonniers qu'il conduisait à Versailles. A l'Arc de Triomphe, il en fusilla d'abord 82, puis 20 pompiers, puis une douzaine de femmes. Le dimanche matin, à Passy, il arrêta une colonne de 2000 Fédérés et cria :
    
        -
Que ceux qui ont des cheveux blancs sortent des rangs.
    
     111 Fédérés sortirent des rangs et furent aussitôt fusillés dans les fossés. Pour ceux-là la circonstance aggravante était d'être contemporains de juin 1848
".      
    
     "Du 22 mai au 6 juin, on fusilla les prisonniers, hommes, femmes, enfants, à outrance, à Versailles comme à Paris".

     
     Gaston-Auguste-Marquis-de-Gallifet.jpg
(Marquis Gaston Auguste de Gallifet)
    
    
     ""QUEL HONNEUR ! (s'écriait le Journal des Débats), NOTRE ARMEE A VENGE SES DESASTRES PAR UNE VICTOIRE INESTIMABLE".

    
    
     UN SANG IMPUR ABREUVERA LE SILLON


     "Depuis quelques jours, la voie publique était couverte de martinets morts. Cette espèce d'hirondelle se nourrit exclusivement d'insectes et surtout de mouches. Or, les nombreux cadavres, gisant abandonnés dans Paris avaient, en multipliant les mouches charbonneuses, déterminée cette épidémie. Les journaux s'alarmèrent. "Il ne faut pas, disait l'un d'eux, que ces misérables, qui ont fait tant de mal de leur vivant, puissent encore nous en faire après leur mort".

     
     ...Des journaux naïfs avaient demandé qu'on publiât les noms des gens fusillés, comme si les cours martiales avaient tenu registre ! Leur nombre se révéla par l'infection de l'atmosphère. Sans compter les victimes des cours martiales, il y avait peu de terrains vagues ou de maisons de constructions dans Paris, qui ne continssent des cadavres jetés pêle-mêle les uns sur les autres. Au fur et à mesure des exécutions, on avait enterré sur place. Tout le long des quais, des morts étaient enfouis. Au square de la tour Saint-Jacques, plus de 1200 des fusillés de la caserne Lobau avaient été provisoirement enterrés. Aux buttes Chaumont, dans la pièce d'eau alimentée par la grande cascade, on avait noyé 300 cadavres qu'on n'avait pas eu le temps d'enterrer. De même au parc Monceau. Dans les jardins de l'Ecole polytechnique, sur une étendue de 100 mètres il y avait une rangée de cadavres sur 3 mètres de hauteur. Devant l'esplanade des Invalides, un grand nombre de corps n'avaient été que superficiellement recouverts de terre ; ils exhalaient une insupportable odeur. Dans le faubourg Saint-Antoine, on en trouvait "
partout, en tas, comme les ordures", disait un journal de l'ordre...
    
     execution_insurges.jpg 

     FEMELLES D'INSURGES


     "Rien à craindre des émanations cadavériques, dit un journal de l'ordre. Un sang impur abreuvera en le fécondant le sillon du laboureur". Tous les soirs un grand nombre de tombereaux, chargés de cadavres de gardes nationaux, étaient dirigés sur Versailles, où ils entraient la nuit. Mais beauccoup de corps ne purent être transportés et il fallut les enfouir à Paris même. Ainsi, quand on exhuma ceux qui avaient été déposés dans les terrains de l'usine à gaz et parmi lesquels il y avait un grand nombre de femmes, on trouva le tout dans un état de décomposition très avancée. Les vêtements étaient en lambeaux et déjà putréfiés ou mangés par la vermine du cadavre. Ces débris...furent conduits à grande vitesse au cimetière Montparnasse, où d'immenses trous attendaient cette pourriture. Les fusillés du Luxembourg furent amenés au même cimetière, entassés dans des charettes et des omnibus. A travers les fenêtres de ces voitures, on voyait passer des bras et des pieds. Des fosses de 10m2 et de la même profondeur avaient été creusées. De nombreux ouvriers plaçaient les cadavres 20 par 20 et les recouvraient de chaux ou de goudron et ensuite de terre. ...De pauvres femmes, debout sur le bord de la lugubre tranchée, cherchaient à reconnaître les corps. ...Dans le commencement, les soldats les repoussèrent, mais bientôt on donna l'ordre de les laisser approcher, afin que leur douleur les trahissant, on pût arrêter "ces femelles d'insurgés". ...Encore 4 mois après, les agents de l'autorité renversaient les monuments funéraires élevées par les familles à la mémoire des gardes nationaux, arrêtaient les personnes occupées à les relever et empêchaient les parents d'apporter des souvenirs et des fleurs sur les tombes".

    
      UN GRAND NOMBRE AVAIENT ETE ENTERRES VIVANTS

    
"On vit par ces exhumations qu'un grand nombre de Fédérés avaient été enterrés vivants. Au square Saint-Jacques, où les ensevelissements avaient été, comme partout, très hâtivement faits..., on avait vu des bras qui sortaient de terre. Là, comme au cimetière Montparnasse, aux environs du Père-Lachaise, au cimetière Montmartre et plus particulièrement au cimetière qui avoisine le Trocadéro, des victimes, incomplètement tuées et jetées avec l'amas des morts dans les fosses communes, avaient lutté dans la terre et conservaient encore les torsions horribles de leur violente agonie. La nuit on avait entendu leurs cris et leurs gémissements que couvraient les bruits du jour".

     
     LA COMBUSTION DURA PLUSIEURS JOURS

     "Il y avait de copieux amas de cadavres à tous les bastions. ...On imagina de bourrer du corps des Fédérés les innombrables casemates construites tout le long des fortifications. Une quantité considérable de cadavres de la banlieue fut adjointe à ce 1er rassemblement. On amena également un grand nombre de cadavres de l'intérieur de Paris. Quand une casemate était bondée, on la murait avec des pierres, des sacs pleins de terre,...et on passait à la suivante. Des sentinelles furent placées avec des consignes très rigoureuses auprès de ces cimetières improvisés, qu'on voulait cacher aux populations ; mais l'odeur nauséabonde qui s'en exhalait, malgré toutes ces précautions hâtives, trahit bientôt l'existence de ces charniers. On dut au plus vite dégager des issues aux 2 extrémités basses, pratiquer à la partie supérieure des orifices qui servirent de cheminées, répandre des matières incendiaires et désinfectantes, comme le goudron, et mettre le feu. La combustion dura plusieurs jours. Mais l'incinération fut incomplète, et quand ces chaudières furent découvertes on trouva les chairs réduites à l'état de bouillie.

     L'incinération se pratiquait également aux buttes Chaumont. On voyait des colonnes de fumées s'élevant au milieu des massifs. C'étaient les corps des Fédérés, entassés en piles énormes, qu'on brûlait après les avoir inondés de pétrole. Quelques hommes allaient et venaient, attisant le feu. Le parc resta longtemps fermé".
    
     buttes-Chaumont-1871.gif

    
     ON REMPLACERA LE PELOTON D'EXECUTION PAR UNE MITRAILLEUSE


     "Dans les 1ers jours de juin un journal publia la note suivante :

    
     "
Le bois de Boulogne est entièrement interdit à la circulation. Il est défendu d'y entrer à moins d'être accompagné d'un peloton de soldats - et encore bien plus d'en sortir.
     C'est au bois de Boulogne que seront exécutés, à l'avenir, les gens condamnés à la peine de mort par la cour martiale.
     Toutes les fois que le nombre des condamnés dépassera 10 hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d'exécution".
    
     8 jours après seulement, ...le
Journal Officiel déclarait que tout journal qui reproduirait cette note serait poursuivi".

    
     communards-fusilles.jpg

    
     APRES LES TUERIES LES BENEDICTIONS DES PRÊTRES


     "Dans les cercles officiels, on estimait à 20 000 le nombre des personnes tuées ou fusillées. ...Sur ce nombre, un 5ème au plus furent frappés par les projectiles durant le combat.

     Après les tueries devaient venir les bénédictions des prêtres... Le 27 mai, l'Assemblée Nationale était invitée par son président à assister le lendemain 28 mai, jour de la Pentecôte, à des prières publiques solennelles. Pendant que les oraisons des députés montaient vers le dieu des armées, les fusillades sans fin célébraient aussi la Pentecôte du prolétariat.
     Enfin, on lut dans les journaux :
    
     "
Dimanche 4 juin 1871, fête de la Très Sainte-Trinité, une quête aura lieu à tous les offices de ce jour en faveur des orphelins de la guerre.
        Cette quête sera faite à la grand-messe et aux vêpres par Mme Thiers, présidente de l'oeuvre, et par la maréchale de Mac-Mahon, vice-présidente.
"
    
       Ces dames quêtant pour les orphelins que leurs maris venaient de faire !
"

    
     prisonniers---Versailles.jpg

    
     ILS ETAIENT ABATTUS SUR LE CHEMIN


     "Plus de 40 000 prisonniers furent ramassés du 22 au 30 mai. Ils ne séjournaient que quelques heures à Paris, puis on les acheminait sur Versailles. La foule se précipitait pour les voir passer.

     Ils avançaient, souillées d'ordures, les vêtements en lambeaux, exténués, tête nue sous un soleil ardent, attachés 5 par 5 aux poignets par des cordes au milieu des soldats, chassepot armé. Une corde longitudinale reliait entre elles toutes les cordes transversales des groupes, de façon que tous les prisonniers étaient attachés en bloc.
(...)
     "
Tout le monde court du côté des Champs-Elysées, disait le Paris-Journal. 4 000 prisonniers stationnent sur le milieu de la chaussée, encadrés par des chasseurs d'Afrique, la carabine au poing. Ils regardent, farouches, silencieux, immobiles, fiers d'être haïs à ce point de la foule qui se démêne et les injurie."
    
     ...Un convoi de prisonniers attachés par 10 passait rue d'Amsterdam. ...l'officier commanda une halte et ordonna à ces malheureux de se mettre à genoux. Pendant ce temps, une tourbe infâme les couvrait d'injures et criait : "
Fusillez-les !" Le moindre signe d'opposition de la part des prisonniers entraînait la peine de mort immédiate ; ils étaient abattus sur le chemin, surtout  à coups de révolver".

    
     "Au boulevard des Italiens, un cortège de 500 prisonniers des buttes Chaumont passait, allant à Versailles. Dans le nombre se trouvaient plusieurs femmes. On avait mis les menottes à quelques-unes. Celle-ci portait un bébé sur le dos ; une avait le bras en écharpe ; la chemisette d'une autre était teinte de sang ; toutes étaient épuisées. Elles faillirent être écharpées par les défenseurs de la famille ; ...les journaux ne manquaient pas de rapporter que la plupart des prisonnières appartenaient à la prostitution".

    
     LE TROUPEAU HIDEUX

     "Dès que les convois étaient signalés sur la route de Paris ou sur celle de Saint-Cloud, des milliers de personnes accouraient de tous les côtés. Qu'on se figure, disaient les journaux conservateurs, des troupeaux haletants, poudreux, composés de milliers de personnes mêlées de beaucoup de femmes, les unes en haillons, les autres en blouse... La plupart appartenaient à la classe ouvrière et aux rudes métiers de la carrière, de forgeron, de mécanicien, de fondeur, de maçon ou de charpentier ; ...Des gamins, presque des enfants, de 12 à 16 ans, marchaient au milieu d'hommes à tête et à barbes blanches qui étaient en grand nombre. Ceux-là se traînaient à peine, se cramponnant au bras de leurs voisins plus vigoureux. ...Les cantinières avaient leur costume. Les autres femmes, hâlées par le soleil, ...marchaient les unes d'un pas délibéré, les autres accablées et s'appuyant sur le bras de leur mari. Le Figaro décrivait ainsi la queue d'un convoi :

    
       "
Le hideux troupeau est suivi de charrettes. (...)
    
On entend un bruit de tambours lointain : une poussière blanche s'élève à l'horizon : c'est un nouveau convoi de prisonniers qu'on nous amène."
    
     Les honnêtes gens de Versailles couraient comme à une fête au-devant de ces chaînes sans fin. Et les dames du meilleur monde ne dédaignaient pas de donner du bout de leurs ombrelles dans le flanc de quelques Fédérés. Escortés par les risées et les imprécations de cette populace gantée, ces malheureux traversaient dans toute son étendue la ville de Versailles, toujours tête nue au soleil, et gravissaient la hauteur de Satory
".

    
     ILS COUCHAIENT DANS LA BOUE

     ""Ils sont là, disait l'Indépendance Française, plusieurs milliers, empoisonnés de crasse et de vermine, infectant à un kilomètre à la ronde.

     Des canons sont braqués sur ces misérables, parqués comme des bêtes fauves
".
    
     ...On les avait jetés là, en plein air, tête découverte ; ils couchaient dans la boue, n'ayant d'autre nourriture que du biscuit gâté et de l'eau infecte puisée à une mare dans laquelle les gardiens ne se gênaient pas pour faire leurs ordures
".

    
     ON ARROSA LE TOUT DE PETROLE ET ON Y MIT LE FEU

     "Il arriva que les soldats, pris de panique ou de rage, déchargèrent leurs chassepots dans le tas. Dans la nuit du 25 au 26 mai, il y eut une sorte d'émeute, ou du moins les gardiens l'affirmèrent. 300 prisonniers furent passés par les armes. Amenés au bord d'une fosse garnie de paille ils y furent précipités à coups de fusil, puis on arrosa le tout de pétrole et on mit le feu. Beaucoup n'étaient pas morts. Il y eut des hurlements épouvantables. A de certaines heures, ordre était donné à tous de se lever, de se coucher sur le côté gauche ou sur le côté droit, et toute infraction à ce commandement était suivie de coups de révolver.

     Les journaux ne tarissaient pas sur la mine ignoble des prisonniers. "Ces êtres sont hideux", disait Paris-Journal. "Toutes ces faces sont hargneuses, bilieuses, renfrognées" (Le Figaro). "Visages patibulaires" (La France). "Chienlits maquillés de sang et de poudre...""
    
     DERRIERE LES GRILLES S'ENTASSAIENT LES FEMMES

     "Le camp de Satory devint, comme la route de Versailles, le but de promenade de la bonne compagnie. Les officiers en faisaient les honneurs aux dames, aux députés, aux fonctionnaires, leur montraient les sujets, au besoin les prêtaient à M. Dumas fils, pour qu'il pût commencer in anima vili ses études sur la question sociale.

     En général, les prisonniers, avant d'être envoyés à Satory, séjournaient quelque temps dans l'Orangerie de Versailles, entassés dans ces immenses serres, pêle-mêle, sans paille dans les 1ers jours. Quand ils en eurent, elle fut bien vite réduite en fumier, on ne la renouvela plus. Pas d'eau pour se laver, nul linge, nul moyen de changer ses guenilles. 2 fois par jour, dans une auge, un liquide jaunâtre, - c'était la pâtée. - Pas de médecins. Il y avait des blessés, la gangrène les rongea ; ...Les cas de folie furent nombreux. - Derrière les grilles s'entassaient les femmes ; les filles des prisonniers, hébétées, affolées, s'efforçant de distinguer un être cher dans ce troupeau vaguement entrevu dans l'ombre, derrière les caisses d'orangers rangées en palissade..."
    
     prisonni-res---Satory.jpg

    
     LES AGENTS DECHARGERENT LEURS REVOLVERS A TRAVERS LES TROUS A AIR


     "Bientôt le camp, quoique immense, fut encombré, et l'on dut évacuer les victimes. Dès le 26, on les dirigea sur les ports de mer. On les enfermait dans des wagons à bétail solidement cadenassés, sans autre ouverture que quelques trous à air, et ils y restaient souvent 32 heures. ...A la Ferté-Bernard, le train avait dépassé la gare de 200 mètres, quand des cris partirent de plusieurs wagons ; les prisonniers étouffaient. Le chef de l'escorte fit arrêter le convoi, les agents descendirent et déchargèrent leurs révolvers à travers les trous à air. Le silence se fit... et les cercueils roulants repartirent à toute vapeur.

     A Brest et à Cherbourg, les prisonniers furent répartis sur de vieux vaisseaux embossés en rade, chacun de ces bâtiments contenant environ 1 000 prisonniers. Depuis la cale jusqu'au pont... - ils sont encore après 4 mois - empilés dans des parcs formés par des madriers comme dans de grandes caisses d'emballage. Les sabords cloués ne laissent passer qu'un filet de lumière. La vermine y grouille. Il y a des blessés : pas de médicaments, pas d'ambulances ; rien.
     Les malheureux, inconnus - car on n'a pas la liste de leurs noms, on ne s'est pas occupé de leur identité, - restent là, entassés dans leurs cages, gardés par des canons chargés à mitraille, enfermés entre d'énormes grilles de fer...
     Tout matelot que l'on surprend causant avec eux est passible de mort. Les sentinelles qui veillent aux entreponts ont ordre de tirer sur les détenus s'ils s'approchaient du grillage des sabords.
     Leur nourriture est ainsi composée : à 5 heures du matin, un biscuit ; à midi, du pain et des haricots ; à 6 heures, un biscuit et des haricots".
    
     DES BATTUES ETAIENT ORGANISEES DANS LES FORÊTS

     "Un certain nombre de Fédérés s'étaient réfugiés dans les catacombes et dans les égouts : on leur fit la chasse aux flambeaux. Les agents de police s'avançaient armés de chassepots et tiraient sur toute ombre suspecte. Ils étaient accompagnés de chiens habitués à fouiller les égouts. Mais l'épuisement eut bientôt raison des malheureux réfugiés ; un grand nombre moururent et furent rongés par les rats ; un grand nombre était mourant et on s'empara d'eux...

     En même temps, des battues étaient organisées dans les forêts des environs de Paris, afin de cerner les Fédérés qui avaient pu gagner ces asiles. On en prit ainsi 200 environ".
    
     "Tous les trains étaient inspectés avec la plus grande sévérité. Les individus sans passeport ou qui n'étaient pas munis de papiers constatant parfaitement leur identité étaient mis en état d'arrestation et envoyés à Versailles".

    
     Paris-1871.jpg

     LA PRESSE ENCOURAGEAIT ET PRÊCHAIT L'EXEMPLE

     "Dans ces jours de terreur, on vit s'abattre sur Paris le fléau des dénonciations. Elles affluèrent de tous les côtés et beaucoup s'en servirent pour satisfaire des rancunes personnelles. Du 22 mai au 13 juin la préfecture de police reçut 379 823 dénonciations. ...Dans certains quartiers, les gens notables organisèrent des réunions privées où ils dressèrent et envoyèrent à la Préfecture les listes des citoyens dont ils voulaient épurer l'arrondissement. Les concierges furent en général les auxiliaires les plus dévoués de la terreur...

     La presse encourageait ces lâchetés et en prêchait l'exemple".
    
     "Le Bien Public... : "Nous n'avons pas le goût d'insulter des ennemis vaincus, mais, en vérité, de pareils misérables ne sont point des ennemis, ce sont des bandits qui se sont mis eux-mêmes en dehors de l'humanité"."

    
     "Les dénonciations avaient atteint au bout d'un mois un chiffre tellement fabuleux que l'on décida de ne plus les prendre en considération...

     La moyenne des arrestations se maintint pendant 2 mois à 400 par jour. On aura une idée du chiffre énorme des pertes d'ensemble par ce fait que, aux élections complémentaires du mois de juillet, il y eut à Paris 100 000 électeurs de moins qu'aux élections de février. Les Débats estimaient que les pertes faites par "le parti de l'insurrection, tant en tués que prisonniers atteignaient le chiffre de 100 000 individus"".

[extraits de Hippolite Prosper Olivier LISSAGARAY : LES HUIT JOURNEES DE MAI DERRIERE LES BARRICADES, 1871]


gendarmes-en-1871.gif(parade de gendarmerie)

    
      Ainsi accoucha définitivement la IIIème République.
    
     Ecolières, écoliers de France

     n'oubliez pas : des garçons et des filles de votre âge ont été collés au mur, abattus par les soldats et les gendarmes de la République. La partie rouge du drapeau tricolore trempe aussi dans leur sang.

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Published by Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV - dans karpov
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commentaires

décembre 21/02/2008 17:24

Au lieu d'adopter un enfant juif, on pourrait adopter un enfant de cette époque non ?

Sous-lieutenant Piotr Marat KARPOV 22/02/2008 10:09

     Cette histoire de "parrainage" d'enfants ne pouvait germer que dans la grosse tête de Sarkozy. Ca dégoûte jusqu'aux membres de son propre camp.