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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 11:33


MORALE, VIOLENCE ET LUTTE DES CLASSES


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(1928 : Léon Trostki en exil à Prinkipo, Turquie)

    
     "...que faire de la révolution ? La guerre civile est la plus cruelle des guerres. Elle ne se conçoit pas sans violences exercées sur des tiers et, tenant compte de la technique moderne, sans meurtre de vieillards et d'enfants. Devons-nous rappeler l'Espagne ? La seule réponse que pourraient nous faire les "amis" de l'Espagne républicaine, c'est que la guerre civile est préférable à l'esclavage fasciste. Mais cette réponse tout-à-fait juste signifie seulement que la fin (démocratie ou socialisme) justifie dans certaines circonstances "des moyens" tels que la violence et le meurtre. Point n'est besoin de parler du mensonge ! La guerre est aussi inconcevable sans mensonge que la machine sans graissage. A seule fin de protéger les Cortès contre les bombes fascistes, le gouvernement de Barcelone trompa plusieurs fois sciemment les journalistes et la population. Pouvait-il faire autre chose? Qui veut la fin (la victoire sur Franco) doit vouloir les moyens (la guerre civile avec son cortège d'horreurs et de crimes).
     Et pourtant le mensonge et la violence ne sont-ils pas à condamner en "eux-mêmes"? Assurément, à condamner en même temps que la société, divisée en classes, qui les engendre. La société sans antagonismes sociaux sera, cela va de soi, sans mensonge et sans violence. Mais on ne peut jeter vers elle un pont que par les méthodes de violence. La révolution est elle-même le produit de la société divisée en classes dont elle porte nécessairement les marques. Du point de vue des "vérités éternelles" la révolution est naturellement "immorale". Ce qui nous apprend seulement que la morale idéaliste est contre-révolutionnaire, c'est-à-dire au service des exploiteurs. "Mais la guerre civile, - dira peut-être le philosophe, pris de court - est une pénible exception. En temps de paix, un mouvement socialiste sain doit se passer de mensonge et de violence." Ce n'est que piteuse dérobade. Il n'y a pas de frontières infranchissables entre la pacifique lutte des classes et la révolution. Chaque grève contient en germe tous les éléments de la guerre civile. Les deux partis en présence s'efforcent de se donner mutuellement une idée exagérée de leur degré de résolution et de leurs ressources. Grâce à leur presse, à leurs agents et à leurs mouchards, les capitalistes cherchent à intimider et démoraliser les grévistes. Lorsque la persuasion se révèle inopérante, les piquets de grève sont, de leur côté, réduits à recourir à la force. On voit ainsi que "le mensonge et pire encore" sont inséparables de la lutte des classes dès sa forme embryonnaire. Il reste à ajouter que les notions de vérité et de mensonge sont nées des contradictions sociales".

(Leur morale et la nôtre, 1938)
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