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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 11:38
PLEURE Ô PALESTINE

CHANGEMENT DE SHERIFF

VIII

      La crise de Suez (1956) marque la fin de l'influence anglo-française sur la région moyen-orientale, au profit du diktat des 2 géants, Etats-Unis et URSS (surtout des 1ers).
       La France essaiera bien de s'y ré-installer de part et d'autre (vente d'armes aux pays Arabes, aide à Israël pour acquérir l'arme atomique, etc.) mais peine perdue. Désormais,
n'en déplaise au rival soviétique, le maître est états-unien.
           
           Plusieurs facteurs contribuent au règne des USA sur tout le Moyen-Orient.
       
Dès le début des années 60, le mouvement anti-colonial s'essouffle ; dans l'absence de perspectives d'avenir viables, le nationalisme arabe suivra la même courbe descendante. Une raison concomittente est la faillite du mouvement socialiste. Ce mouvement qui, en 1917, avait été porteur d'un formidable espoir du prolétariat mondial, est retombé dans la seule défense des intérêts d'un Etat, la Russie. Les pays "satellites" et les "amis" du géant de l'Est ne sont plus que les instruments de sa politique étrangère.
     La période qui avait débuté dès 1920 avec la IIIème Internationale (l'Internationale Communiste) s'effondre. Le mouvement anti-colonial cesse ; le socialisme n'a plus les faveurs du Tiers-Monde. Et le nationalisme arabe ? Les accords de Camp David (1978) ont paraphé son acte de décès (voir "Pleure ô Palestine" VI).

           Ce contexte mouvant n'arrange pas la situation entre la Palestine et Israël. Toutes les résolutions adoptées, tous les accords signés restent lettre morte. La plupart du temps, l'Etat israëlien les rejette. Exemple parmi les plus connus : la résolution 242 adoptée par l'ONU en 1967 (après la Guerre des 6 Jours) demandant le retrait de l'armée israëlienne de la Cisjordanie n'a, à ce jour, JAMAIS été appliquée.
         
     Sharon.jpg(1967 : la Guerre des 6 Jours - Ariel Sharon prend du galon)
 



          Avec la fin des mouvements de libération nationale et le reflux du mouvement communiste, les pays Arabes tombent en déliquescence. Le problème de la Palestine ne va faire que souligner douloureusement cette situation de plus en plus dégradée. Sur un territoire exigu et surpeuplé survit une population qui se trouve malheureusement à la jonction de toutes les voies de ce Moyen-Orient tant convoité. Les conflits successifs ne sont pas seulement liés aux matières 1ères stratégiques. Il y a des heurts violents causés par la question de l'eau, de la géographie, du peuplement.

          Carte-Palestine.jpg
(la Palestine : l'eau y est plus précieuse que le pétrole)


          Quel que soit le shériff qui cherche à contrôler la région, la seule question qui préoccupe les protagonistes du conflit israëlo-palestinien, c'est celle du maintien de l'ordre, déjà évoquée dans un chapitre précédent. L'organigramme place au sommet de la hiérarchie les Etats-Unis, disons le "chef de chantier". Le contremaître c'est Israël et jusqu'à il y a 2 ou 3 ans, Arafat postulait au grade de "petit contremaître". Mais cela lui devint quasiment impossible une fois que l'Etat israëlien eût complètement détruit l'Autorité Palestinienne à grands coups de boutoir de son armée. L'Autorité avait beau condamner les actes terroristes fomentés par le Hamas, les duettistes de Washington et de Jérusalem tenaient le discours du loup et de l'agneau : "si ce n'est toi, c'est donc ton frère".
            Or, sur un chantier, le contremaître ne fait que relayer les consignes du chef, tout en veillant jalousement à ne partager
un tel privilège avec qui que ce soit. Que dit le chef de chantier ? "L'ordre doit être maintenu à tout prix ; aussi ne soutenons-nous que ceux qui contribuent à son maintien". Discours clair, sans ambiguïtés, car la raison du plus fort est toujours la meilleure. Que dit le contremaître ? "L'ordre doit être maintenu à tout prix" répète-t-il, fort du soutien de son chef. Mais il ajoute : "Le maintien de l'ordre provoque des réactions terroristes que nous sommes obligés de réprimer". Si l'on examine le terrain géo-politique, on réalise que la plupart du temps, l'Etat d'Israël semble agir pour empêcher que l'ordre règne vraiment dans les territoires occupés : provocations incessantes de l'armée, brimades, ségrégation type apartheid sud-africain, implantation de nouvelles colonies, construction d'un mur qui annexe arbitrairement des terres palestiniennes, etc. A cette ambivalence il existe une raison bien précise.  De par sa nature,  l'Etat sioniste a un besoin fébrile de "désordre" pour justifier son action militariste. Depuis sa création, le sionisme a toujours utilisé ouvertement la violence, donc le terrorisme. Quand il a fondé son Etat, ce terrorisme est devenu militarisme. Les militaires ont toujours joué un rôle majeur dans la politique israëlienne. Ils placent les leurs à des postes gouvernementaux clés, avec la défense acharnée de la solution pour eux la meilleure : la guerre à tout prix contre les Palestiniens. D'ailleurs, pour les gradés, une guerre c'est la garantie d'un avancement dans la hiérarchie (plus quelques médailles).
              

MACHIAVEL ET LA PALESTINE

          machiavel.jpg


          Quand il s'agissait d'intrigues, de manipulations et de violence terroriste,
le sionisme ne s'est pas arrêté aux seuls Palestiniens, s'en prenant à ses propres compatriotes, aux juifs qu'il estimait pas suffisamment "convaincus" par ses méthodes. Il faut être bien naïf pour croire que jamais un mouvement nationaliste ne s'en est pris à ses propres membres. Quelle que soit la nationalité, quelle que soit la religion, c'est une pratique qui a toujours existé (Nicolas Machiavel n'est pas devenu universel pour rien) et perdurera tant qu'il y aura des religions, des nationalités et...des classes sociales.
               Les défenseurs de la politique militariste d'Israël ont beau jeu de présenter les habits démocratiques du sionisme : une "droite" (in memoriam Ariel Sharon) et une "gauche" (le vieux renard "prix Nobel de la Paix" Shimon Peres) qui cohabitent gentiment dans le même gouvernement, au passage un gouvernement totalement militariste. Mais si l'on place la politique "extérieure" israëlienne en perspective, on constate que "droite" et "gauche" sont tendanciellement les agents d'un système unique, qui les présente tour à tour au moment opportun (comme "chez nous", avec les "duels" Chirac-Le Pen) : faut-il un peu de militarisme ou beaucoup ? (Parfois les rôles sont inter-changeables : Sharon se fit colombe de la paix quand Peres prônait la solution militaire).

(à suivre)

Shimon-Peres.jpg
(Shimon Peres, Nobélisé en 1994)
         

              

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commentaires

J
Sharon, il est désormais cloué sur un lit. Coma dépassé... l'a fini de sévir. S'est bien défoulé avant. Tu vas nous le raconter plus tard, les camps de réfugiés massacrés au Liban. Péres, il a pris encore plus de galon, après le nobel, la présidence. Et le beau rôle, l'image de pacifiste.Merci encore de parler de la Palestine, Piotr Marat. Et merci de tes commentaires.
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S
     Karpov fera un article séparé pour évoquer la tragédie des camps de Tar al' Zatar, Sabrah et Chatila.